The Promised Neverland est un shōnen écrit par Kaiu Shirai et illustré par Posuka Demizu. Initialement paru en 2016, le premier volume a été édité par Kazé, en France, en 2018. Le vingtième et dernier tome est prévu pour le 2 juin 2021.

Bienvenue à Grace Field House !

The Promised Neverland © 2016 by Kaiu Shirai and Posuka Demizu

« Celle que j’appelle tendrement « maman » n’est pas réellement ma mère. Et tous ces enfants avec lesquels je vis ne sont pas véritablement mes frères et sœurs. Voici l’orphelinat Grace Field House. Je suis orpheline. Du moins, c’est ce que je croyais. »

Telles sont les paroles d’Emma, dans la première page de The Promised Neverland. Les cases initiales du manga nous font découvrir une jeune fille heureuse, élevée par une mère attentionnée et jouant avec ses nombreux frères et sœurs dans le parc verdoyant de Grace Field House. Emma porte un uniforme d’un blanc immaculé et aborde un sourire rayonnant. L’orphelinat semble être un environnement idyllique pour les enfants. Dans ce cas, pourquoi le matricule 63194 est-il tatoué sur le cou d’Emma ?

Bien qu’ils aiment leur mère adoptive Isabella, les enfants de Grace Field House attendent avec impatience le jour où ils seront adoptés. Or, c’est au tour de Connie, une adorable petite fille de six ans, de rencontrer ses parents ! La fillette serre tendrement Little Bernie, son doudou en forme de lapin, contre elle, en promettant à ses frères et sœurs qu’elle ne les oubliera jamais. Lorsque Connie s’en va, Emma remarque avec désarroi qu’elle a oublié Little Bernie derrière elle. L’adolescente brave l’interdiction d’approcher le portail de l’orphelinat dans l’espoir de rattraper Connie. Mais ce qu’elle va découvrir fait voler toutes ses certitudes en éclats…

Un aller pour le Pays Imaginaire

Le titre The Promised Neverland fait-il part de l’espérance d’accéder à la terre promise : le fameux Pays Imaginaire où les enfants sont éternellement heureux ? Hélas, il ne s’agit sûrement pas de Grace Field House, qui paraît trop idyllique pour être réel. Si vous êtes des habitués de Pod’Culture, vous connaissez mon affection pour les réécritures lugubres du mythe de Peter Pan. J’avais abordé cette thématique dans mon analyse du film L’Orphelinat. Comme d’autres œuvres du genre, The Promised Neverland va imaginer ce qui arrive aux enfants qui ne grandissent pas. Naturellement, rien de plus ne sera divulgué sur l’intrigue.

Au-delà du suspense qui happe les lecteurs dès les premières pages du manga, The Promised Neverland charme par la clarté et la beauté de ses dessins. Tout juste peut-on lui reprocher un découpage parfois économe, qui rend les cases les plus chargées – et surtout les bulles qu’elles contiennent – assez difficiles à déchiffrer. Les illustrations n’en demeurent pas moins rafraîchissantes, voire poétiques. C’est la promesse, pour nous, lecteurs et lectrices, d’être emportés dans un univers dont la douceur et l’émotion dissimulent une parcelle plus inquiétante, mais tout aussi envoûtante.

Et si le monde n’était qu’un échiquier ?

The Promised Neverland © 2016 by Kaiu Shirai and Posuka Demizu

Bien que le trio principal soit assez convenu pour un shōnen, il est particulièrement attachant. Emma est une jeune fille brave et généreuse, qui aspire plus que tout à rendre sa famille heureuse. Si elle paraît parfois maladroite, elle possède de grandes capacités d’apprentissage. Ray, l’éternel ado ténébreux, est l’heureux propriétaire d’une mèche rebelle, dissimulant la moitié de son visage. Cultivé et cynique, Ray s’avère plein de surprises. Enfin vient Norman, probablement mon favori. Pale et rêveur, il possède une intelligence redoutable qu’il n’utilise jamais à mauvais escient. Norman se caractérise par son abnégation à toute épreuve.

Comme la référence à Peter Pan le laisse deviner, The Promised Neverland est le terrain de la confrontation entre le monde des enfants et celui des adultes. Toutefois, cette confrontation n’est jamais frontale. Il s’agit de combats tactiques, pareils à une partie d’échecs, où les adversaires n’hésitent pas à user de faux semblants pour parvenir à leurs fins. Au-delà des sourires figés, des regards fixes et des gros-plans sur leur visage, c’est ce jeu des masques qui rend les adultes si effrayants. On salue d’ailleurs les métaphores délicieusement ironiques utilisées par le manga. Les enfants adorent jouer au loup. Or, il arrive que Sœur Krone, une des adultes veillant sur eux, se propose d’incarner le loup…

The Promised Neverland est un manga dont les rebondissements sont particulièrement imprévisibles, et ce grâce à la psychologie travaillée des personnages. Bien que la dualité entre les enfants et les adultes soit mise en exergue, le shōnen ne devient jamais manichéen. En dépit des apparences, aucun des personnages n’est fondamentalement bon, ni mauvais. Ils possèdent tous leurs motivations propres, qui les rendent si imprévisibles. Les enfants sont-ils tous aussi innocents qu’on ne le pense ? Les adultes ne possèdent-ils pas des circonstances atténuantes, lesquelles les réhabilitent, in extremis ? Cette ambivalence des personnages ou le parallélisme existant entre certains d’entre eux, ne rendent le manga que plus passionnant.

Au fur et à mesure que les tomes défilent, The Promised Neverland aborde des thématiques plus difficiles qu’on ne l’imagine et qui s’avèrent satiriques envers la société que nous connaissons. Et si tout n’était qu’un système à la mécanique bien huilée, destinée à broyer les mortels, enfants comme adultes ? A ce titre, comment savoir qui sont les pions et qui sont les pièces maîtresses de ce vaste échiquier ? L’histoire emprunte un tournant au cours du cinquième tome, lequel marque d’ailleurs la fin de la première saison de l’anime. L’intrigue change de rythme et devient plus conventionnelle, tout en demeurant d’excellente facture. J’ai, pour ma part, lu les dix premiers tomes de la série, et il me tarde de découvrir la suite.

Un anime prometteur, puis sacrifié

The Promised Neverland © 2016 by Kaiu Shirai and Posuka Demizu

La première saison de l’anime, composée de 12 épisodes, est sortie en 2019. En France, elle a été diffusée sur Wakanim et Anime Digital Network. Elle est également disponible en DVD et en Blu-Ray.

Je ne peux que conseiller cet anime, dont la qualité est annoncée dès le premier épisode. Le plan initial montre Emma, dont le visage est barré par les grilles de Grace Field House. Ce premier épisode distille de nombreux indices sur la suite des événements. Cela le rend énigmatique pour les personnes découvrant l’histoire, mais aussi très satisfaisant pour les connaisseurs ou connaisseuses. Les dessins et l’intrigue sont extrêmement fidèles au premier tome du manga. Certaines scènes sont coupées, ici et là, ce qui accélère le rythme sans être véritablement gênant. Sœur Krone, tantôt terrifiante, tantôt enjouée, paraît d’autant plus déjantée grâce à la mise en scène et aux choix entrepris par l’anime. Certes, j’ai été déçue par l’opening. A mes yeux, une chanson de J-Rock trahit l’atmosphère de Promised Neverland. L’anime possède toutefois de magnifiques morceaux instrumentaux, à commencer par une certaine berceuse, revenant à des moments stratégiques. Je vous invite à écouter Isabella’s Lullaby, mais attention, elle pourrait bien persister dans votre esprit…

Ce fut malheureusement la douche froide, lorsque j’ai découvert la saison 2, dont la diffusion s’est terminée en mars dernier. Même si j’ai visionné l’anime avant de découvrir les mangas, je me suis toute de suite fait la réflexion que le rythme était trop rapide, et que l’intrigue paraissait moins sophistiquée que dans la première saison. Quelle ne fut pas ma surprise quand j’ai découvert que la deuxième saison faisait l’impasse sur des tomes entiers du manga, afin de clôturer l’adaptation de façon expéditive. La saison 2 occulte de nombreux arcs et personnages, et je doute qu’une saison 3 voie le jour.

Toutefois, les plus curieux (ou téméraires) d’entre vous peuvent se tourner vers le film en live-action, sorti en 2020. Il y aurait également un projet de série live américaine, commandé par Amazon Prime, ainsi que l’arrivée prochaine d’un jeu vidéo sur smartphones. Au vu du succès rencontré par The Promised Neverland, et en dépit de la fin bâclée de l’anime, les adaptations du manga semblent avoir de beaux jours devant elles.

Dénouement

The Promised Neverland était un manga qui avait tout pour me plaire, et je n’ai pas été déçue. J’ai été fascinée par l’histoire d’Emma, Ray et Norman. L’intrigue, pleine de suspense, utilise de tels retournements de situation que l’univers devient terriblement prenant, voire obsédant. A l’image de Grace Field House, l’apparente gaieté et luminosité des dessins dissimule un monde aussi sournois que menaçant. Bien que l’intrigue et le rythme changent à partir du cinquième tome, The Promised Neverland met en scène des combats tactiques et spirituels, entre des personnages délicieusement ambivalents. Le huis-clos rend les tensions d’autant plus palpitantes. Je ne peux que vous conseiller de découvrir ce manga envoûtant, voire l’adaptation, dont la première saison est particulièrement fidèle. En revanche, l’anime est sacrifié dès la deuxième saison. The Promised Neverland connaît un franc succès, qui présage de futures nouvelles adaptations, et dont nous connaîtrons le dénouement avec la sortie du tome final, le 2 juin prochain.

