Atelier Ryza 2 : Les Légendes Oubliées et le Secret de la Fée | Par ici la bonne soupe !

par Anthony F.

Il y a un plus pour d’un an sortait Atelier Ryza, nouvelle itération d’une série de J-RPG au concept et au ton bien à elle. Évidemment développé par le studio Gust qui a créé la série des Atelier à la fin des années 1990, Atelier Ryza 2 : Les Légendes Oubliées et le Secret de la Fée débarque ce 29 janvier pour raconter la nouvelle aventure des personnages bien aimés du précédent épisode.

Cette critique a été écrite grâce à un code envoyé par l’éditeur. Joué sur PlayStation 5 dans sa version PlayStation 4, pendant une quarantaine d’heures de jeu.

La saga des Atelier, née en 1997, est une série de J-RPG au concept tout à fait unique, étoffé au fil de la vingtaine d’épisodes sortis depuis. On y incarne toujours une alchimiste dont le rôle est prépondérant dans la ville ou la région à laquelle elle appartient. Centre de l’attention, elle se retrouve le plus souvent au service de ses pairs, en concoctant toutes sortes de recettes (potions, objets, armes) pour développer ses propres compétences, pour aider la ville ou pour se lancer dans des aventures hors du commun. Les héroïnes changent à chaque épisode, sauf quand il y a une petite continuité comme c’est le cas avec ce Atelier Ryza 2. On y retrouve en effet Reisalin Stout, surnommée Ryza, accompagnée de quelques uns de ses amis qui ont vécu une grande aventure avec elle dans le premier épisode. Le concept unique en son genre des Atelier donne une place prépondérante à la création d’objets, via la grande marmite que l’on trouve justement dans l’atelier de l’héroïne, pour progresser dans l’histoire.

Cela s’accompagne évidemment d’un certain attrait pour la cueillette de plantes, la récupération de métaux et la recherche d’objets plus ou moins rares sur les monstres qui entourent notre ville de résidence. De quoi apporter un twist presque ironique au petit univers des J-RPG : si l’on se plaint parfois en jouant à ce type de jeu quand on se retrouve face à des quêtes “fedex” (du nom de la célèbre société de transport et livraison) qui consistent à rechercher, récupérer et livrer des objets sans intérêt, cela devient l’élément central du gameplay des Atelier. La saga a su rendre plus ou moins intéressante la manœuvre en récompensant systématiquement les joueurs et les joueuses, puisque partir en quête d’objets quelconques nous permet le plus souvent de pouvoir ensuite réaliser des recettes qui facilitent grandement l’avancée du jeu. Les Atelier peuvent même se révéler plutôt punitif pour les personnes qui, en oubliant le concept, pourraient être tentées de progresser trop vite dans les donjons sans avoir la curiosité de tout ramasser sur le chemin en anticipant un futur besoin pour une recette encore inconnue.  Tout cela donne une place à part aux Atelier dans le monde des J-RPG, qui sont aussi malins que parfois répétitifs, mais qui fédèrent une communauté fidèle, toujours curieuse de découvrir de nouveaux personnages et retrouver des recettes déjà connues.

Ryza et les aventuriers des ruines perdues

© 2020 – 2021 KOEI TECMO GAMES CO., LTD. Tous droits réservés

Trois ans après les événements de l’île de Kurken où Ryza se révélait dans son rôle d’alchimiste, elle quitte son île et débarque à la capitale. Cela n’est pas sans but, puisqu’elle y va pour enquêter sur des ruines qui pourraient avoir un lien avec l’alchimie. Une excuse pour se lancer dans une nouvelle aventure et parfaire ses talents d’alchimistes, et surtout pour découvrir ce qui semble être les restes d’une civilisation inconnue. Sur place, elle retrouve quelques amis qui l’accompagnaient déjà dans le premier jeu, tous ayant grandi depuis leur aventure adolescente sur l’île de Kurken.  Il y a un côté tout à fait sympathique à cette histoire, qui est à rechercher du côté de l’expédition et de l’aventure, puisque Ryza et ses compagnons se mettent soudain dans la peau d’explorateurs en quête de réponses. Ils sont en effet plein d’interrogations face à une civilisation qui pourrait être liée à une petite créature dont on fait la rencontre dans les premières heures de jeu. Si cet aspect de l’exploration est sympathique et intimement lié au concept même des Atelier, puisque cela nous pousse à sortir de la capitale et nous confronter à de nouveaux objets à récupérer, c’est aussi l’une des rares bonnes choses que l’on peut dire sur la narration. Celle-ci peine en effet à accrocher, la faute aussi à une histoire qui malgré son aspect tranche de vie tombe souvent à plat. Si Ryza est particulièrement attachante, les personnages secondaires manquent globalement d’intérêt, tandis que l’histoire de cette vieille civilisation sur laquelle on enquête a bien du mal à fasciner autant qu’elle le devrait. Le récit déroule les lieux communs et on ne se sent jamais vraiment concernés, malgré un nombre de dialogues impressionnant : les Atelier sont des jeux très verbeux, et Atelier Ryza 2 n’y échappe pas. Ça parle beaucoup, tout le temps.

