DC Infinite #4 | La jeunesse au pouvoir

par Anthony F.

Les mois se suivent mais ne se ressemblent pas, la publication de l’ère DC Infinite en France sous la direction de Urban Comics fait la place à des récits divers, parfois étonnants, à la qualité variable mais pour le moment à l’éditorialisation plutôt solide avec un vrai travail de fond pour à la fois contextualiser les différentes séries (au moyen de textes introductifs souvent réussis) mais aussi en publiant des tomes de différentes séries qui, souvent, trouvent des thèmes communs. C’est le cas des sorties du mois d’avril où, Flash Infinite, Superman Infinite et Superman Infinite : Son of Kal-El ont en commun une certaine ode à la jeunesse, à la relève, celle qui porte l’avenir de cet univers.

Flash Infinite – Tome 1, un sentiment de culpabilité

© 2021 DC Comics / 2022 Urban Comics

Wally West est, au fil des années, devenu un personnage central de l’univers de Flash. Celui qui était autrefois un gamin des Teen Titans est devenu un super héros majeur de l’univers DC, jusqu’à parfois remplacer l’éternel Barry Allen dans la série principale Flash. Le gamin parfois raconté comme impulsif a fini par se ranger, avec une vie de famille à laquelle il tente de se rattacher après de terribles événements. Pour bien comprendre où nous en sommes, il faut se remémorer les comics Heroes in Crisis de Tom King sortis en 2019. Une histoire bouleversante où de nombreux héros et héroïnes trouvaient la mort au Sanctuaire, sorte de lieu de repos où ils·elles pouvaient confier leurs traumas, suite à une erreur de Wally West. Un événement qui l’a poussé à s’éloigner du costume de Flash, lui qui n’est jamais parvenu à passer outre la culpabilité et la responsabilité d’avoir causé la mort de ses ami·e·s (dont son meilleur pote Roy/Arsenal). Ce premier tome de Flash Infinite revient dessus puisque, alors qu’il a pris sa décision de raccrocher son costume au placard et de se concentrer sur une vie de famille paisible, il est attiré et projeté au sein de la Force Véloce, cette force qui donne leurs pouvoirs à tous les speedsters.

Wally se retrouve alors à empêcher une explosion, un élément prêt à distordre la réalité, en incarnant tour à tour plusieurs « Flash » à travers les âges, donnant à Jeremy Adams l’occasion de s’amuser à l’écriture : entre la poursuite d’un dinosaure (littéralement) survolté, une attaque contre Hitler et un saut dans le futur, le récit ne se pose aucune limite et agit comme une forme de grande quête de rédemption pour Wally West. Parce qu’incarner tous ceux qui l’ont précédé lui fait comprendre aussi l’importance de ce qu’il est, et finit par le faire revenir sur les événements de Heroes in Crisis pour mieux les comprendre. C’est vraiment bien écrit, notamment quand l’auteur aborde le sentiment de culpabilité de Wally et le pousse à faire face à ses actes, comprendre ses torts et ses erreurs mais aussi évacuer certaines idées, notamment sur sa responsabilité réelle et sa capacité à éviter le désastre. Visuellement, c’est un collectif de dessinateurs qui y vont à tour de rôle, offrant au comics une multitude de styles qui symbolisent chaque époque traversée. C’est solide et souvent intéressant, notamment un chapitre plus « kitsch » où il y a un super travail effectué sur l’ambiance et le ton au moyen des couleurs. Plus que jamais ce tome est un bon point d’entrée à l’univers de Flash tant l’écriture, si elle s’appuie largement sur Heroes in Crisis, parvient à expliquer les événements passés sans être lourdingue, et offre une sorte de nouveau départ à son héros.

Superman Infinite – Tome 2, seul contre tous

© 2021 DC Comics / 2022 Urban Comics

Superman est abandonné par la Ligue de Justice : suite aux événements du premier tome et la crise diplomatique qui touche la Terre (on en parle dans notre chronique DC Infinite #2), Clark Kent est seul pour partir affronter Mongul et éclaircir cette histoire qui a vu faire réapparaître des Kryptonien·ne·s réduit·e·s à l’état d’esclaves par le tyran. Et c’est donc un combat qu’il doit mener sans ses allié·e·s de toujours, le poussant à aller voir ailleurs en refondant The Authority. Un groupe de métahumains qui a souvent donné lieu à des comics éminemment politiques, exprimant une rage contre le système, avec une équipe atypique, irrévérencieuse et amorale, à des années lumières de ce qui fait Superman et ses valeurs. Pourtant ce dernier fait appel à Manchester Black, un télékinépathe qui lorgne habituellement plutôt vers le « mal », avant d’aller chercher quelques autres personnages non moins surprenants.