  • Les 19 premiers tomes de The Promised Neverland sont disponibles, aux éditions Kazé.
  • Le dernier volume sort le 2 juin 2021.
  • L’anime est consultable sur Wakanim et Anime Digital Network.
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L’Expression « Œuvre Coup de poing », affectionnée entre autres par notre bon Mystic-Falco, me laisse généralement plutôt méfiant. D’abord parce qu’elle peut renvoyer à des sentiments assez variés, mais surtout parce qu’on ne met pas toutes et tous le curseur au même niveau pour décerner un tel titre, en fonction de notre sensibilité et de nos attentes. Aussi c’est au risque de contredire mes habitudes, et de potentiellement vous décevoir, que j’ouvre le présent article de la sorte : aujourd’hui on va parler d’une œuvre « coup de poing », voire même d’une œuvre « gros coup de pied dans la bouche ».

En Thérapie est une série française d’Eric Toledano et Olivier Nakache, diffusée depuis le 4 février 2021. Il s’agit de l’adaptation française d’une série israelienne, Betipul, qui partage donc avec sa grande sœur sa thématique principale : Le parcours de cinq patients et de leur thérapeute, lors de sept séances de psychanalyse. Ne connaissant ni la série originale, ni l’adaptation américaine qui a précédé la française, je ne peux juger En Thérapie sur la qualité de l’adaptation qu’elle réalise. Cela ne m’a toutefois pas empêché de dévorer cette série, avec une agressivité qu’elle n’a parfois pas manqué de me rendre. Car, comme l’a écrit ce bon Friedrich Nietzseche, quand tu regardes l’abîme, l’abîme aussi regarde en toi.

Une narration et une exécution parfaitement maitrisées

© 2021 ARTE

Le premier élément qui fait toute la force de la série est à mon avis sa structure. Une narration en étoile, qui va se concentrer sur un cas par épisode, l’un après l’autre, permettant à la fois de créer un cycle (chaque cas revient tous les cinq épisodes) et une continuité temporelle (Chaque bloc de cinq épisodes constitue une semaine de travail pour Dayan, le psychanalyste à la croisée de toutes ces histoires). L’intérêt de ce choix de narration est triple :

Tout d’abord, il renouvelle sans cesse l’intérêt du spectateur en alternant les arcs scénaristiques, tout en créant une attente de ce dernier pour chaque personnage. Ensuite il permet d’installer la relation de chaque patiente et chaque patient avec le thérapeute dans le temps, ce qui permet d’ajouter une couche de narration supplémentaire via le rythme auquel avance chaque cas dans une unité de temps. De plus, pendant ces sept semaines, des évènements extérieurs aux différentes cures ne manqueront pas de survenir pour rabattre les cartes, parfois de manière singulièrement brutale. Enfin il permet de mettre au centre de l’intrigue le personnage de Philippe Dayan, psychanalyste reconnu, professionnel consciencieux et humain…parfois trop humain, comme vont en témoigner les difficultés auxquelles il va être confronté pendant ces sept semaines, entre novembre 2015 et janvier 2016. En plus du parcours des patients, c’est ainsi également le parcours du thérapeute qui vient enrober l’ensemble, montrer que tout professionnel qu’il soit, il est comme les autres le produit de son passé, et de ses névroses. Un personnage magistralement incarné par Frédéric Pierrot, dont la prestation est à l’image de chaque membre du casting de la série.

© 2021 ARTE

Car le deuxième atour majeur de l’œuvre est le choix de ses interprètes. Au sommet de leur Art, Mélanie Thierry, Reda Kateb, Céleste Brunnquell, Pio Marmaï, Clémence Poesy, Carole Bouquet, et donc Frédéric Pierrot, font corps avec leur rôle comme rarement, jouant à la fois le conscient, et l’inconscient de leur personnage, dans l’intimité dépouillée de ce cabinet de consultation, qui sert souvent de théâtre à de poignantes luttes internes. Chaque mot, chaque silence, chaque mimique sont autant d’indices distillés par les acteurs et actrices pour nous permettre d’appréhender Ariane, Adel, Camille, Damien, Léonora, Esther et Philippe. Mention spéciale aux quatre personnages secondaires qui, bien qu’intervenant beaucoup plus rarement, ne sont pas en reste quant à leurs apports à  l’histoire et aux différents messages abordés. Au delà de ces personnages, ce sont des vies qui sont racontées. Des parcours, des blessures, des vides, des traumas, des hontes. Le plus souvent à travers un regard qui se détourne, ou un malaise qui resurgit. Le tout porté par des dialogues phénoménaux de profondeur et d’intensité. Car en thérapie, « il y a ce qu’on est venu dire, ce qu’on ne veut pas dire…et ce qu’on ne veut surtout pas dire ».

Faire la lumière sur nos parts d’ombre

Vous savez maintenant pourquoi la série m’a accroché, mais vous savez moins comment elle appuie là où ça fait mal, et à quel point la série tourne encore dans la tête quelques jours après l’avoir terminée. Le fait de suivre des personnages qui vont mal, parfois même sans s’en rendre compte, crée un climat dans lequel les liens entre les évènements et les souffrances se créent à mesure que les langues se délient. La série joue habilement de la résistance de l’inconscient face aux signes qui montrent bien plus qu’on ne le voudrait, et lorsque les personnages s’ouvrent, prenant petit à petit conscience des rouages à l’origine de leurs problèmes, on est doublement touché en tant que spectateur. D’un côté par empathie, face aux situations sincèrement difficiles vécues par chacune et chacun, mais surtout d’un autre par identification. D’abord on se sent proche de certains personnages, de leurs difficultés, de leurs questionnements. Puis, face à leur inconscient mis à jour, on se prend à se demander si nos travers communs ne seraient pas issus de causes similaires. Si au fond de nous, nous n’aurions pas des choses enfouies qui seraient comparables, au moins dans une certaine mesure.

© 2021 ARTE

[Attention au petit spoiler] En ce qui me concerne, ce sont par exemple les réflexions de Dayan sur la violence du monde, sur à quel point elle peut briser les gens dans un cercle qui s’auto-entretient, et sur les angoisses que cela génère, qui ont raisonné en moi. [Fin du petit spoiler].

À travers les parcours dévoilés au fil des épisodes, on se rend compte que les malheurs de l’adulte viennent plus ou moins tous des cicatrices de l’enfant. On prend conscience que chaque être humain porte en lui une part sombre, plus ou moins nourrie par ce que nous lui avons donné à manger au fil du temps, particulièrement lors de nos premières années en société, alors que nous n’avons pas d’autre option que le refoulement face aux traumatismes.

Tout cela ne donne pas beaucoup d’espoir quant au sort du monde, tant ce fonctionnement semble être inhérent aux sociétés humaines. En revanche ce qui rassure et met du baume au cœur, c’est qu’en fin de compte la thérapie peut fonctionner. Elle peut dans une certaine mesure aider, réparer. Et alors que le dernier bloc de cinq épisodes se déroule devant nos yeux, c’est autant de séparations qu’il nous faut encaisser, et de visions du monde avec lesquelles il nous faut composer. À l’image de son propos, la série nous laisse dans une certaine amertume, teintée d’une envie d’aller de l’avant. Nous met une dernière claque avant de venir titiller notre « Pulsion de Vie ».

Derniers mots sur le divan

Je n’ai pas beaucoup de doutes sur le fait qu’En Thérapie a su m’aspirer car le cœur de son propos touche de très près à des thématiques et des genres qui me fascinent : entre huis-clos et thriller psychologique, chaque épisode permet d’aller de plus en plus loin sur les fêlures de ces patientes et patients, sur le tragique de leurs histoires et sur à quel point notre société se brise, se délite, alors que beaucoup se cachent, voire se meurent de leurs blessures. Le sujet de la santé mentale était assez tabou en France, jusqu’à la pandémie de COVID-19, qui a à ce point amplifié le poids des troubles psychiques que nous ne pouvons plus faire comme s’il ne s’agissait pas d’une priorité absolue. Au delà de ses qualités, l’œuvre a le mérite de mettre le dossier sur la table.

Quand bien même elle reste une œuvre de fiction, et qu’elle ne peut prétendre remplacer ou représenter parfaitement la discipline qu’elle dépeint, En Thérapie, portée par une écriture et un rythme d’une précision chirurgicale, bouscule les esprits autant qu’elle les divertit. Elle vient nous proposer de reconsidérer certains évènements de notre passé, à la lumière des cas qui y sont dépeints, ou nous tendre une main vers le monde de la santé mentale, pour celles et ceux qui sentent bien que quelque chose ne va pas sans avoir jamais su pourquoi.

  • « En Thérapie » est disponible gratuitement sur le site Arte.tv, sur la chaine Youtube « Arte Séries », ainsi qu’en coffret DVD et Blu-ray
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En 2010 sortait une sorte de suite à Drakengard, qui faisait à l’époque quelques adeptes. Ce jeu, c’était NieR, sorti au Japon dans deux versions : Replicant et Gestalt. La principale différence entre les deux titres se situait au niveau du personnage incarné une fois la manette entre nos mains, puisque la version Replicant proposait d’y incarner un jeune protagoniste qui cherchait à sauver sa sœur d’une terrible maladie, tandis que Gestalt nous mettait dans la peau de son père. Mais pour l’occident, la question ne se posait plus : son éditeur, Square-Enix, avait fait le choix de sortir uniquement la version Gestalt. Onze ans plus tard et après le succès critique de sa suite NieR Automata, le premier jeu de la saga revient à nous dans une version remaster au titre aussi improbable que l’imaginaire de son créateur Yoko Taro, qui nous permet enfin de découvrir la version « Replicant » avec le fiston. Nous voilà face à NieR Replicant ver.1.22474487139… et on vous invite à nous rejoindre dans un voyage aussi étonnant que séduisant.