Mais plus que leur histoire, les Atelier cherchent avant tout à réunir leur communauté autour de personnages qui deviennent parfois emblématiques. Et le jeu réussit plutôt bien son coup puisque Ryza, qui en est à son deuxième jeu, est un personnage très réussi. On apprécie de découvrir ses pensées et ses difficultés alors qu’elle se retrouve envoyée dans une région dont elle ne connaît rien, loin de tout et de tout le monde, ce qui donne parfois des interrogations intéressantes sur sa solitude. D’autant plus qu’avec les trois années qui séparent les deux jeux, elle a gagné en âge et en maturité, même si ce n’est pas encore le cas de développeurs qui peinent à mettre de côté des plans de caméra douteux, et un design de personnages féminins qui suggèrent la misogynie latente de la saga. Au moins, on évite cette fois-ci une héroïne extrêmement jeune au physique enfantin, ce qui permet de mettre quelques gênes de côté. Qui plus est pour un jeu qui gagne à se concentrer sur sa dimension exploratrice et aventureuse, l’héroïne ne cessant de chercher à comprendre le monde qui l’entoure. Le récit a toutefois tendance à abuser des deus ex machina, ce qui tend à annihiler les enjeux, puisque Ryza sort toujours de sa poche la bonne recette au bon moment, pile poil quand le petit groupe semble bloqué. Cela devient d’ailleurs presque un running gag qui atteint son apogée dans les dernières heures du jeu quand Ryza réalise l’impensable et sans difficulté pour surmonter un obstacle décrit comme infranchissable. Mais l’innocence du récit fonctionne malgré tout, il y a quelque chose de particulièrement agréable dans cette naïveté ambiante où un terrible danger venu des ruines peut bien attendre le temps qu’on s’occupe des histoires de cœur de nos amis. C’est mignon, voilà tout.

L’ancien confronté au présent

On part peut-être à la recherche de ruines, mais la meilleure illustration de la vieille civilisation sur laquelle le petit groupe enquête reste le système de jeu. Atelier Ryza 2 n’évolue en effet pas beaucoup par rapport à son aîné, qui restait lui-même plus proche de l’antiquité que d’une quelconque forme de modernité. Très classique dans la forme et même parfois poussiéreux, le jeu nous pousse à explorer les ruines un peu vides d’une civilisation oubliée, servant de donjons, qui ne sont peuplées que de monstres répétés à l’infini. Amateur du palette swap, cette “technique” de développement qui consiste à proposer plusieurs fois le même ennemi en changeant simplement la palette de couleurs, le jeu déçoit beaucoup du côté du bestiaire. Les combats ne sont certes pas le centre du jeu, mais ils restent omniprésents dans l’exploration des donjons, alors il aurait été appréciable de ne pas avoir le sentiment de toujours affronter les mêmes montres. Cela dit il y a quelque chose de véritablement plaisant dans l’exploration, puisqu’une fois atteint des ruines on se met alors en recherche d’indices, de fragments pour savoir ce qu’il s’est passé quelques centaines, ou milliers d’années plus tôt. On se prend soudain pour des explorateurs, et il y a même quelques bonnes idées quand on découvre les histoires du passé au travers de quelques dialogues succincts, des mémoires de “fantômes” que l’on trouve ici et là. Une fois récupéré tous les indices d’un donjon, on peut ensuite opérer un travail de déduction dans les menus pour révéler des documents et des bouts d’histoire. Il y a malgré tout une certaine fascination à découvrir ce qu’il s’est passé, même si on comprend bien vite les intentions du jeu et que l’écriture reste très inégale.

