Le Roi Lion | Un spectacle visionnaire et unique

par F-de-Lo

Il semble futile de présenter Le Roi Lion. Pourtant, à mes yeux, il s’agit moins d’un succès historique et mondial, que du conte qui m’accompagne depuis que j’ai deux ans. Enfant, une partie de mon quotidien se résumait à regarder ou écouter Le Roi Lion. Comme toutes les œuvres puissantes que l’on rencontre jeune, le long-métrage Disney a véhiculé des messages qui ont encore – aujourd’hui – de fortes vibrations en moi. Je dirais même que, après avoir revisionné le dessin animé des dizaines (ou centaines ?) de fois, il m’enseigne toujours quelque chose. S’il est un peu tard pour me reconnaître dans le Simba enfant, les épreuves traversées par l’adulte me sont plus familières. C’est probablement pourquoi certaines scènes deviennent plus dures à visionner, au fur et à mesure que je vieillis ; à commencer par celle de la ruée des gnous. Vous l’aurez compris, Le Roi Lion est pour moi une œuvre intime et intemporelle, dont l’impact ne fait que se renforcer avec le temps, à l’image des grands crus. Il s’agit surtout d’une histoire que je connais par cœur, et dont j’attends chaque nouvelle itération au tournant.

Le Roi Lion : un film adaptable ?

L’histoire de la vie © The Lion King, 1997

Le remake réalisé par Disney, en 2019, a démontré que, en dépit de sa qualité technique indiscutable ; l’histoire n’était pas facile à raconter de nouveau. Ce long-métrage n’apporte que des nouveautés minimes et maladroites. Quant à ce qui est revisité, c’est identique voire plus pâle. Bien avant que ce remake ne voit le jour, Le Roi Lion avait été transposé en comédie musicale. La première représentation eut lieu à Broadway, en 1997. Il est légitime de se poser les mêmes questions : comment revisiter une histoire que la plupart des fans connaissent par cœur ? Comment apporter une plus-value à un film qui paraît, déjà, pour beaucoup, parfaitement abouti ?

Il faut croire que la comédie musicale a atteint cet objectif dans la mesure où elle a attiré plus de 110 millions de spectateurs et spectatrices, et a été traduite en neuf langues. Contrairement au remake de 2019, cette adaptation a l’avantage d’utiliser un média différent : la scène. Il s’agit d’un spectacle vivant. De plus, les créateurs ont tenté de bouleverser le genre du théâtre musical, en mélangeant la gravité théâtrale à la magie scénographique. Il en résulte une œuvre à la fois visionnaire et spectaculaire, qui parvient à se distinguer du film.

C’est en 2007 que la pièce de théâtre a été représentée pour la première fois en France, au théâtre Mogador. Elle conquit le public français et remporta pas moins de trois Molières. La traduction des paroles n’était pas la même que dans le film d’animation, ce qui était parfois perturbant, notamment à cause d’un registre de langue assez familier. Ce problème – si du moins c’en était un – a été résolu dans la version française reprise au théâtre Mogador, à Paris, depuis le mois de novembre 2021.

Une pièce ingénieuse et multiculturelle

Scar défie Mufasa © The Lion King, 1997

Il est impossible de parler plus amplement de la comédie musicale du Roi Lion sans mentionner le talent de Julie Taymor. Bien qu’elle n’ait jamais réalisé de spectacle à Broadway, avant la création du Roi Lion, en 1997 ; elle fit preuve d’un processus de création stupéfiant. Mécontente d’assurer la mise en scène du spectacle, Julie Taymor a sculpté elle-même les masques iconiques des lions. Elle a également contribué à l’élaboration des costumes, des marionnettes et même des chansons additionnelles. Il s’agit d’une artiste accomplie qui a tenu, de surcroît, à remettre les personnages féminins sur le devant de la scène. Ainsi, le mandrill Rafiki est incarné par une comédienne, à laquelle on peut ainsi attribuer la chanson L’histoire de la vie. Nala, l’amie d’enfance de Simba, est dotée d’une plus forte présence. 

Le Roi Lion, au cinéma, avait des inspirations multiculturelles. La musique pop d’Elton John et la bande originale d’Hans Zimmer contrastaient avec les chants et rythmes zoulous de Lebo M. La comédie musicale se veut autant hétéroclite, si ce n’est plus. Comme l’indique le livret du spectacle, les marionnettes sont inspirées du Bunraku (un type de théâtre japonais datant du XVIIe siècle) tandis que les chorégraphies sont, pour certaines, balinaises. Le chorégraphe jamaïcain Garth Fagan s’est autant inspiré de danses urbaines, contemporaines que classiques. Les danses en question ont une place prépondérante dans le show, tant pour implanter le décor que pour illustrer les chants, voire même les scènes de chasse ou de combat. Les danseurs et danseuses incarnent tour à tour des éléments de la nature ou des animaux. La gestuelle des lions est étonnamment réaliste, grâce aux mouvements amples des épaules des comédiens mais aussi à l’ingéniosité des masques. Si les masques de lion ressemblent à s’y méprendre à des coiffes et couronnes, ils coulissent vers le visage de l’interprète, au besoin et selon la position adoptée.