Critique rédigée suite à l’envoi d’une clé du jeu par l’éditeur. Le jeu a été testé sur une PlayStation 5 en rétro-compatibilité PS4.

Tout commence dans un futur proche, dans le décor urbain d’une ville qui semble abandonnée. On y découvre un jeune homme et sa petite sœur, qu’il tente de protéger de toutes ses forces alors que les Ombres l’attaquent et qu’une tempête de neige se déchaîne. Soudainement, une ellipse de 1412 années plus tard, on retrouve le frère et la sœur dans un village. Cette dernière est atteinte d’une étrange maladie, son frère va tout tenter pour la sauver.

Pour sauver Yonah

© 2010, 2021 SQUARE ENIX CO., LTD. All Rights Reserved.

Il y a quelque chose d’intrigant et de mystérieux dans l’histoire de NieR Replicant ver.1.22474487139… (on vous épargnera le titre à rallonge dans la suite de cette critique, c’est promis). Comme à son habitude, son créateur Yoko Taro laisse parler sa folle créativité qui emprunte à des genres bien différents, dans un monde qui mélange un côté post-apocalyptique avec ses vestiges de civilisations modernes (bâtiments en béton, ponts détruits) à une civilisation qui lorgne du côté de l’âge médiéval. Robots et architecture industrielle se fondent dans les plaines et près des villages où la vie tourne autour de la chasse, de l’élevage et des échanges commerciaux en essayant de survivre aux multiples attaques des Ombres. Ces ennemis à l’origine inconnue attaquent sans relâche les villageois, défendus par des soldats et notre cher héros, tous équipés d’épées et d’armures d’une autre époque. C’est un mélange fascinant, qui n’est pourtant pas si rare dans le petit monde du jeu vidéo japonais, mais que NieR Replicant raconte de manière plus terre à terre et brut. Certaines séries de jeux de rôle japonais en ont fait leur marque de fabrique, notamment chez le même éditeur Square-Enix, mais il y a quelque chose de plus pur, de plus surprenant ici. Notamment parce qu’on ressent réellement ce côté post-apocalyptique, où l’espoir semble avoir quitté la plupart de ses habitants.

L’intrigue se dévoile à son rythme et n’hésite jamais à nous balancer sur des fausses pistes. Le tout avec un fond mélancolique, abordant des thèmes qui vont de l’humanité de ses personnages au sens de leur vie, avec en toile de fond une étrange maladie qui se transmet sans que l’on sache trop comment. La petite sœur du héros en est atteinte, et l’essentiel du jeu consiste à essayer d’en trouver le remède, avec un grand frère qui remue ciel et terre pour le moindre indice qui permettrait de la sauver. Mais plus que son histoire, le jeu séduit grâce aux petites aventures qui se créent chaque fois que l’on découvre une nouvelle ville. Peu nombreuses, elles recèlent toutefois de nombreux détails qui leur donnent à chacune une vraie identité, avec leur lot de péripéties et d’histoires plus ou moins déprimantes. La dynamique qui s’installe entre les personnages, tous très attachants, est également intéressante, grâce au fait qu’ils possèdent tous des personnalités radicalement différentes mais toujours réussies. Si le héros est l’exemple type du héros-serpillère qui ne semble avoir qu’un seul but dans la vie, jouer les coursiers pour tout le monde entre deux quêtes pour sauver sa sœur (et l’un de ses alliés le lui fait d’ailleurs remarquer avec dialogue grinçant), les autres sont particulièrement intéressants. Il y a d’abord le Grimoire Weiss, sorte de livre magique qui nous accompagne tout au long de l’aventure et dont le sarcasme apporte un second degré bien senti. Et ensuite, deux autres personnages qui viennent apporter plus de douceur et d’émotions au jeu, avec des histoires bouleversantes.

C’est bien là que le jeu devient particulièrement émouvant, avec des protagonistes qui dévoilent une douceur insoupçonnée, avec des passés lourds qui donnent à l’aventure un tournant parfois doux-amer. Car plus que la relation frère-sœur qui est au centre du récit, c’est ces personnages qui nous rejoignent dans l’aventure, ou même quelques uns que l’on croise dans une poignée de quêtes secondaires, qui offrent un réel impact émotionnel. Même si on regrette quand même le choix de design de Kainé, un personnage fascinant qui combat à nos côtés, dont l’hyper-sexualisation créé un décalage de ton un peu nul avec certaines de ses scènes qui font partie des plus émouvantes du jeu. Son histoire est pourtant certainement l’un des piliers du récit, abordant de nombreux thèmes compliqués et offrant un regard intéressant sur l’univers de NieR. Mais ses scènes rappellent un peu le cas de Miranda de Mass Effect, où la caméra faisait des gros plans sur ses fesses pendant qu’elle dévoilait des épisodes compliqués de sa vie. Plus que jamais, NieR Replicant nous rappelle qu’il est ancré dans son époque, celle du début des années 2010, où le jeu vidéo n’envisageait même pas de commencer à prendre conscience de son sexisme.

Les vieux pots, les meilleures soupes, tout ça

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NieR Replicant n’est toutefois pas qu’une histoire, c’est aussi un sens du gameplay qui rend l’aventure encore plus palpitante. Ce remaster est une bonne occasion pour se raccrocher au wagon NieR Automata, suite de l’aventure sortie en 2017 et qui avait apporté avec elle des combats plus nerveux. On retrouve les bases posées par Automata, à l’exception toutefois de combos moins nombreux. Cela donne un vrai coup de fouet à NieR, dont l’original accusait tout de même son âge. Les combats sont vifs, le rythme est rapide et on retrouve ce « bullet hell » propre à la saga où il faut esquiver les nombreuses boules d’énergie lancées par les ennemis. Certains combats de boss sont d’ailleurs en ce sens très bons, avec des patterns identifiables qui poussent à esquiver de la manière la plus fluide pour pouvoir leur mettre des coups. Sachez toutefois que le jeu propose de multiples modes de difficulté (du plus facile au plus difficile) pour les personnes qui aimeraient une aventure plus tranquille. On peut regretter cependant que les boss soient inégaux, tant dans les combats que leur design, ce qui en rend certains très oubliables.

Mais là où le remaster ne change pas grand chose, c’est sur ses quêtes secondaires. Déjà datées dans leur structure à l’époque avec un côté très « FedEx » hérité des pires jeux de rôle où l’on nous demande parfois d’aller chercher dix peaux de chèvre ou de mouton pour progresser, on s’aperçoit dix ans après que les années ne lui ont fait aucun cadeau. Ces quêtes sont nombreuses et pour l’extrême majorité se révèlent sans intérêt, tant à cause de leurs objectifs que leurs apports très dispensables sur la narration. Heureusement, une poignée d’entre-elles apportent leurs lots d’informations sur le lore du jeu, et certaines sont même indispensables pour pouvoir obtenir l’intégralité des armes du jeu (inévitable si l’on veut faire toutes les fins du jeu). Mais le pire là-dedans c’est que ces quêtes obligent à faire de nombreux aller-retour entre les différentes villes et zones du jeu, de la même manière que la quête principale. Cela alourdit artificiellement le titre qui n’en devient que plus long avec d’interminables phases où l’on court au travers des mêmes plaines des dizaines et dizaines de fois pour valider quelques quêtes. A tel point que les dialogues du jeu rappellent à un moment qu’on passe notre temps à courir d’une ville à l’autre, même si on finit par débloquer un simili-voyage rapide qui améliore (un peu) les choses. On prend certes plaisir au départ à découvrir les différentes zones du jeu, mais celles-ci souffrent pour la plupart de leur époque, avec de vastes étendues très vides. Même les villes peinent à donner une impression de vie. Malgré le lifting apporté par ce remaster, on reste face à un jeu qui avait un budget relativement modeste en 2010, et qui proposait un monde désincarné et répétitif : tout est vide, forçant à faire des centaines d’aller-retour dans les quelques zones récurrentes avec des temps de chargements franchement longuets.

© 2010, 2021 SQUARE ENIX CO., LTD. All Rights Reserved.

Mais cela ne gâche pas le jeu, qui appuie l’essentiel de ses qualités sur sa narration et sa capacité à étonner même après plusieurs dizaines d’heures de jeu. Si ses artifices scénaristiques ne surprennent pas grand monde, pour peu que l’on ai au moins entendu parler de NieR Automata et de ses nombreuses fins qui offrent des regards différents sur les mêmes événements, NieR Replicant a ce même goût de la narration à plusieurs niveaux de lecture. Les sous-textes sont nombreux et, allant des changements climatiques à la notion d’humanité, le jeu ne cesse d’interroger et de remettre en cause ses idées. C’est habile, souvent fin, et on prend un réel plaisir à se laisser prendre par ces nombreux rebondissements. Comme Drakengard et NieR Automata, l’histoire ne se dévoile pleinement qu’après plusieurs fins, ce qui peut toutefois être décourageant lorsque l’on réalise après quelques dizaines d’heures qu’il faudra rejouer des pans entier du jeu (qui restent pour l’essentiel identiques) afin d’obtenir quelques petits éclairages sur le récit. Mais même si je ne suis pas un grand fan de la méthode, qui me semble un peu facile pour étirer le jeu en longueur, il faut bien avouer que le titre sait nous prendre aux tripes lorsqu’il dévoile enfin ses vraies intentions. A noter d’ailleurs que ce remaster apporte une cinquième fin : attendez vous à un long, très long voyage.