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La faute aussi à des combats qui ont évolué dans le mauvais sens. S’ils restent très dynamiques grâce à leur système au tour par tour qui rappelle beaucoup l’ATB de Final Fantasy, où les attaques des personnages dépendent de la vitesse à laquelle ils peuvent remplir leur barre d’action, les combats souffrent d’un grave problème de lisibilité. Plutôt qu’une caméra en vue d’ensemble comme son aîné, Atelier Ryza 2 propose une caméra en vue de dos, très rapprochée, du personnage sélectionné. Sachant que les ennemis et que nos héros (jusqu’à trois simultanément) s’éparpillent sur l’arène, il n’est pas rare d’avoir un ennemi dans le dos et d’avoir du mal à anticiper une de ses attaques, ce qui pose problème dans la mesure où le jeu propose d’appuyer sur une touche au bon moment pour bloquer l’attaque ennemie afin d’en réduire les dégâts et de gagner des points d’action. Les choses se corsent encore plus lorsque l’on utilise des compétences spéciales et que les effets se multiplient à l’écran. C’est simple : on y voit plus grand chose. Et c’est encore plus dommage que le jeu propose de vraies bonnes idées du côté des combats, notamment sur le rythme avec la gestion des points d’action que l’on récupère en frappant les ennemis, jusqu’à ce que l’on en ait assez pour déclencher les compétences spéciales par vague. En un tour, on peut en effet utiliser plusieurs attaques spéciales, tant que l’on a acquis suffisamment de points d’action. Il y a même un côté stratégique puisque les objets dépendent eux aussi d’un autre type de points d’action, appelés “CC” (ou core charge), obtenus lorsque l’on utilise des attaques spéciales. Il n’est donc pas possible d’utiliser des objets à tout instant, obligeant parfois à attaquer pour pouvoir utiliser un objet de soin.

Le système d’alchimie, élément central du jeu, reste quant à lui un de ses plus grandes forces. On prend un malin plaisir à faire de nouvelles recettes immédiatement après les avoir acquises, en cherchant les ingrédients de la meilleure qualité possible pour pouvoir créer un objet ou une potion déterminante pour une prochaine quête. Pour cela, il faut surtout prendre le temps de développer autant que possible les outils qui permettent les récoltes en tout genre : sceptre, hache, filet, canne à pêche et faucille sont autant de moyens de pouvoir remplir le sac d’ingrédients. Plus leur qualité est élevée, plus ils pourront récupérer d’objets, certains n’étant accessibles qu’avec des outils d’excellente qualité. Quant à l’assemblage des ingrédients, il y a au départ certaines confusions, mais avec la pratique le jeu se révèle assez clair et il propose même d’ajouter les ingrédients à notre place si on le souhaite. Chaque ingrédient dispose de propriétés qui peuvent ensuite être transférées à l’objet final, la marmite servant à fusionner leurs effets et leur qualité. Plus les ingrédients sont de qualité, plus l’objet “cuisiné” sera réussi. Attention toutefois : la curiosité est extrêmement importante dans le jeu puisque sur sa fin, il perd parfois de son côté dirigiste. Il y a des ingrédients importants à récupérer ici et là, en améliorant les outils, et quand on ne sait pas où les trouver le jeu ne donne aucun indice, ce qui peut être décourageant si l’on n’a pas eu la chance de tomber dessus par hasard. Ce manque de clarté est d’ailleurs symptomatique de l’interface du jeu. Elle qui n’a pratiquement pas changé depuis le précédent épisode l’année dernière. Si toutes les informations sont accessibles facilement, il y a tout de même un manque d’ergonomie pour un jeu qui demande un certain investissement pour être maîtrisé. Atelier Ryza 2 explique beaucoup de concepts, de systèmes de jeu et de fonctionnalités dans un temps relativement restreint, le tout dans des diaporamas aux explications abstraites et pas évidentes à assimiler immédiatement. On peut certes toujours revenir sur ces explications dans les menus, mais cela est parfois fastidieux.