Des mélodies et personnages aussi cultes que surprenants

Nala et Simba se redécouvrent © The Lion King, 1997

La magie de la représentation prend vie grâce à la mise en scène et à la symphonie. La musique n’est pas assurée par une bande sonore mais bel et bien par un orchestre. Si quelques musiciens sont installés dans les loges près de la scène, les autres sont hors-champ et guidés par le chef d’orchestre. L’acoustique est aussi excellente qu’on peut l’attendre, au sein d’un théâtre à l’italienne.

A défaut de faire venir de vrais animaux sur scène, Le Roi Lion est doté de costumes et marionnettes spectaculaires, sur lesquels nous reviendrons plus tard. Tandis que les premières notes de L’histoire de la vie débutent, il est très impressionnant de voir arriver, de part et d’autre des sièges, les différents animaux de la savane, dont un éléphant ! Le bestiaire monte peu à peu sur scène tandis que les décors se déploient, dévoilant le Rocher du lion. L’immersion est instantanée et totale ; l’émerveillement inexorable.

Le spectacle est, comme on s’en doute, très fidèle au film d’animation. Toutes les chansons cultes sont reprises, à l’instar de Je voudrais déjà être roi. Comme dans le dessin animé, la mise en scène est volontairement plus enfantine, colorée et moins réaliste. Les animaux deviennent les complices de Simba et Nala afin de torturer et semer Zazu, dans une chorégraphie hautement fantasmée. La chanson Soyez prêtes se démarque plus de l’originale. Si les plans marquants sont restitués, à commencer par l’imagerie dénonçant le nazisme ; toute une partie instrumentale est ajoutée, afin de mettre en valeur la chorégraphie des hyènes. Je pourrais mentionner Hakuna Matata ou L’amour brille sous les étoiles, mais sans doute est-il plus intéressant de s’attarder sur des morceaux plus innovants voire inédits.

Tous ne sont pas musicaux, comme en témoigne la scène du cauchemar de Simba. Timon est victime d’un accident qui lui rappelle la mort de son père et qui exprime, de manière percutante, le traumatisme du roi déchu. La célèbre chanson du Roi Lion 2, Il vit en toi, a été intégrée au spectacle. Enfin, mes deux chansons inédites favorites sont interprétées par Nala et Scar. Au début de l’Acte II, le despote interprète La folie du roi Scar, résumant à quel point le royaume a sombré dans la misère et surtout le monarque dans la folie. Le roi Scar laisse son peuple dépérir, sans se remettre en question. Narcissique, mégalomane et toujours hanté par Mufasa, il se met en tête de faire de Nala sa reine, de gré ou de force. La lionne y voit une raison supplémentaire de s’exiler. C’est là qu’elle entonne la mélopée particulièrement émouvante : Terre d’ombre. Les personnages sont, de fait, brillamment développés.

Le casting de cette représentation est impressionnant. L’ensemble des interprètes affichent, de manière simultanée, leur savoir-faire dans les domaines du chant, de la danse et de la comédie. Si je ne devais trouver qu’un seul défaut à cette représentation, ce serait l’inégalité des scènes parlées. L’articulation ou les expressions faciales de certains comédiens n’étaient pas toujours optimales, et certaines visions des personnages m’ont interpellée. Même adulte, Simba paraît assez immature et capricieux, ce qui contraste avec la mélancolie et la rancœur du personnage, dans le dessin animé. J’ai en revanche été conquise par la présence plus forte de Nala ou le charisme incroyable de Scar, qui semble assez vulnérable et maniéré au début, avant d’avoir l’air de plus en plus tyrannique et fou. Il faut dire que certains comédiens n’en sont pas à leur coup d’essai. C’est Olivier Breitman qui a créé le rôle de Scar, en France, en 2007. Ntsepa Pitjeng-Molebatsi, qui prête sa voix incroyable à Rafiki, a, pour sa part, déjà campé ce rôle dans de nombreux pays.