Un réarrangement artistique

Paradoxalement, si le jeu a souvent l’air vide, quelques zones étonnent par leur beauté et leur lyrisme. En effet NieR Replicant est avant tout une véritable réussite artistique, avec une direction artistique assez géniale malgré les limites techniques de l’époque. Le remaster permet même de sublimer ses réussites grâce à un framerate plus élevé, une distance d’affichage améliorée, et plus généralement une finesse des textures qui oscillent entre le bon et moins bon mais qui restent bien au-dessus de la version originale sur PS3. Les plus belles zones sont capables en un instant de poser une nouvelle ambiance, à laquelle se joint une formidable bande-originale composée par Keiichi Okabe et son studio MONACA. Le compositeur profite même de cette nouvelle édition pour offrir de nouveaux arrangements, absolument superbes, qui renforcent amplement le côté épique de ses compositions. Quelques combats, notamment dans la deuxième partie du jeu, se jouent au rythme de ses titres et profitent allègrement du réarrangement pour offrir des moments de grâce qui sont à tomber. Il y a quelque chose d’hypnotisant dans cette bande-originale, avec des notes d’une douceur infinie qui s’associent étonnamment bien avec l’action survoltée des combats.

NieR Replicant ver.1.22474487139… est une œuvre à part, un jeu auquel on pourrait reprocher tant de choses sur sa structure mais qui parvient malgré tout à intéresser, à passionner, et à émouvoir. Le jeu est daté, c’est indéniable, et ce remaster n’opère que des changements en surface pour améliorer légèrement le jeu et faire en sorte qu’il ne semble pas trop anachronique. Mais malgré cela, c’est son histoire et ses personnages qui donnent le ton du titre, avec des thèmes variés et un vrai sens de la narration qui pousse à toujours aller plus loin pour en découvrir un peu plus sur les nombreux mystères du titre. Difficile de ne pas s’attacher à ces personnages et à leurs destins, même si leur créateur Yoko Taro se repose sur des ficelles narratives parfois faciles.

Mais qui sommes-nous pour nous plaindre : NieR Replicant est un formidable voyage et il serait bien dommage de ne pas se laisser porter par ce sentiment onirique qui l’entoure.

  • NieR Replicant ver.1.22474487139… est sorti le 23 avril 2021 sur PlayStation 4, Xbox One et PC. 
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Lors d’une nuit sombre, dans le quartier de Kamurocho, de nombreuses affaires, pour le moins obscures ont lieu. Entre trafics de drogues, détournements d’argent et règlements de comptes entre bandes ennemies, la ville ne dort jamais. C’est en tout cas ce qui vous attendra si vous vous aventurez, en compagnie de Takayuki Yagami, dans ce Judgment, sorti à la base en 2018 et qui profite d’une ressortie sur Playstation 5, Xbox Series et Stadia en ce mois d’avril 2021. Le jeu est développé par Ryū ga Gotoku Studio, la même équipe derrière de la saga Yakuza, Judgment étant un spin-of à la saga.

Critique réalisée à partir d’un exemplaire envoyé par le distributeur. Jeu testé sur PlayStation 5.

Les Yakuza, un monde inconnu

© SEGA

La saga Yakuza est reconnue pour sa grande qualité d’écriture des scenarii, notamment portée par des personnages charismatiques et une mise en scène digne des meilleurs dramas japonais. Judgment ne fait pas exception à la règle et c’est d’ailleurs ce qui m’a marqué dans un premier temps lorsque je me suis lancé dans l’histoire. Tout est fait pour que le joueur ait l’impression d’assister à une véritable histoire. Le genre d’histoire que nous n’oublions pas si facilement, tant l’implication envers les personnages y est soignée.

Bien que le milieu des Yakuza ne soit pas un sujet que l’on maîtrise facilement tant il y a des règles, des hiérarchies et autres… Judgment prend le temps de mettre en place tout un panel d’histoires et de personnages tous bien différents, mais terriblement bien décrits. Ne serait-ce déjà qu’avec l’introduction des personnages, qui pour peu qu’ils soient importants à l’histoire sont présentés avec un panneau qui leur sont dédiés, avec le nom, la profession et/ou la famille de yakuza à laquelle ils appartiennent.

Indubitablement, qui dit œuvre japonaise, implique des protagonistes hauts en couleur. Ce sont les personnages secondaires qui profitent de ce traitement. Un choix des plus intelligents permettant ainsi au joueur de s’identifier bien plus facilement au personnage principal, à savoir Takayuki Yagami. Un ancien avocat, qui suite à une affaire de double meurtre, dans laquelle il a dû défendre l’accusé, et ne s’en est pas vraiment relevé, a décidé de quitter le barreau pour devenir détective privé. C’est donc avec ce peu d’information que l’on commence l’histoire de Judgment. Par ailleurs cette dernière est coupée par chapitres, avec un récapitulatif de l’histoire avant chaque début de partie, appuyant de nouveau cet « hommage » au dramas japonais.

Du drama, au cinéma

© SEGA

En dehors du côté sériel du titre, l’équipe de Ryū ga Gotoku Studio, enchaîne les divers révérences, envers le cinéma cette fois-ci. C’est grâce notamment au gameplay très nerveux du titre que le genre du cinéma d’action est mis en valeur.

Dans Judgment les combats, en plus d’être jouissifs tant la chorégraphie de ceux-ci est excellente, prennent une part prépondérante du gameplay. Sans pour autant que ce soit difficile à prendre en main, il faudra cependant réussir les différents combo pour venir à bout des affrontements, tant les ennemis peuvent être compliqués à battre. Mais une fois cela accompli, le joueur est récompensé de la plus belle des manières, grâce notamment à des cut-scenes montrant la mise à terre des ennemis (à la façon d’un Fatality de Mortal Kombat).

Judgment étant un spin-off de la saga Yakuza, il apporte son lot de nouveauté. Notamment avec des nouvelles phases de gameplay. Entre filatures, recherches d’indices et des scènes où l’on dévoile les différents indices glanés ici et là, tel un Phoenix Wright sous testostérone. Le jeu use et abuse du genre de l’enquête, ce qui peut parfois devenir assez répétitif, et sortir de l’histoire, tant les phases de filatures cassent la cohérence ludo-narrative. Forcément, lorsque nous sommes emmenés à suivre un personnage, que celui-ci se retourne pour voir s’il n’est pas suivi, et que nous courons dans tous les sens pour se cacher, sans que le personnage filé ne remarque rien… Cela casse un peu l’immersion.

Cependant, il est bon de noter qu’en plus de faire référence au cinéma d’action, il singe de façon cohérente et excellente le genre du « Film noir ». Bien évidemment cela est surtout dû au différents thèmes de l’histoire ; les enquêtes, les meurtres, un tueur qui se cache derrière toute une organisation. Mais ça ne s’arrête pas là, il y a évidemment toute l’atmosphère très sombre des rues, le style de musique utilisée. En bref, Judgment est un patchwork assez impressionnant dans sa cohérence, et sa façon de réussir à si bien marier les genres, tant ils sont différents les uns des autres.

En dehors de ces quelques petits défauts, pouvant être inhérents au genre de l’enquête, le plaisir manette en main est réellement présent. Même si par moment, cette dernière n’est pas souvent utilisée.

« Le bavardage ne paie pas d’impôts »

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Autant les scènes d’actions et de combats sont dantesques voir même parfois complètement abusés, mais assumés pleinement, autant il faudra vous armer de patience si regarder une histoire dans un jeu vidéo ne vous intéresse pas. Car Judgment (et visiblement les Yakuza en général) est très bavard. Entre les scènes d’introspection, ou les personnages vont parler entre eux, pour comprendre comment ils sont arrivés là, et les scènes importantes à l’histoire afin de faire avancer celle-ci, vous allez avoir votre dose de cinématique pendant un moment !

Il est d’ailleurs intéressant de noter que les similarités ne s’arrêtent pas là. Notamment grâce au casting, ou plusieurs des acteurs des jeux Yakuza sont de retour dans ce Judgment. L’équipe de développement a même poussé ce choix d’acteurs assez connu dans le milieu, en faisant appel à Takuya Kimura, , un acteur très populaire au Japon, doubleur voix et visage du personnage principal Takayuki Yagami.

L’écriture du titre étant extrêmement qualitative, chaque retournement de situation, ne semble pas sortir de nulle part. L’histoire sait rester sérieuse et cohérente tout le long, apportant ainsi du corps au récit. Évidemment, qui dit œuvre japonaise, dit également un peu de fun, afin d’adoucir l’histoire, qui sans ces scènes à portée humoristique, semblerait beaucoup trop sérieuse, et vraiment déprimante. Le tout étant de savoir le faire avec parcimonie et avec talent comme l’ont si bien réalisé l’équipe de développement.

Judgment est une œuvre à découvrir, tant par la richesse de ses diverses références, que pour ce que le titre a à apporter au genre du jeu d’énigme. Si nous avons fait le choix de rester très vague quand à ce que raconte l’histoire, c’est avant tout pour vous donner envie de découvrir toute la richesse de ce jeu. Étant moi-même néophyte de la saga, j’ai pris un plaisir incroyable à parcourir les rues de Kamurocho, à découvrir tous ces personnages écrits de façon incroyable, et surtout m’essayer à un mélange des genres pour le moins audacieux. Alors laissez-vous tenter par l’aventure, laissez-vous porter par ce Judgment, et comme dirait un fidèle associé :

« Le feu brûle la tentation, et le métal brûle les hommes justes ».

