The Promised Neverland | Découverte du manga et de l’anime

par F-de-Lo

The Promised Neverland est un shōnen écrit par Kaiu Shirai et illustré par Posuka Demizu. Initialement paru en 2016, le premier volume a été édité par Kazé, en France, en 2018. Le vingtième et dernier tome est prévu pour le 2 juin 2021.

Bienvenue à Grace Field House !

The Promised Neverland © 2016 by Kaiu Shirai and Posuka Demizu

« Celle que j’appelle tendrement « maman » n’est pas réellement ma mère. Et tous ces enfants avec lesquels je vis ne sont pas véritablement mes frères et sœurs. Voici l’orphelinat Grace Field House. Je suis orpheline. Du moins, c’est ce que je croyais. »

Telles sont les paroles d’Emma, dans la première page de The Promised Neverland. Les cases initiales du manga nous font découvrir une jeune fille heureuse, élevée par une mère attentionnée et jouant avec ses nombreux frères et sœurs dans le parc verdoyant de Grace Field House. Emma porte un uniforme d’un blanc immaculé et aborde un sourire rayonnant. L’orphelinat semble être un environnement idyllique pour les enfants. Dans ce cas, pourquoi le matricule 63194 est-il tatoué sur le cou d’Emma ?

Bien qu’ils aiment leur mère adoptive Isabella, les enfants de Grace Field House attendent avec impatience le jour où ils seront adoptés. Or, c’est au tour de Connie, une adorable petite fille de six ans, de rencontrer ses parents ! La fillette serre tendrement Little Bernie, son doudou en forme de lapin, contre elle, en promettant à ses frères et sœurs qu’elle ne les oubliera jamais. Lorsque Connie s’en va, Emma remarque avec désarroi qu’elle a oublié Little Bernie derrière elle. L’adolescente brave l’interdiction d’approcher le portail de l’orphelinat dans l’espoir de rattraper Connie. Mais ce qu’elle va découvrir fait voler toutes ses certitudes en éclats…

Un aller pour le Pays Imaginaire

Le titre The Promised Neverland fait-il part de l’espérance d’accéder à la terre promise : le fameux Pays Imaginaire où les enfants sont éternellement heureux ? Hélas, il ne s’agit sûrement pas de Grace Field House, qui paraît trop idyllique pour être réel. Si vous êtes des habitués de Pod’Culture, vous connaissez mon affection pour les réécritures lugubres du mythe de Peter Pan. J’avais abordé cette thématique dans mon analyse du film L’Orphelinat. Comme d’autres œuvres du genre, The Promised Neverland va imaginer ce qui arrive aux enfants qui ne grandissent pas. Naturellement, rien de plus ne sera divulgué sur l’intrigue.

Au-delà du suspense qui happe les lecteurs dès les premières pages du manga, The Promised Neverland charme par la clarté et la beauté de ses dessins. Tout juste peut-on lui reprocher un découpage parfois économe, qui rend les cases les plus chargées – et surtout les bulles qu’elles contiennent – assez difficiles à déchiffrer. Les illustrations n’en demeurent pas moins rafraîchissantes, voire poétiques. C’est la promesse, pour nous, lecteurs et lectrices, d’être emportés dans un univers dont la douceur et l’émotion dissimulent une parcelle plus inquiétante, mais tout aussi envoûtante.

Et si le monde n’était qu’un échiquier ?

The Promised Neverland © 2016 by Kaiu Shirai and Posuka Demizu

Bien que le trio principal soit assez convenu pour un shōnen, il est particulièrement attachant. Emma est une jeune fille brave et généreuse, qui aspire plus que tout à rendre sa famille heureuse. Si elle paraît parfois maladroite, elle possède de grandes capacités d’apprentissage. Ray, l’éternel ado ténébreux, est l’heureux propriétaire d’une mèche rebelle, dissimulant la moitié de son visage. Cultivé et cynique, Ray s’avère plein de surprises. Enfin vient Norman, probablement mon favori. Pale et rêveur, il possède une intelligence redoutable qu’il n’utilise jamais à mauvais escient. Norman se caractérise par son abnégation à toute épreuve.

