Au vu de certaines de mes chroniques, il est palpable que je suis passionnée de musicals. Depuis quelques années, on préfère le terme de musicals à celui de comédies musicales. En effet, bien que le mot « comédie » soit à comprendre au sens large du terme, les musicals peuvent être des plus tragiques. La comédie musicale est une expression que j’utilise encore moi-même, mais qu’il faut pourtant employer avec précaution, car ce genre est supposé obéir à des règles strictes. Un musical mêle la comédie au chant et à la danse, mais de manière cohérente. Les chansons doivent être liées par une continuité dramatique, et destinées à faire avancer l’action ou la psychologie des personnages. C’est pourquoi, à mon sens et à titre d’exemple, A star is born est un film musical, mais pas une comédie musicale. Il y a de la musique car les personnages sont des chanteurs, mais pas parce qu’ils décident de ranger leur chambre ou de boire un médicament, en chantant. Pour mon plus grand malheur, la majorité du public français n’a jamais vraiment adhéré aux comédies musicales. La plupart des gens s’imaginent que l’intrigue n’avance plus lorsqu’il y a une chanson et sortent du film, au point d’en être ennuyés. Ce préjugé est complètement faux mais est expliqué par la construction du spectacle musical francophone, qui s’avère très différente. Mais nous y reviendrons plus tard. Maintenant que nous avons reposé les bases, retournons dans le temps afin d’expliquer les origines et l’évolution des musicals. L’objectif final de cet article étant, bien entendu, de vous faire part des comédies musicales les plus incontournables et marquantes, à mes yeux.

De la scène aux salles obscures

West Side Story, de R. Wise et J. Robbins © 1961

Aussi étonnant que cela puisse sembler, la comédie musicale est un genre assez récent. En allant loin, au peut lui trouver des origines au XVIIIe siècle, en Italie. Jusqu’au XIXe siècle, en France, on se contente tout juste de parler « d’opérette légères ». Certains considèrent que le premier musical date de 1866. Il s’agirait de Black Crook, de C. M. Barras, une œuvre inspirée de plusieurs classiques, à commencer par Faust de Goethe. Mais la comédie musicale commence réellement à émerger dans les années 1930, grâce au cinéma, et plus particulièrement au cinéma parlant. En effet, celui-ci força les créateurs et créatrices à développer plus de cohérence, entre leurs tableaux.

Bien que la comédie musicale soit plutôt un genre théâtral, il doit beaucoup au cinéma. Aux États-Unis surtout, de nombreux musicals marquent les années 40 et 50, quand bien même les règles du genre ne sont pas encore délimitées. On peut mentionner Carmen Jones (1943), inspiré de l’opéra Carmen, Chantons sous la pluie (1952), My Fair Lady (1956) ou encore La Mélodie du Bonheur (1959). C’est en 1957 qu’un musical fige les codes du genre. Inspiré de Roméo et Juliette de William Shakespeare, West Side Story rencontre un succès retentissant, au point d’être considéré (aujourd’hui encore), comme un chef-d’œuvre. La comédie musicale a d’ailleurs été remise au goût du jour par un remake signé Stephen Spielberg, en 2021. De fait, les années 60 verront naître d’autres classiques, comme Hello Dolly (1964) ou Man of the Mancha (1965). Ce musical revisitant les aventures de Don Quichotte sera d’ailleurs popularisé en français, par Jacques Brel. (Retrouvez la chronique de L’homme de la Mancha, sur Pod’Culture).

Entre Broadway et West End of London

Andrew Lloyd Webber est le créateur de Phantom of the Opera

Le genre rencontre un tournant à la fin des années 60 et dans les années 70, avec la révolution hippie. Certaines comédies musicales, comme Hair (1967) se veulent plus subversives. Par-dessus tout, de nombreuses salles de spectacles commencent à accueillir des musicals, dans le même quartier de New York… Vous l’aurez compris, Broadway se développe. Je pourrais mentionner d’autres musicals, comme Rocky Horror Show (1973), Grease (1978) ou Sweeney Todd (1979) mais nous allons nous intéresser à un homme qui a révolutionné le genre. Il s’agit d’Andrew Lloyd Webber.