  • Judgment est sorti le 23 avril sur Playstation 5, & Xbox Series X/S.
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Aux cinéphiles, Paprika évoque le film de Satoshi Kon sorti en 2006, un univers psychédélique où l’on explorait les rêves de ses personnages. Mais avant d’être ce film plébiscité, qui a marqué son époque et qui a influencé d’autres cinéastes (comme Christopher Nolan qui le citait en référence pour son Inception), Paprika était un roman. Publié en 1993, le roman est écrit par Yasutaka Tsutsui, auteur Japonais de science-fiction à qui l’on doit de très nombreuses œuvres. Si quelques-uns de ses romans ont déjà été traduits en Français, comme La Traversée du temps (1967, également adapté en film d’animation), Paprika n’avait étonnamment jamais bénéficié d’une traduction. C’est une erreur réparée, puisque Ynnis Éditions s’attaque à ce monument de la science-fiction Japonaise en sortant l’histoire en deux tomes, dont le premier est paru le 14 avril, en attendant la suite en fin d’année.

Critique réalisée à partir d’un exemplaire envoyé par l’éditeur.

Paprika raconte l’histoire de Atsuko Chiba, une psychothérapeute réputée, en lice pour le prochain prix Nobel. Mais cela suscite des jalousies et une guerre de pouvoir au sein de l’institut où elle exerce. À tel point que des événements étranges commencent à s’y dérouler, faisant risquer des révélations sur ses activités nocturnes. En effet le soir elle devient Paprika, son alter ego qui explore les rêves de ses patients (exclusivement des hommes) pour mieux les soigner.

Alter ego

Maître de l’animation Japonaise, Satoshi Kon a avait déjà connu un succès retentissant avec une première adaptation d’un autre roman, Perfect Blue. Un exploit réédité quelques années plus tard avec son adaptation de Paprika, qui donnait vie à l’œuvre de Yasutaka Tsutsui. Et c’est ce qui nous intéresse aujourd’hui, puisque sans s’attarder sur les qualités déjà bien connues du film, c’est celles du roman qui sont à l’ordre du jour. Un roman jamais édité en France, jusqu’à cette année, donnant enfin l’occasion de nous plonger dans l’une des œuvres les plus populaires du romancier Japonais. Et disons le de suite, on n’est pas déçus du voyage. Allant bien plus loin que le film, le livre s’intéresse profondément à chacun de ces curieux personnages, tous affublés d’une caractéristique qui a tendance à les rendre pathétiques. Du thérapeute au physique « disgracieux » (avec une grossophobie latente, on ne va pas se le cacher) et à la personnalité enfantine, au sous-directeur qui se prend pour un séducteur en cachant son complexe d’infériorité, la formidable galerie de personnages imaginée par Yasutaka Tsutsui nous emmène dans un institut assez improbable. Les scientifiques y utilisent des machines capables d’observer les rêves des patients, les reproduisant sur des écrans, avec même l’opportunité de s’y infiltrer pour vivre les rêves en leur compagnie. Dans ce monde imaginaire, de telles procédures sont utilisées pour traiter névroses, dépressions et autre schizophrénies, offrant à l’une de ses créatrices, l’héroïne du bouquin Atsuko Chiba, une bonne chance pour le prochain prix Nobel. Mais ce qui fait le sel du livre, c’est les luttes internes que de telles découvertes peuvent provoquer au sein de l’institut, entre les nombreux sous-directeurs qui se voient calife à la place du calife et les pratiques de Paprika, l’alter ego de Atsuko, qui soigne quelques patients « VIP » en explorant leurs rêves. Si son identité reste secrète pour la plupart des gens, c’est parce que ses patients sont essentiellement des personnalités publiques qui ont tout à perdre si on apprenait qu’elles ont besoin d’un quelconque soutien psychologique. Alors les choses partent dans tous les sens, avec Paprika/Atsuko coincée au milieu du capharnaüm que devient l’institut, et rapidement les choses prennent une tournure plus mystérieuse, à la limite du thriller. Et c’est là qu’excelle l’auteur.

Les dialogues sont ciselés et profitent d’une traduction française d’excellente qualité, les personnages échangent sans cesse et multiplient les sarcasmes, les petites piques lancées ici et là autour de faux-semblants qui permettent à chacun·e de dissimuler ses véritables intentions. On prend un plaisir terrible à découvrir ces nombreuses personnalités, et encore un peu plus avec l’héroïne qui elle-même incarne deux personnages complètement différents. Atsuko est une scientifique renommée, respectée, au professionnalisme sans limite. Le soir, elle est Atsuko, sorte de pseudo-femme fatale à l’allure plus jeune, qui séduit autant ses patients qu’elle leur apporte le traitement dont ils ont besoin. Il y a beaucoup de belles idées autour du personnage, notamment sur cette manière de s’approprier les codes de la femme fatale, ce qui donne une envergure intéressante au personnage. Paprika est aussi rassurante qu’inquiétante, rendant le roman encore plus perturbant. Et cela passe évidemment par la qualité de l’écriture, chaque événement en apparence sans intérêt est raconté avec une ironie assez géniale, où le pathétique de certains personnages donne une humanité savoureuse au roman. D’autant plus que Yasutaka Tsutsui, même s’il adore divaguer dans Paprika et se perdre dans des détails, ne perd jamais de vue le rythme de son histoire qu’il mène plutôt bien, à tel point que les quelques pages finissent par tourner d’elles-mêmes avec l’envie d’en lire encore plus.

Le sens des mots

Il y a toujours quelque chose de mystérieux, d’inquiétant en suspens, dans une histoire qui mêle la science-fiction au fantastique, avec ses rêves psychédéliques et souvent déstabilisants. Des animaux aux têtes d’humains, des pastiches de films connus, des scènes d’horreur, les rêves sont un moyen pour l’auteur d’amener son histoire sur des terrains inattendus. Et c’est un mélange qui se laisse lire avec un plaisir non dissimulé. Il y a toujours une irrémédiable envie de lire la suite tant l’histoire accroche et passionne, et ce sera d’autant plus difficile d’attendre le second et dernier tome qui ne sortira qu’en fin d’année. Il y a pourtant quelques éléments qui font tiquer avec quelques relents de sexisme, tant dans la caractérisation de Paprika que dans la mise en scène de ce qu’il lui arrive. Le pire étant un chapitre en particulier, où une expérience traumatisante est terriblement dérangeante tant dans la manière de la raconter que dans ses conséquences immédiates. Ce passage n’est franchement pas brillant, mais il n’occupe heureusement qu’une petite partie du roman.

L’histoire de Yasutaka Tsutsui offre une plongée passionnante dans un monde fait de science-fiction et de psychanalyse. S’il est daté sur quelques concepts et idées, Paprika n’en reste pas moins un thriller captivant qui manie avec aisance une galerie de personnages surprenante, arpentant différents genres grâce à leurs personnalités étonnantes et leurs rêves psychédéliques. Il y a quelque chose d’hypnotisant dans ce roman, quelque chose qui nous pousse à lire la suite avec une curiosité presque malsaine pour la prochaine scène qui va raconter les tréfonds de l’âme d’un patient à la vie bouleversée. C’est un grand roman, et c’est un plaisir de le voir enfin arriver avec une excellente traduction française.

  • Le tome 1 de Paprika est sorti le 14 avril 2021 chez Ynnis Éditions.
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L’horreur est un genre qui a toujours eu un franc succès depuis des décennies, comme en témoignent les nombreux films des années 80 à 90, ou même ceux de notre époque actuelle. Un genre qui est toujours en plein essor aujourd’hui : en attestent des œuvres aussi différentes qu’un poétiquement sinistre Orphelinat, une série de folk-horror comme The Third Day ou un jeu vidéo énigmatique tel que Little Nightmares II. C’est sur l’idée d’offrir un espace dédié aux comics et bandes dessinées horrifiques dans cette vague que Joe Hill a décidé de créer son propre label, Hill House Comics. C’est l’un de ses propres comics qui ouvre le bal de la traduction de la collection en France, avec Basketful of Heads. L’auteur (par ailleurs le fils de Stephen King) est d’ailleurs loin d’être à son premier coup d’essai, puisqu’il est déjà connu pour la série de comics Locke & Key et de romans comme Nosfera2 et Cornes.

Cette critique a été rédigée suite à l’envoi d’un exemplaire numérique par l’éditeur.

Un petit chaperon jaune à Brody Island, Maine

© DC Comics Black Label 2020 – © Urban Comics 2021 – © Joe Hill, Leomac

La première page d’introduction de Basketful of Heads se déroule sous une pluie battante, sur un pont. Un automobiliste s’arrête à côté d’une silhouette encapuchonnée d’un imperméable jaune portant d’une main une hache viking, de l’autre, un panier recouvert d’un drapeau américain. Le conducteur pose une question bien innocente : qu’est-ce qu’une jeune fille fait seule par un temps pareil ? Et que contient son panier ? Ainsi commencent les premières interrogations de l’histoire en guise de mise en bouche, avant de retourner en arrière pour commencer le véritable récit.