Enchanteur mais pas très beau

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Identique à son prédécesseur, le moteur de jeu n’évolue pas et il serait bien compliqué de pouvoir distinguer les deux jeux mis côte à côte. Les deux jeux partagent ainsi les mêmes défauts et qualités : des couleurs chatoyantes qui ont un vrai cachet, qui offrent un univers enchanteur où il n’est pas bien difficile de se plaire à se balader pour cueillir quelques fleurs. Mais en dehors de cela, on s’aperçoit sans mal des limites techniques et la drôle d’impression que les Atelier ont toujours une grosse dizaine d’années de retard sur le plan technique. Ce n’est pas très fin visuellement, plutôt archaïque et rigide en mouvement, et les développeurs abusent même d’un bloom infernal, ce flou lumineux qui sert de cache-misère à des environnements qu’on devrait laisser reposer en paix pour enfin entrer dans une nouvelle ère. Mais cela tient aussi au mode de production de Gust qui, depuis son coup de génie avec la création de la série des Atelier, s’est enfermé dans une certaine hyper-productivité avec la sortie de jeux pratiquement tous les ans sans avoir le temps de se renouveler. Les mécaniques évoluent lentement, bien que ce ne soit que trop peu le cas entre les deux Atelier Ryza, mais le confort de jeu reste coincé à un autre temps. A l’heure où Atelier va débarquer sur une nouvelle génération de console, ce serait pas inintéressant de revoir certaines choses pour que la série puisse perdurer et s’ouvrir à un public plus large.

Il y a toutefois une amélioration et non des moindres : la réussite de la première aventure de Ryza, plus grand succès commercial pour la série, a permis de voir les choses en grand du côté de la distribution. Ce deuxième épisode dispose en effet d’une version Française (sous-titres uniquement), ce qui est une très belle surprise. Jeux de niche, les Atelier ne sont habituellement disponibles qu’en Anglais, ce qui se comprenait aisément compte tenu du nombre affolant de textes à traduire et le coût que cela implique pour un jeu qui ne fera pas de chiffres de ventes fabuleux dans les pays francophones. Néanmoins l’éditeur tente cette fois-ci le pari, et on les salue pour cela tant l’accessibilité, dans tous les sens du terme, est importante pour permettre aux jeux de s’ouvrir à des personnes qui n’y auraient pas accès autrement. De la même manière et toujours sur l’accessibilité, le jeu propose plusieurs niveaux de difficulté selon les désirs et besoins de chacun. Malheureusement on ne peut pas se prononcer sur la version Française, puisque celle-ci ne sera ajoutée au jeu que dans une mise à jour le 29 janvier, le jour de la sortie officielle. Il en est de même pour la version PS5 du jeu qui, bien qu’intégrée au code que nous a confié l’éditeur, n’est pas jouable avant la sortie officielle.

Il y a du bon et du moins bon dans ce Atelier Ryza 2. Un charme indéniable avec ses intentions exploratrices, son héroïne attachante et son système d’alchimie qui fonctionne toujours aussi bien. Mais aussi une certaine lassitude à voir une série qui n’évolue que trop lentement et qui rate même le coche dans ses évolutions sur le système de combat. Il y a une volonté indéniable de s’ouvrir à plus de monde, tant avec la traduction Française que ses personnages peut-être un peu moins caricaturaux ou même dérangeants que dans d’autres jeux de la licence, mais il reste encore du travail pour que la série des Atelier puisse toucher au-delà de ses fans. Souvent répétitif, même si cela fait partie de son concept, le jeu tient difficilement sur la durée à cause des écueils qu’il ne parvient pas à surmonter et de son histoire qui ne captive pas, bien qu’il reste une porte d’entrée intéressante pour les gens qui souhaitent découvrir la saga.

  • Atelier Ryza 2 : Les Légendes Oubliées et le Secret de la Fée sort le 29 janvier 2021 sur PlayStation 4, PlayStation 5, Nintendo Switch et PC.
  • Contrairement à son prédécesseur, Atelier Ryza 2 profite de sous-titres en Français.
  • L’édition PlayStation 5 du jeu ne dispose pas de version boîte, néanmoins acheter la version PlayStation 4 en boîte permet de réaliser une mise à niveau gratuite vers l’édition PlayStation 5.
1 commentaire
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1 commentaire

F-de-Lo 23 février 2021 - 15 h 01 min

Je ne connais pas du tout la saga mais tu m’en donnes un aperçu plus que complet. Malheureusement, le jeu n’évite pas certains écueils caricaturaux des JRPGs. Il semble toutefois avoir quelques atouts dans son sac. Merci pour cette critique !

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