Andrew Lloyd Webber rencontre un succès retentissant avec un musical particulièrement provocateur baptisé Jésus-Christ Superstar, en 1971. Alors que les comédies musicales ne se renouvellent plus, aux États-Unis ; le West End of London voit naître de nombreux chef-d’œuvres de Webber, comme Evita (1978), Cats (1981) et bien sûr The Phantom of the Opera (1986), l’une des comédies musicales les plus représentées au monde. Pour vous donner une idée, Le Fantôme de l’Opéra est, aujourd’hui encore, joué presque quotidiennement à Londres, et continue à faire des salles combles. L’autre grand succès de la comédie musicale, tout autant joué depuis 1985, voit le jour grâce aux français. C’est toutefois l’adaptation londonienne qui popularise le spectacle. Je parle cette fois-ci des Misérables, adapté du roman de Victor Hugo. Avec ces deux monstres de la comédie musicale, on peut sans problème parler d’âge d’or des musicals, dans les années 80. De nombreuses comédies musicales sortent au cinéma ou au théâtre, depuis. On peut mentionner les long-métrages Disney, le film Moulin Rouge (2001) ou le musical le plus récompensé, Les Producteurs, sorti la même année. Mais d’un point de vue historique, le Fantôme de l’opéra et Jean Valjean ont de bonnes chances de demeurer sur leur trône.

La vision francophone du genre

D. Balavoine et F. Gall dans Starmania © 1979

J’ai beaucoup parlé des États-Unis et de l’Angleterre, où la comédie musicale a trouvé ses origines et ses lettres de noblesse. Le genre est populaire dans beaucoup d’autres pays du monde, comme en Inde ou en Corée, mais moins dans les pays francophones. Il y a pourtant un développement à part entière et quelques beaux succès. Je pense essentiellement à Starmania (1979) et Notre-Dame de Paris (1998). Leur conception est différente d’une comédie musicale traditionnelle. Les anglophones élaborent une réelle continuité dramatique entre les chansons. Les spectacles sont représentés sur scène avant qu’on envisage de sortir un album. Les budgets peuvent être colossaux et les salles sont tellement aménagées pour la mise en scène qu’une comédie musicale anglophone est supposée demeurer longtemps à l’affiche du même théâtre. Les pays francophones n’ont pas la même démarche. On imagine d’abord un album, dont les tubes vont être liés avec moins de continuité dramatique. Le spectacle musical est ensuite représenté sur scène, à travers divers tableaux. Pour finir, on accorde plus de place au chant, mais moins à la danse. Si Starmania et Notre-Dame de Paris sont de très belles œuvres, elles ont montré le chemin à toute une flopée de spectacles musicaux français qui n’ont, malheureusement, ni queue ni tête et qui contribuent à faner la popularité du genre, chez nous. Heureusement, plusieurs comédies musicales anglophones sont adaptées en français, au théâtre Mogador de Paris, notamment.

Maintenant que nous en savons plus sur le genre des musicals, laissez-moi vous initier à dix œuvres à (re)découvrir, d’après moi.

Jésus-Christ Superstar (1970)

Confrontation entre un Judas et un Jésus modernes © Jésus-Christ Superstar, Live à l’Arena Tour, 2012

Jésus-Christ Superstar est un opéra-rock composé par Andrew Lloyd Webber en 1970. Il s’agit ni plus ni moins d’une réécriture moderne et relativement provocatrice d’un passage de la Bible. L’histoire se concentre sur la popularité montante du Christ, qui sera sacrifié, notamment à cause de la trahison de l’un de ses proches, Judas, ou de l’amoralité de Pilate. Dit comme ça, le musical ne donne pas forcément envie, et pourtant les personnages sont touchants, les chansons entraînantes, et le contraste entre l’époque moderne et la fondation du christianisme fonctionne très bien. Bien sûr, tout dépend de la version du musical que l’on regarde. Les premières versions appartiennent plus au mouvement hippie qu’au rock. Les personnages nécessitant des voix bien particulières, certains castings sont ridicules. Je conseille, sans l’ombre d’une hésitation, le Live à l’Arena Tour de 2012. Tim Minchin y est assez incroyable dans le rôle de Judas. Sa prestation de Superstar est particulièrement satirique vis-à-vis de la religion, mise en parallèle avec le monde du show-business. Mention honorable pour Alexander Hanson, incarnant un Ponce Pilate terriblement doucereux et manipulateur, comme en témoigne sa version de Pilate’s Dream.