En 1983, June Branch, notre héroïne, est venue passer du temps avec son petit ami Liam, engagé comme flic saisonnier à Brody Island. Les couleurs, servies par le crayon de Leomacs, sont chaudes et lumineuses, comme pour illustrer ces étés qui n’ont pas de fin. Le timbre des dialogues sont d’ailleurs bien ancrés dans cette époque, avec un humour propre aux années 80, et des personnages dans le même ton. June est une jeune fille audacieuse, polie, parfois un peu superficielle, mais avec un bon fond, presque un cliché des blondes des films d’horreur qui se font tuer dès les premières minutes. Liam, lui, n’est qu’un apprenti flic, mais droit dans ses bottes, sérieux et honnête.

L’été idyllique se voit cependant vite perturbé par la fuite de quatre prisonniers faisant des travaux de réinsertion. Le chef de police envoie Liam dans sa maison, le temps de les retrouver, pour être sûr que quelqu’un de fiable puisse veiller sur sa famille. Or, alors que Liam et June veillent durant la nuit, c’est bien là-bas que les prisonniers vont décider de se rendre. En essayant de se cacher, June récupère au passage une hache viking, l’une des nombreuses antiquités collectionnées par le maître des lieux. C’est en se défendant – et décapitant – un des agresseurs qu’elle se rend alors compte que la tête du criminel est encore vivante. Ce n’est que le début des péripéties de notre héroïne, qui va partir à la recherche de son bien-aimé et retrouver, un à un, les différents prisonniers échappés… Et si des têtes tombent, cela ne les empêchera vraiment pas de continuer à parler.

 

Un slasher hommage aux années 80

Diverses influences se ressentent à la lecture de Basketful of Heads. Si, évidemment, l’imperméable jaune de June ne sera pas sans rappeler aux joueurs et joueuses de jeux vidéo une autre héroïne sans pitié évoluant dans une atmosphère angoissante (hello, Six!), le personnage du comics évoque aussi le petit chaperon rouge avec son panier. Mais pas uniquement avec ce simple objet : également parce qu’elle se retrouve confrontée à la cruauté et duplicité des hommes autour d’elle. Les meurtres pour se défendre entament l’enfance de June, jeune fille à peine adulte, dans sa quête pour sauver son petit ami, inversant les rôles habituels des contes de fées. Cependant, cela ne l’empêche pas de conserver par moments une naïveté et une sincérité touchantes, puisqu’elle continue à prendre relativement soin des têtes qu’elle sème sur son passage.

© DC Comics Black Label 2020 – © Urban Comics 2021 – © Joe Hill, Leomac

L’héroïne de Basketful of Heads, comme certains personnages féminins du genre horrifique, se révèle aussi plus complexe et plus attachante qu’il n’y paraît au début. Loin de la fille superficielle et apeurée qu’on aurait supposer, c’est elle qui va prendre les choses en main pour mener l’intrigue, n’hésitant jamais à se défendre, ni à faire preuve d’humour avec nombre de blagues sur les têtes et membres coupés. Le style du dessin, résolument ancré dans le style des comics des années 80 – et qui ne plaît pas forcément au premier abord – accompagne cette évolution de l’héroïne avec intelligence. De la lumière et de la sensualité de l’héroïne dans les premières pages, à partir de l’invasion domestique, on passe à des couleurs bleues plus grises et sombres, basculant vers l’horreur qui va faire toute la saveur du comics.

En lisant le récit, on pense aussi à des films comme Evil Dead, avec des choix de cadrage dans les cases presque cinématographique. Car le récit se vaut aussi dynamique que décomplexé, sanglant que ponctué d’humour noir, dans un ton qui respire les années 80. Une inspiration définitivement assumée, comme le prouvent les annonces des numéros suivantes du comics à chaque fin d’épisode, avec un encrage rappelant les pulps de l’époque. Sans temps mort ni pause, les péripéties de June s’enchaînent, entraînant révélation sur révélation, dessinant en filigrane une société américaine où la corruption se trouve en chacun des personnages masculins qu’elle croise, dessinant des vices et des thèmes encore d’actualité. Le drapeau américain déchiré ne recouvre pas le panier de têtes de June pour rien…

Le côté surnaturel de l’histoire, avec cette hache viking coupant des têtes qui restent vivantes, n’est pas véritablement expliqué, mais ne peut que faire penser à Mimir, dieu nordique de la sagesse décapité et dont la tête continue à parler grâce à Odin. June est loin d’être la pire personne qui aurait pu récupérer cet objet magique : elle progresse des vestiges de l’innocence vers une assurance plus adulte et plus raisonnée. Une évolution qui l’amènera à un choix final reflétant sa vision plus éclairée du monde après l’enfer qu’elle aura traversé, au bout d’une longue nuit d’horreur.

Adeptes de l’ambiance des années 80, des aventures décomplexées et entraînantes, Basketful of Heads est une belle découverte même si elle n’est pas renversante, affirmant son côté mauvais genre et lecture coupable, désireux de faire frissonner. Un très bon choix de lecture pour plonger dans un récit horrifique jouant avec les stéréotypes du genre, porté par une héroïne indépendante et forte tête comme Joe Hill sait si bien en écrire.

« Je désirais lancer une collection de bandes dessinées qui porterait au plus haut toute la richesse que recèle ce genre d’histoires, espérant y attirer les talents les plus rafraîchissants et enthousiastes qu’on puisse trouver, qu’ils soient issus des comics ou d’autres domaines d’expression. […] Nos chiens de guerre s’ébattront librement en conclusion de chaque numéro estampillé Hill House Comics. Songez-y comme un succulent petit caramel au beurre salé à savourer après le plat principal – si tant est que vos caramels soient en fait des globes oculaires enrobés de chocolat. » (Joe Hill en postface du comics)

© DC Comics Black Label 2020 – © Urban Comics 2021 – © Joe Hill, Leomac

  • Basketful of Heads est disponible en librairie depuis le 2 avril 2021 aux éditions Urban Comics, collection DC Black Labels.
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Il est de ces œuvres qui intriguent au premier regard. Qui attirent, alors qu’on ne sait encore rien d’elles. Elles viennent provoquer chez nous une sorte d’intuition, d’un simple regard sur une couverture ou un trailer. « Aucune idée de ce que c’est, mais ça risque fort d’être intéressant », voilà ce que je me suis dit lorsque nous avons eu l’occasion de lire Ama, le souffle des femmes, de Franck Manguin (auteur et scénariste) et Cécile Becq (illustratrice). Une aura que je n’ai pas été le seul à ressentir, car c’est en binôme avec Hauntya que je vais avoir l’insigne honneur de vous parler de cette bande dessinée.

Spoiler alert : Nous n’avons que du bien à en dire.

À la découverte de racines inconnues

À la fin des années 60, au Japon, Nagisa arrive sur l’île d’Hegura et s’installe chez sa tante Isoé. Habituée à la vie citadine de Tokyo, la jeune femme découvre sur l’île les Ama, ces femmes qui plongent en apnée, nues, pour récupérer des ormeaux et les vendre. Ce sont elles qui dirigent la vie sur Hegura, défendant des traditions ancestrales face à la modernité qui tente de s’immiscer sur l’île. Un savoir-faire que la timide Nagisa va devoir apprendre si elle veut être acceptée sur cette île.

En effet, lorsque Nagisa arrive sur Hegura, elle n’est rien de plus que « la fille de ». Elle incarne pour sa tante et les autres habitants de l’île le souvenir de sa mère, elle aussi illustre Ama, mais surtout traîtresse aux traditions, elle qui a pris le large avec un étranger; qui est partie pour la ville, abandonnant sa famille, et sa culture. Nagisa doit alors faire face à une double pression : à celle venant de l’île, aussi lourde que l’amertume de ses habitants, vient s’ajouter au fardeau qu’elle amène déjà avec elle, qui a joué un rôle déterminant dans son exil.

Mais Nagisa est une battante. Et, bien décidée à mener de front toutes les batailles qu’elle aura à livrer, elle nous embarque dans une histoire longue de plusieurs années, à la découverte d’un monde caché dans l’ombre de l’urbanisation galopante des trente glorieuses.

© Ama – le souffle des femmes, Sarbacane, 2020.

Car le premier élément qui m’a fait rentrer dans l’œuvre est le plaisir de la découverte d’une culture traditionnelle qui nous est inconnue. Même en tant qu’amateur de culture japonaise, je n’avais jamais jusqu’à lors entendu parler des Ama, alors que tout dans leur vie rustique, leur caractère bien trempé et leur ardeur à la tâche inspirent respect et admiration, tout en illustrant à merveille toute une foule de thèmes extrêmement modernes, que nous ne manquerons pas d’aborder.

Dès les premières pages l’œuvre nous invite au voyage avec un procédé graphique simple. Le parti pris esthétique de la bande-dessinée de jouer uniquement autour des nuances de bleu et de jaune m’a, avec le recul, paru extrêmement signifiant. Sur Hegura, tout fonctionne au rythme du bleu. Le bleu de la mer, le bleu du ciel. Un bleu qu’on peut assimiler à cette lenteur toute japonaise qui fait reconsidérer chaque détail du quotidien. Une connexion à la nature omniprésente, qui nous emporte avec elle et nous immerge littéralement dans le quotidien de ces femmes et de ces hommes. Comme si nous avions toujours été là. Ce qui nous permet d’aborder avec un œil d’autant plus bienveillant les nombreux sujets abordés par Franck Manguin et Cécile Becq.