Comme la référence à Peter Pan le laisse deviner, The Promised Neverland est le terrain de la confrontation entre le monde des enfants et celui des adultes. Toutefois, cette confrontation n’est jamais frontale. Il s’agit de combats tactiques, pareils à une partie d’échecs, où les adversaires n’hésitent pas à user de faux semblants pour parvenir à leurs fins. Au-delà des sourires figés, des regards fixes et des gros-plans sur leur visage, c’est ce jeu des masques qui rend les adultes si effrayants. On salue d’ailleurs les métaphores délicieusement ironiques utilisées par le manga. Les enfants adorent jouer au loup. Or, il arrive que Sœur Krone, une des adultes veillant sur eux, se propose d’incarner le loup…

The Promised Neverland est un manga dont les rebondissements sont particulièrement imprévisibles, et ce grâce à la psychologie travaillée des personnages. Bien que la dualité entre les enfants et les adultes soit mise en exergue, le shōnen ne devient jamais manichéen. En dépit des apparences, aucun des personnages n’est fondamentalement bon, ni mauvais. Ils possèdent tous leurs motivations propres, qui les rendent si imprévisibles. Les enfants sont-ils tous aussi innocents qu’on ne le pense ? Les adultes ne possèdent-ils pas des circonstances atténuantes, lesquelles les réhabilitent, in extremis ? Cette ambivalence des personnages ou le parallélisme existant entre certains d’entre eux, ne rendent le manga que plus passionnant.

Au fur et à mesure que les tomes défilent, The Promised Neverland aborde des thématiques plus difficiles qu’on ne l’imagine et qui s’avèrent satiriques envers la société que nous connaissons. Et si tout n’était qu’un système à la mécanique bien huilée, destinée à broyer les mortels, enfants comme adultes ? A ce titre, comment savoir qui sont les pions et qui sont les pièces maîtresses de ce vaste échiquier ? L’histoire emprunte un tournant au cours du cinquième tome, lequel marque d’ailleurs la fin de la première saison de l’anime. L’intrigue change de rythme et devient plus conventionnelle, tout en demeurant d’excellente facture. J’ai, pour ma part, lu les dix premiers tomes de la série, et il me tarde de découvrir la suite.

Un anime prometteur, puis sacrifié

The Promised Neverland © 2016 by Kaiu Shirai and Posuka Demizu

La première saison de l’anime, composée de 12 épisodes, est sortie en 2019. En France, elle a été diffusée sur Wakanim et Anime Digital Network. Elle est également disponible en DVD et en Blu-Ray.

Je ne peux que conseiller cet anime, dont la qualité est annoncée dès le premier épisode. Le plan initial montre Emma, dont le visage est barré par les grilles de Grace Field House. Ce premier épisode distille de nombreux indices sur la suite des événements. Cela le rend énigmatique pour les personnes découvrant l’histoire, mais aussi très satisfaisant pour les connaisseurs ou connaisseuses. Les dessins et l’intrigue sont extrêmement fidèles au premier tome du manga. Certaines scènes sont coupées, ici et là, ce qui accélère le rythme sans être véritablement gênant. Sœur Krone, tantôt terrifiante, tantôt enjouée, paraît d’autant plus déjantée grâce à la mise en scène et aux choix entrepris par l’anime. Certes, j’ai été déçue par l’opening. A mes yeux, une chanson de J-Rock trahit l’atmosphère de Promised Neverland. L’anime possède toutefois de magnifiques morceaux instrumentaux, à commencer par une certaine berceuse, revenant à des moments stratégiques. Je vous invite à écouter Isabella’s Lullaby, mais attention, elle pourrait bien persister dans votre esprit…

Ce fut malheureusement la douche froide, lorsque j’ai découvert la saison 2, dont la diffusion s’est terminée en mars dernier. Même si j’ai visionné l’anime avant de découvrir les mangas, je me suis toute de suite fait la réflexion que le rythme était trop rapide, et que l’intrigue paraissait moins sophistiquée que dans la première saison. Quelle ne fut pas ma surprise quand j’ai découvert que la deuxième saison faisait l’impasse sur des tomes entiers du manga, afin de clôturer l’adaptation de façon expéditive. La saison 2 occulte de nombreux arcs et personnages, et je doute qu’une saison 3 voie le jour.

Toutefois, les plus curieux (ou téméraires) d’entre vous peuvent se tourner vers le film en live-action, sorti en 2020. Il y aurait également un projet de série live américaine, commandé par Amazon Prime, ainsi que l’arrivée prochaine d’un jeu vidéo sur smartphones. Au vu du succès rencontré par The Promised Neverland, et en dépit de la fin bâclée de l’anime, les adaptations du manga semblent avoir de beaux jours devant elles.