Starmania (1979)

Starmania est de retour en tournée, en 2023

Starmania est aussi un opéra-rock, mais francophone. Le spectacle musical naît en 1979 grâce à la plume de Luc Plamondon et aux compositions de Michel Berger. Starmania, c’est tout d’abord un album contenant des tubes légendaires, comme SOS d’un Terrien en Détresse ou le Blues du Businessman. Ces chansons sont tellement connues que leur dramaturgie échappe à la plupart des gens. Starmania est une dystopie critiquant le monde du show-business et la recherche insatiable de la gloire. Une présentatrice vedette nommée Cristal est kidnappée par un groupe terroriste d’extrême gauche, les Étoiles Noires. Contre toute attente, elle va se joindre à leur cause afin de tenir tête à Zéro Janvier, un politicien fasciste n’ayant rien à envier à Big Brother. Je ne peux que conseiller l’écoute de l’album original, si vous souhaitez entendre de belles voix, à commencer par celle de Balavoine. Si vous désirez voir le spectacle, il existe une version filmée de 1989, qui a vieilli, certes, mais où les frères Groulx proposent des prestations mémorables, dans les rôles de Johnny Rockfort et Zéro Janvier. Enfin, Starmania va être en tournée dans toute la France, en 2023. (Retrouvez la critique de Starmania (2022) sur Pod’Culture).

Les Misérables (1980)

Valjean et Javert, rivaux éternels © Les Misérables

Les Misérables est l’un des musicals les plus populaires au monde. Le spectacle naît en France, en 1980, grâce à Claude-Michel Schönberg, Alain Boublil et Jean-Marc Natel. Il ne devient légendaire que cinq ans plus tard, via son adaptation anglophone. Comme dans Jésus-Christ Superstar ou Starmania, d’ailleurs, les chansons ne sont pas entrecoupées de dialogues. Il s’agit tout simplement d’une adaptation du roman mythique de Victor Hugo. Au XIXe siècle, un ancien forçat du nom de Jean Valjean essaie de se racheter, en veillant sur une fillette nommée Cosette, et en tentant d’échapper à la cruauté de l’inspecteur Javert. Il est impossible de résumer l’intrigue des Misérables car les destins de nombreux personnages s’entrecroisent, à travers plusieurs générations, afin de dépeindre les mœurs et les crises de la France du XIXe siècle. On peut notamment évoquer la malheureuse Fantine ou les effroyables Thénardier. C’est une œuvre profondément humaniste et bouleversante. Si vous n’avez ni l’énergie ni le temps de lire le pavé de Victor Hugo, je ne peux que conseiller ce musical qui en synthétise l’essence et l’émotion, en lui rendant honneur. Il existe une adaptation cinématographique du musical, avec Hugh Jackman dans le rôle de Jean Valjean, mais je suggère plutôt le visionnage du Live du 10e anniversaire, sorti en 1995. Il s’agit d’un concert, aussi n’y a-t-il que peu d’éléments de mise en scène, mais Colm Wilkinson et Philip Quast incarnent parfaitement Jean Valjean et Javert. Leur version de The Confrontation est vraiment intense, et si vous souhaitez un aperçu de tout le casting, il y a toujours One Day More.

Nine (1982)

Sophia Loren dans Nine © 2009

J’ai hésité à conseiller Nine, qui n’est objectivement pas l’une des meilleures comédies musicales. D’autres auraient pu la remplacer dans ce classement, comme Sweeney Tood, Moulin Rouge ou même éventuellement Le Petit Prince. Mais j’ai une affection étrange et très personnelle pour ce musical, que je ne connais qu’à travers le film réalisé par Rob Marshall en 2009.

Le long-métrage n’est pas exempt de défauts, Daniel-Day Lewis n’est pas crédible en dandy italien, et la mise en scène est un enchaînement de clips mettant en scène des comédiennes glorifiées sous un regard décidément bien masculin. Et pourtant… Pourtant… Nine est une réécriture du film Otto e Mezzo, de Federico Fellini. Il rend non seulement hommage au cinéaste italien, mais aussi à Marcello Mastroianni, à travers le personnage principal, et Sophia Loren, puisqu’elle interprète la mère de celui-ci. Autant dire que Nine touche la corde sensible et me rend nostalgique. Et puis, mine de rien, les chansons sont marquantes, à commencer par Be Italian, ici interprétée par Fergie.