La résistance des traditions face à l’inexorable progrès

Cet aspect méconnu de la civilisation japonaise illustre, comme souvent dans les récits de ce pays, une confrontation entre la tradition et la modernité. Les Ama pêchent en apnée, seules, sans aucune autre aide que celle de l’homme qui les remonte à la surface une fois le coquillage trouvé. Elles mettent en œuvre des savoir-faire et des techniques ancestraux propres aux Ama, que ce soit pour retenir leur respiration, ou bien pour garder un équilibre vertueux et harmonieux avec la nature. Le nombre de coquillages qu’elles ramassent ne dépasse pas un certain seuil, justement parce qu’elles n’utilisent pas des moyens de pêche industriels. C’est tout le contraire des navires de pêches qui arrivent parfois autour de l’île, et de l’avancée moderne proposée par la vente de combinaisons de plongée. Ces dernières illustrent une pêche massive, irrespectueuse d’un écosystème propre aux Ama et au milieu marin dont elles vivent depuis toujours, mais aussi l’avancée inexorable du temps, des apprentissages traditionnels qui peuvent finir par se perdre.

Ce conflit entre l’urbanisation et la tradition se retrouve dans d’autres axes du récit. Les Ama ne voient pas d’un bon oeil l’arrivée de Nagisa, considérée au départ comme une tokyoïte prétentieuse et aux manières trop policées, incapable de s’ouvrir aux coutumes plus rudes et affirmées des pêcheuses de l’île. Elle représente aussi, dans leur esprit, la fuite des jeunes habitants de l’île vers la ville, peu envieux de se soumettre à des traditions exigeantes et préférant donc un milieu urbain plus agréable, plus confortable, occasionnant une véritable fracture des générations. Les actes passés des parents occasionnent d’ailleurs un véritable poids sur l’héroïne : la mère de Nagisa ayant quitté l’île pour se marier alors qu’elle était une Ama, cette trahison est injustement reprochée à sa fille. L’honneur familial est une thématique qui parcourt toute la bande dessinée, mettant l’accent sur les relations conflictuelles ou aimantes entre différents membres d’une même famille. Nagisa reprend le travail de sa mère et en même temps le flambeau des Ama, tandis qu’elle tisse avec sa tante Isoé un profond lien de confiance, comme pour réparer les ruptures passées.

© Ama – le souffle des femmes, Sarbacane, 2020.

L’exode urbain d’Hegura peut être motivé pour plusieurs raisons – un travail mieux rémunéré, une relation amoureuse qui entraîne hors de l’île – mais qui se ressent chez les Ama comme une perte de leur identité et de leur communauté. Pourtant, cela n’empêche pas certaines personnes de naviguer entre ces deux mondes, comme l’étudiant en ornithologie venu examiner la faune de l’île, ou Nagisa, qui démontre avec détermination qu’elle peut être elle aussi une Ama malgré son ancienne vie citadine. Elle découvre dans cette île une sérénité et une paix qu’il lui était impossible de trouver dans le rythme effréné d’un Tokyo en plein essor, entre nouvelles constructions et arrivée des Jeux Olympiques. Hegura offre une chance à l’héroïne de trouver sa place dans la société, et de se retrouver, comme le suggèrent ces scènes où elle nage dans la mer, libérée de toute contrainte, libre d’être elle-même et sans jugement.

On ressent au fil des pages toutes les difficultés éprouvées par les habitants d’Hegura à se situer au milieu de tous ces changements. Le progrès constitue à la fois une main tendue vers le futur, mais menace de briser le lien avec le passé, ces traditions, ces techniques transmises entre femmes, toute la richesse d’une culture qui pourrait être perdue. Des questionnements qui n’épargnent pas non plus Nagisa, qui d’une certaine manière les porte en elle. Faut-il lutter pour garder intacte son identité ? Faut-il abandonner ce qui nous a un jour défini pour embrasser un futur plein de promesses ? N’y aurait-il pas une troisième voie permettant de concilier les deux camps ?

La femme, comme un phare et comme un rempart

On peut difficilement parler d’Ama sans dire à quel point l’œuvre fait écho aux thématiques actuelles relatives à la place des femmes dans la société. D’abord à travers les Ama elles-mêmes, qui forment une société matriarcale, où les hommes sont relégués au second plan. Elles qui pêchent, qui ramènent l’argent et la subsistance au foyer. Elles qui n’hésitent pas à s’amuser, à faire la fête, à séduire. Elles qui, à nos yeux de 2021, ont pris fièrement possession de leur corps, et revendiquent leur nudité et leur usure après des années à plonger quotidiennement. Ce sont elles qui ont entre leurs mains le futur de l’île, ainsi que le futur de Nagisa, qui est venue trouver asile auprès d’elles.

Car les raisons de la venue de Nagisa sur Hegura ont tout à voir avec les mœurs de l’époque, qui, bien qu’elles aient grandement évolué en cinquante ans dans les pays dits « développés », résonnent encore aujourd’hui, à une époque où bien des États opèrent des retours en arrière dramatiques sur les droits des femmes. Nagisa, exclue de son foyer pour avoir jeté le déshonneur sur sa famille, représente toujours toute une partie des femmes de ce monde. Et son inclusion au sein de la sororité des Ama sera une occasion pour elle de reprendre confiance en elle, avant de pouvoir se consacrer pleinement à son avenir. Car Nagisa cherche sa place. Elle poursuit cette quête universelle durant tout l’album. Et à travers elle, c’est toute une partie de l’Humanité qui s’interroge, qui se demande quel est son rôle, et s’il ne faudrait pas soi-même construire le futur qui lui correspond. Car même auprès des Ama, dans un chemin librement choisi, des impératifs sociaux pèsent, comme si toute liberté n’était pas entièrement acquise, comme elle l’est encore aujourd’hui pour les femmes. Un combat d’où résulte cette troisième voie, tracée par Nagisa dans une sensation de doux-amer déchirant, mais dans laquelle elle finit par trouver une forme de paix, peut-être imparfaite, mais qu’elle a entièrement décidée. Qu’aurions-nous fait à la place de Nagisa, tiraillée entre deux vies, deux communautés, dans lesquelles elle ne peut pleinement trouver sa place ? Entre le souhait de renouer avec ses racines et celui de vivre une existence indépendante, insoumise à toute autorité ?

Ama, le souffle des femmes est un récit aussi dépaysant que contemporain, aussi singulier qu’universel. Du genre qui vient résonner en nous sur tous les plans. Qui nous touche au cœur et nous invite à songer aux chemins que l’on se choisit. Tant par ses paysages, son humanité et ses messages, l’œuvre nous emporte autant qu’elle nous fait réfléchir. Nous instruit autant qu’elle nous élève.

© Ama – le souffle des femmes, Sarbacane, 2020.

  • Ama – le souffle des femmes est parue le 27 mai 2020 aux éditions Sarbacane et est disponible en librairie. Elle a obtenu le Prix Pépite d’Or de la Bande dessinée du Salon du Livre et de la Presse jeunesse de Montreuil 2020.

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Bienvenue dans ce troisième épisode de la Rébliothèque !

Dans cette émission consacrée à la littérature, J’avais prévu à un moment où a un autre d’aborder les œuvres dites « de l’imaginaire », appellation qui regroupe par exemple les genres de la fantasy ou de la science-fiction. Pour cet épisode j’ai donc le plaisir de vous parler d’un recueil de nouvelles de fantasy qui m’a récemment impressionné : Janua Vera, de Jean-Philippe Jaworski.

J’espère que cette proposition va vous plaire, et surtout qu’elle vous donnera envie de lire !

Bonne écoute, et à très bientôt !

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Jeune mangaka, Shinji Mito fait partie d’une nouvelle génération qui apportent des idées neuves à un medium qui ne cesse de se renouveler. Récompensé en 2015 lors d’un concours pour jeunes talents aux éditions Kodansha, Shinji Mito a finalement décroché entre 2019 et 2020 sa première série régulière avec Alma dans le Weekly Young Jump. Manga de science-fiction en quatre tomes, le mangaka y dévoile un univers fait d’androïdes alors que l’humanité semble avoir été décimée, avec un jeune garçon bien décidé à trouver un jour d’autres humains comme lui. Célébré pour sa finesse, le manga sort enfin dans nos contrées aux éditions Panini Manga.

Cette critique a été rédigée suite à l’envoi d’un exemplaire par l’éditeur.

Au milieu des décombres dans une Europe de l’Est décimée comme le reste de la Terre se trouve Ray. Garçon insouciant né bien après l’apocalypse, il n’a qu’un seul objectif : trouver, avec son amie Trice, d’autres humains. Mais difficile d’imaginer trouver d’autres personnes encore en vie dans un monde qui semble figé par le temps.

Solitude d’un survivant

Le monde d’Alma est fait de terres désolées, de villes en ruines et du sentiment d’être perdu au milieu de zones complètement mortes. En dehors de Ray, le héros, Trice, son amie, et Lambda, une étrange créature, pas âme qui vive à l’horizon. Les animaux ne sont plus, les humains ont disparu, et avec eux toute forme d’espoir pour reconstruire des villes qui semblent avoir traversé d’horribles guerres. Finalement assez classique dans l’approche du post-apocalyptique, le manga recherche tout de même une forme d’originalité dans son contexte, avec un héros qui est né après la catastrophe (dont on ne sait rien) et qui a grandi du côté de l’Europe de l’Est. L’action commence sur l’ancienne Istanbul et se déporte, au fil des explorations du héros, vers Bucarest, traversant d’innombrables lieux qui n’inspirent que tristesse et solitude. Ce sentiment de solitude est d’ailleurs central à l’histoire imaginée par Shinji Mito, avec notamment un chapitre absolument déchirant qui est pleinement consacré à cette thématique. Une justesse d’écriture et un découpage habile permettent de renforcer ce sentiment en voyant un héros isolé, seul, face à un monde gigantesque, figé dans le temps et dénué de toute forme de vie. Fort dans ses thématiques, Alma est une véritable surprise tant l’auteur utilise habilement ses multiples références, allant du manga, jusqu’à la littérature occidentale.