L’inventivité des costumes et marionnettes

Les lionnes chassent © The Lion King, 1997

Cependant, les vraies stars de cette pièce sont les costumes et marionnettes. C’est précisément ce qui fait du Roi Lion une expérience révolutionnant le dessin animé, mais aussi le genre de la comédie musicale lui-même. J’ai beau adorer le théâtre musical et avoir vu de nombreuses représentations sur scène, (y compris dans le West End, à Londres) ; force est de constater que Le Roi Lion est un spectacle unique en son genre. Les créateurs du spectacle ont souhaité laisser les comédiens et mécanismes apparents au sein des costumes et marionnettes, afin d’engendrer ce qu’ils appellent un « événement double ». Bien que Le Roi Lion mette en scène exclusivement des animaux, le public ne perdra ainsi jamais de vue la dimension humaine des messages véhiculés. De plus, cela permet de stimuler l’imagination des spectateurs et spectatrices.

Les marionnettes, inspirées du théâtre japonais, rivalisent d’ingéniosité, tout en proposant des tableaux tous plus magnifiques les uns que les autres. A titre d’exemple, les antilopes prennent vie grâce à la « roue à gazelles », sorte de bicyclette dont les roues sont ornementées de silhouettes en forme d’antilopes. Une fois le mécanisme en action, le résultat est redoutable.

Les costumes des personnages principaux sont hautement réfléchis. Rafiki doit autant avoir l’air d’un mandrill que d’un chaman sud africain, c’est pourquoi elle ne porte pas de masque, mais un maquillage imposant et des accessoires hétéroclites. Le masque de Mufasa représente un lion, certes, mais aussi une couronne. La crinière circulaire fait penser au Roi soleil ou au Cycle de la vie. Le masque et le maquillage de Mufasa sont très symétriques, en opposition avec ceux de Scar. Cette asymétrie évoque l’instabilité mentale de Scar, dont les sourcils ne sont pas à la même hauteur et dont l’un est barré d’une cicatrice. Le despote fratricide possède un costume évoquant à la fois une armure de samouraï et une silhouette squelettique. Alors que la plupart des membres de la troupe et surtout de la famille royale sont des interprètes de couleur, il est de tradition que Scar soit incarné par un acteur blanc. Si certains comédiens évoluent dans des costumes énormes, à l’image de Pumbaa, d’autres ont l’air de marionnettistes, comme Timon et Zazu, lesquels donnent vie aux petits animaux comme s’ils étaient une extension d’eux-mêmes. Il y aurait encore beaucoup à dire sur les marionnettes et costumes. Si, par exemple, le masque de Simba rappelle celui de son père, il est assez différent. La crinière s’inspire, cette fois-ci, d’antiques casques romains.

Verdict

Le Roi Lion est un chef-d’œuvre cinématographique. La comédie musicale naquit peu de temps après le film. Si elle est jouée en continu depuis des années, dans certains pays, elle peine davantage – et sans surprise – à se faire une place en France, où le public est moins sensible au théâtre musical. Elle n’est pas méconnue, bien sûr, notamment grâce aux extraits qui sont souvent représentés à Disneyland Paris. Au reste, il est étonnant que ça ne soit que la deuxième fois qu’elle soit interprétée en France, depuis sa création. Il s’agit d’un spectacle aussi grandiose qu’on peut l’imaginer, mais surtout visionnaire, notamment grâce à la créativité débordante de Julie Taymor. Le spectacle multiculturel excelle tant au niveau de la mise en scène que des musiques et chorégraphies. Les passages inédits apportent un approfondissement des personnages voire une relecture de l’histoire fascinants. Mais si la comédie musicale est spectaculaire et unique en son genre, c’est bel et bien grâce au ballet de ses costumes et marionnettes tous plus ingénieux les uns que les autres. Je ne peux que vous conseiller de découvrir ce spectacle vivant et complet, au moins une fois dans votre vie. C’est la promesse d’un moment frissonnant, émouvant et surtout d’une expérience que vous n’oublierez jamais. Ça tombe bien : à moins qu’il ne soit prolongé, Le Roi Lion sera représenté au théâtre Mogador jusqu’au 31 juillet 2022.

  • Le Roi Lion est une comédie musicale jouée au Théâtre Mogador, à Paris, de novembre 2021 à juillet 2022. 

3 commentaires

Nana Coubo 26 mars 2022 - 16 h 08 min

Oh quelle belle chronique ! Le Roi Lion est mon Disney préféré et j’ai toujours voulu assister à la comédie musicale.
Et de savoir comment les costumes ont été conçus est toujours bon à savoir (ils sont géniaux en tout cas). Le trailer et ton article donnent la hype en tout cas !

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F-de-Lo 30 mars 2022 - 15 h 46 min

Je suis ravie d’apprendre que tu aimes autant Le Roi Lion et que la chronique t’ait donné envie d’assister au spectacle. Essaie donc et tiens-moi au courant ! Tu ne le regretteras pas !

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Les Producteurs | The King of Broadway - Pod'Culture.fr 14 avril 2022 - 6 h 41 min

[…] Autres […]

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