Dénouement

The Promised Neverland était un manga qui avait tout pour me plaire, et je n’ai pas été déçue. J’ai été fascinée par l’histoire d’Emma, Ray et Norman. L’intrigue, pleine de suspense, utilise de tels retournements de situation que l’univers devient terriblement prenant, voire obsédant. A l’image de Grace Field House, l’apparente gaieté et luminosité des dessins dissimule un monde aussi sournois que menaçant. Bien que l’intrigue et le rythme changent à partir du cinquième tome, The Promised Neverland met en scène des combats tactiques et spirituels, entre des personnages délicieusement ambivalents. Le huis-clos rend les tensions d’autant plus palpitantes. Je ne peux que vous conseiller de découvrir ce manga envoûtant, voire l’adaptation, dont la première saison est particulièrement fidèle. En revanche, l’anime est sacrifié dès la deuxième saison. The Promised Neverland connaît un franc succès, qui présage de futures nouvelles adaptations, et dont nous connaîtrons le dénouement avec la sortie du tome final, le 2 juin prochain.

  • Les 19 premiers tomes de The Promised Neverland sont disponibles, aux éditions Kazé.
  • Le dernier volume sort le 2 juin 2021.
  • L’anime est consultable sur Wakanim et Anime Digital Network.
2 commentaires
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2 commentaires

So-chan 11 juin 2021 - 13 h 32 min

Vu comment tu apprécies la série, je penses que tu ne seras pas déçue par la fin. J’ai trouvé que l’auteur avait su éviter certains pièges et conclure brillamment le récit. Je n’ai pas osé regarder la saison 2 de l’anime au vu des échos que j’en ai eu. Je n’ai absolument pas compris cette volonté de saborder l’intrigue, alors que le manga était à sa conclusion et que l’anime pouvait donc continuer tranquillement son bout de chemin. D’autant plus que série comme manga ont leur succès, donc peu de risque de mener un travail qui ne recevra pas la réception souhaitée. En plus la suite du manga aborde d’autres thématiques très intéressantes comme le monde des adultes justement, mais aussi des réflexions et parallèles à notre propre société. Sans entrer dans les détails, mais l’auteur questionne aussi notre propre rapport avec la nourriture et l’élevage, et j’ai même cru percevoir une réflexion sur le végétarisme (après est-ce moi qui extrapole ?) Pour ma part, dans le trio de tête, j’ai une préférence pour Ray mais mon personnage fétiche demeure Mama Isabella. J’ai angoissé en la voyant sous un nouveau visage tout comme Emma, et pourtant il y a ces instants où l’on sent (croit sentir ?) un vrai amour maternel chez elle. Toute cette ambivalence en Isabella, son passé en tant qu’enfant et ce qu’elle accomplit par la suite l’ont classé direct comme mon personnage favori. Je la trouve très bien écrite !

D’ailleurs si tu apprécies beaucoup les univers où enfance et monde adulte s’entrechoquent, je te conseille Shadows House. Il y a aussi un anime (adapté par le même studio qui a œuvré sur Promised Neverland). Je ne l’ai pas encore visionné mais le manga devrait te plaire. L’univers a quelque chose d’angoissant, proche des erreurs enfantines. On y suit une curieuse famille dont les membres sont couverts de cendre et possèdent chacun un.e domestique qui joue le rôle de visage. Le début commence en huis-clos dans le manoir familial avec son lot de règles et de mystères. C’est angoissant comme il faut avec des moments de joie purement enfantine et de terreur propre à cette période de la vie. Et les adultes planent au-dessus de tout ça, enfermés dans leur propre section du manoir.

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F-de-Lo 21 juin 2021 - 13 h 53 min

La saison 1 est excellente. Cela me fait d’autant plus mal pour l’anime. Mais je suis ravie d’apprendre que la fin du manga s’en tire avec les honneurs. Ah non, je pense aussi que le manga fait – au début au moins – une critique de la société de la consommation. On constate aussi qu’Emma a du mal à se mettre à la chasse, même si je ne suis pas sûre qu’on aille jusqu’à prôner le véganisme. Oh, Norman est mon favori parmi les enfants. Mais tu as bien raison, Isabella est particulièrement fascinante. (Que c’était difficile de faire cet article sans spoiler, à vrai dire). Ok, je prends notes pour Shadows House. Tu me donnes furieusement envie d’essayer. Merci !

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