Parce que ses idées sont multiples en abordant autant le transhumanisme que l’écologie et le dérèglement climatique, le tout avec ses androïdes dotés de conscience qui s’interrogent sur leur nature. Un peu comme si ces robots sortaient tout droit d’un roman de Philip K. Dick, que Shinji Mito convoque à sa manière. Il serait toutefois dommage de réduire Alma à ses références tant son auteur place son univers avec précision et malice, opposant aux moments les plus douloureux quelques scènes empreintes d’humour. Une dérision qui n’est jamais de trop pour rappeler l’innocence de son héros, alors qu’il est amené à traverser des situations difficiles, en quête d’explications sur un monde qu’il ne comprend pas. Le même soin est d’ailleurs apporté aux androïdes qui peuplent ce monde, alors que le mangaka joue sans cesse sur l’ambiguïté de leurs caractères et sur les trois lois de la robotique d’Asimov qui, comme bon nombre de récits de science-fiction, sont bien présentes.

La beauté du post-apocalyptique

ALMA © 2019 by Shinji Mito / SHUEISHA Inc.

On pourrait opposer à Alma une certaine forme de lassitude face à une énième œuvre de science-fiction qui aborde la robotique sous le même angle, avec son lot de questionnements sur la capacité des androïdes à penser et à rêver. Mais là où Shinji Mito est particulièrement malin, c’est qu’il propose à ses lecteur·ice·s de se mettre dans la peau d’un héros qui découvre avec elleux l’état de son monde. Jamais plus malin que les autres, avec une innocence particulièrement touchante, face à des dangers et des peurs qui sonnent terriblement justes au moment où l’idée de voir nos modes de vie bouleversés n’est plus vraiment de la science-fiction. Notamment en matière d’écologie, que le manga suggère brièvement en parlant de conditions climatiques invivables pour l’humanité. Ce qui ressort de ce premier tome, c’est la finesse avec laquelle Shinji Mito aborde ces multiples questions, en picorant ses références ici et là sans manquer d’imposer son propre univers.

Un univers qui s’exprime aussi et surtout du côté visuel avec des dessins particulièrement impressionnants. Quelques plans de ce monde sans vie sont somptueux avec un univers fait de villes détruites, d’androïdes qui évoquent Gunnm et de plaines enneigées où le héros est plus seul que jamais. C’est une très grande force pour un manga qui excelle par ailleurs en matière de scènes d’action, notamment celles qui mettent en scène les androïdes, même si l’essentiel du manga n’est pas là du tout.

Shinji Mito a trouvé un superbe équilibre entre l’action et la quête d’humanité de son héros pour un premier tome qui séduit autant qu’il intrigue. Il pourrait prendre une tournure plus politique dans les prochains tomes, notamment sur la recherche et la découverte de ce qu’il s’est réellement passé, mais ce qui plaît avant tout c’est la simplicité avec laquelle l’auteur aborde des questions qui se poseront à l’avenir pour l’humanité. Entre transhumanisme et questionnements sur ce qu’est être humain, Alma rejoint une longue liste d’œuvres de science-fiction qui utilisent avec brio des concepts autrefois abstraits, et désormais plus réels que jamais.

  • Le tome 1 de Alma est sorti le 7 avril 2021 aux éditions Panini Manga.
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En fin d’année dernière sortait le jeu vidéo Marvel’s Spider-Man : Miles Morales, à la fois sur PS4 et PS5. Porte-étendard des consoles de Sony, leur univers Spider-Man s’était déjà décliné en comics avec une série adaptée des événements du jeu, surfant sur la popularité d’un titre qui rendait un bel hommage au héros créé en 1962. Cette fois-ci c’est sur le terrain du roman que s’aventure l’homme-araignée, avec une préquelle du jeu écrite par l’autrice Américaine Brittney Morris, sortie dans nos contrées il y a quelques jours aux éditions Ynnis.

Critique écrite suite à l’envoi d’un exemplaire du livre par l’éditeur.

Suite à la mort tragique de son père, Miles Morales quitte Brooklyn et déménage dans le quartier de Spanish Harlem avec sa mère. Un lieu bien différent de celui où il a grandi, un lieu qu’il doit s’approprier alors que lui et sa famille sont toujours en deuil. Une vie personnelle qu’il doit toutefois conjuguer avec sa vie de super-héros, puisqu’il est sous l’aile de Peter Parker depuis que lui aussi, il est devenu un « autre » Spider-Man.

Un grand bouleversement

Personnage désormais bien connu du grand public grâce au film Spider-Man : New Generation (Into the Spider-verse), l’histoire du jeune Spider-Man se conjugue au présent. Plus encore que Peter Parker, le Spider-Man que l’on connaît tous, qui incarnait en son temps d’autres questions (voir Spider-Man : L’histoire d’une vie), Miles Morales est le représentant d’une nouvelle génération qui porte avec elle des idées et des obstacles de notre époque. Avec un accent de roman young adultBrittney Morris nous raconte son histoire à la première personne, dans la peau du héros, qui débarque à Spanish Harlem -là où commence le jeu vidéo sorti l’année dernière-, dans un lieu où il doit tout réapprendre. En deuil suite à la mort de son père, Miles s’approprie peu à peu un nouveau quartier, comme un symbole d’un nouveau départ. Mais inévitablement cette épreuve passe aussi par un affrontement avec un nouvel ennemi, une sorte d’humanoïde volant, qu’il surnomme avec malice le « Pigeon » et fasse auquel il doit affirmer son rôle de Spider-Man. Mais le récit à la première personne recherche avant tout l’identification au héros, et cela passe essentiellement par ses pensées et ses craintes, celles d’un ado dépassé par sa vie. Plus que l’affrontement avec un nouvel ennemi, ressort narratif éculé dans les histoires de super-héros qui découvrent leurs pouvoirs, l’autrice brille lorsqu’elle aborde le quotidien de Miles. Sa relation avec sa mère et sa grand-mère, son amitié sans faille avec son meilleur ami, mais également les nombreux obstacles qui se dressent sur sa quête d’identité.

Car Miles est dépeint comme un jeune de son époque, de sa communauté, confronté à un racisme systémique et au rejet. Il y a d’ailleurs une scène très forte où il est pris à tort pour un voleur, mais aussi de très belles idées et paroles lancées autour de la conception de l’identité. Cela est encore plus réussi lorsque Brittney Morris aborde la diversité des cultures de Miles Morales, lui qui se partage entre un héritage Afro-Américain par son père et Latino par sa mère. Alors les questionnements sont nombreux, mais ce qui frappe c’est la remise en cause de son statut. Héros porté aux nues avec son masque de Spider-Man, il est au contraire la cible de tous les soupçons lorsqu’il n’a plus son masque, et qu’il n’est qu’un lycéen noir que certains pointent du doigt. Cela occasionne quelques scènes fortes, mais aussi des dialogues assez intéressants entre Miles Morales et Peter Parker, où les deux s’aperçoivent qu’ils ne partagent pas la même expérience et que Peter, quand bien même il a traversé bon nombre d’épreuves, n’a jamais été exposé aux mêmes difficultés que Miles. Alors peut-être qu’on aurait aimé que le roman passe un peu plus de temps sur ces sujets-là et qu’il ne se perde pas aussi vite dans un affrontement plus classique entre héros et vilain, mais il faut bien noter que Brittney Morris utilise plutôt bien l’histoire et le caractère de Miles Morales pour raconter une histoire très ancrée dans l’actualité.

Les petits combats font les grands héros

D’autant plus que le roman reste accessible : c’est frais, écrit de manière plutôt simple (et malheureusement aussi simpliste), on est face à un récit qui se veut léger malgré la violence de certains thèmes abordés. C’est un livre qui s’adresse à la jeunesse et qui réduit la distance entre le super-héros et son public, faisant de Miles Morales le protagoniste de l’histoire d’une génération : il incarne ses peurs et ses défis. Dommage toutefois que l’autrice prenne pour acquis que tout le monde a déjà joué au jeu Marvel’s Spider-Man (sorti en 2018 sur PS4), puisqu’elle en reprend quelques éléments narratifs sans vraiment les expliquer, risquant de laisser sur la touche quelques lecteur·ice·s qui pourraient être tenté·e·s de découvrir Spider-Man à la sauce young adult. Sans pour autant remettre en cause l’accessibilité du roman, cela peut créer quelques interrogations, d’autant plus que de manière très paradoxale l’histoire s’affranchit parfois de son statut de « préquelle » au jeu Marvel’s Spider-Man : Miles Morales (sorti fin 2021 sur PS4 et PS5) en prenant des libertés sur certains événements, à commencer par l’état de Miles Morales à la fin du roman (là où est censé commencer le jeu).

Plus que dans l’imaginaire des super-héro·ine·s, c’est quand Brittney Morris raconte l’histoire d’un jeune d’aujourd’hui que son roman fonctionne très bien. Miles Morales est un super protagoniste pour imaginer ce type de récit, entre figure de héros et symbole des dérives que l’on observe malheureusement quotidiennement, avec le racisme systémique qui frappe de plein fouet cet ado qui, avec un masque, devient pourtant le héros de tous. Plus généralement, l’autrice propose une œuvre sympathique et une manière atypique de (re)découvrir un personnage que l’on a plus l’habitude de lire dans des comics.

  • Spider-Man : Miles Morales – Dans l’ombre du vautour de Brittney Morris est disponible depuis le 7 avril aux éditions Ynnis. 
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