Et cela donne un récit captivant, qui raconte une rage étonnante venant de Superman, avec un véritable désir de changer les choses en sortant de ses valeurs habituelles. En s’affranchissant de ce qui a longtemps fait son image, lui qui dit clairement que la jeunesse est plus à même de comprendre les valeurs d’aujourd’hui et les combats de société qui doivent être livrés. Le héros, longtemps dépeint comme une sorte de boussole morale, se retrouve en marge de tout ça, partant vers un dernier combat dont il n’est pas sûr de revenir. Parce qu’il est mis en garde par son fils Jon Kent, le nouveau Superman de la Terre, lui qui revient du futur et qui le sait : c’est à cette période que Superman disparaît des livres d’histoire, il ne reviendra pas. Grant Morrison donne tout ce qu’iel a dans un récit présenté comme ses adieux à l’univers DC, l’auteur·ice profitant du moment pour écrire une histoire très intimiste, où se dessine un point de bascule pour le héros qui a toujours porté les valeurs les plus pures et les plus humaines malgré son origine extraterrestre. Un point de bascule qui le pousse à s’allier avec des personnes peu recommandables, sans pour autant perdre de vue qui il est, on n’est pas non plus dans le Superman dictateur tel qu’imaginé dans Injustice. Mais c’est tout de même un renversement assez fabuleux qui est raconté, avec l’espoir que cela ne s’arrête pas là. Mikel Janin au dessin profite d’ailleurs beaucoup de cette ambiance si particulière pour poser souvent des couleurs assez froides et un dessin qui remet Clark Kent à hauteur d’homme, loin de la figure quasi-divine qui lui a longtemps collé à la peau. Cela manque quand même parfois d’impact visuel, bien qu’il y ai quelques moments franchement fun comme lorsque Natasha Irons, l’héroïne Steel, combat des émanations des dudebros d’internet qui lui expliquent qu’une femme ne peut pas être une super-héroïne.

Superman : Son of Kal-El Infinite – Tome 1, coming out d’un nouveau héros

© 2021 DC Comics / 2022 Urban Comics

Superman : Son of Kal-El était certainement le comics le plus important du DC Infinite à ce jour. D’abord parce qu’il raconte les suites de la passation de pouvoir entre Clark Kent et son fils, Jon, le nouveau Superman, mais aussi parce qu’il a considérablement marqué les esprits lors de sa sortie aux Etats-Unis l’année dernière. La raison est simple : le personnage y fait son coming out homosexuel. Un élément formidablement bien amené et un choix extrêmement important pour la représentation, dans une scène absolument superbe qui fonde l’identité du personnage. Je pense aussi à une autre scène, un peu plus tard, qui décrit une interaction entre Jon et son pote de toujours Damian Wayne, qui lui dit son bonheur de le voir heureux, comprenant très vite ce qu’il se passe sans que Jon n’ait à lui en parler. C’est deux moments vraiment bien écrits qui donnent à ce nouveau Superman un sens à ses actes. Si en son temps Clark Kent incarnait les immigrés aux Etats-Unis, lui qui vient d’une autre planète, Jon représente la communauté LGBTQIA+ qui se découvre là un héros particulièrement attachant. Et ce grâce à un récit intimiste que Tom Taylor mène d’une main de maître en compagnie de John Timms, qui s’interroge sur ce que doit représenter un héros, et sur le Superman que souhaite être Jon. Aussi intéressé par son identité avec et sans le costume, ce premier tome nous fait découvrir un héros plein de fraîcheur, de fougue, et d’envie d’être quelqu’un de bien.

Il a pourtant une lourde tâche : protéger la Terre en l’absence de son père. La difficulté se trouve dans sa jeunesse et son inexpérience, mais aussi les questionnements qui en découlent et notamment sur la position à trouver face à un ancien ennemi de son père. C’est superbement mis en scène, et, au-delà du personnage, c’est une super histoire qui reprend à son compte des événements mondiaux tels que l’aide apportée (ou non) aux réfugié·e·s, profitant ainsi d’une thématique chère à l’Homme d’acier, lui qui vient d’une autre planète. On sent à la fois la volonté de rendre hommage à la longue histoire de Superman, tout en offrant des perspectives nouvelles, des valeurs plus actuelles, à mettre en parallèle avec le tome 2 de Superman Infinite dont je parlais plus haut et qui disait déjà la confiance de Clark Kent en la jeune génération pour porter de nouvelles valeurs. S’il y a bien un comics de ce mois d’avril du côté de DC Infinite que je recommande, c’est celui-ci. Parce qu’il est important pour la représentation des minorités, mais aussi parce qu’il réinvente le mythe de Superman à sa manière, en lui offrant de nouvelles idées et un nouvel élan pour l’avenir. C’est une belle réussite, même s’il faut subir les réactions honteuses des fans réactionnaires.

  • Flash Infinite T.1, Superman Infinite T.2 et Superman : Son of Kal-El Infinite T.1 sont disponibles en librairie aux éditions Urban Comics depuis le mois d’avril 2022.

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