The Phantom of the Opera (1986) & Love Never Dies (2010)

Ben Lewis et Anna O’Byrne © Love Never Dies, 2012

The Phantom of the Opera est, au même titre que Les Misérables, un mastodonte de la comédie musicale. Le musical naît en 1986 grâce au génie d’Andrew Lloyd Webber. Il s’agit d’une adaptation du roman de Gaston Leroux, dans lequel un être mystérieux commence à hanter l’opéra Garnier, avant de tomber sous le charme d’une cantatrice nommée Christine. Le long-métrage de 2004, réalisé par Joel Schumacher, donne un bon aperçu de la mise en scène gothique du musical. Si toutes les chansons du livret ne sont pas marquantes, The Phantom of the Opera est un son ni plus ni moins mythique et inoubliable. Le Fantôme de l’Opéra est un être atteint de folie et auto-destructeur. Il est aussi énigmatique et mélancolique. Mon interprète favori du Fantôme est certainement Ben Lewis, qui a d’ailleurs aussi été la tête d’affiche de Lover Never Dies, suite du musical. L’histoire se passe des années après et certains éléments semblent sortir du chapeau, mais la narration, les chansons et la mise en scène sont tellement beaux qu’on le pardonne aisément. La version filmée de Love Never Dies, datant de 2012, est incontournable, d’autant que Ben Lewis et Anna O’Byrne incarnent un Fantôme et une Christine liés par une alchimie inégalée à ce jour. Vous pouvez le constater par vous-même avec Beneath a Moonless Sky. Si vous préférez le rock, ou l’univers des freaks show, je suggère The Beauty Underneath.

Le Roi Lion (1997) & Autres classiques Disney

Scar menace Mufasa © The Lion King

Et oui, la plupart des classiques Disney sont des comédies musicales. Le Roi Lion, sorti en 1994, est l’un de mes films préférés de tous les temps. Il est donc bien naturel que j’évoque la comédie musicale inspirée du long-métrage, et datant de 1997. Le musical apporte une vraie plus-value au film, car l’histoire et les personnages sont développés. On y trouve une chanson du Roi Lion 2, mais aussi des chansons inédites. De plus, les costumes donnant vie aux animaux, sans effacer les comédiens et comédiennes, sont révolutionnaires. Il s’agit d’un musical destiné à toute la famille. Il est certainement moins déprimant que tout ce que j’ai pu citer, auparavant. Certains passages sont même humoristiques. Cela n’empêche pas l’histoire de se révéler aussi émouvante que dans le long-métrage. Je sais ce que vous allez dire, j’ai un sérieux problème avec les personnages de méchants, mais Scar est assez incroyable dans ce musical, notamment grâce à l’étoffement de Soyez Prêtes ou l’intégration de La Folie du Roi Scar. J’ai aussi beaucoup d’affection pour Nala, chantant notamment Terre d’Ombre. Si je devais mentionner d’autres comédies musicales signées Disney, Mary Poppins (1964), L’étrange Noël de Monsieur Jack (1993) et Le Bossu de Notre-Dame (1996) me semblent assez incontournables. (Retrouvez la chronique du Roi Lion, sur Pod’Culture).

Notre-Dame de Paris (1998)

Daniel Lavoie incarne Frollo © Notre-Dame de Paris, 2016

Diantre, il faut tout de même bien citer quelques spectacles musicaux francophones. Comme Starmania, Notre-Dame de Paris de Richard Cocciante et Luc Plamondon, est plus une succession de tableaux qu’une comédie musicale au sens propre du terme. Au reste, on ne présente plus les chansons qui commettent l’exploit de résumer, comme Les Misérables, l’essence et l’émotion d’un pavé de Victor Hugo. Contrairement aux Miz, Notre-Dame de Paris est une œuvre romantique où les personnages se font broyer par leurs sentiments ainsi que par la fatalité. Le titre le plus connu du spectacle est certainement Belle, mettant en exergue les sentiments qu’éprouvent le bossu Quasimodo, le prêtre Frollo et le soldat Phoebus, pour une bohémienne nommée Esmeralda. Le premier est habité par de nobles sentiments mais il est monstrueux aux yeux du peuple médiéval. La gitane se laisse plutôt séduire par le soldat, agréable à regarder, mais pourtant infidèle. Au milieu de cette tragédie, il y a Frollo qui, loin d’être le méchant caricatural de Disney, est le protagoniste du roman. Il s’agit d’un prêtre qui perd la raison et devient monstrueux, à force d’être tiraillé entre son amour et sa foi. Oui, Notre-Dame de Paris est, entre autres choses, une dénonciation du dogme religieux. Si je ne suis pas forcément fan du casting original, la prestation de Daniel Lavoie est très proche du Frollo du livre, comme en témoignent Tu vas me détruire ou Être prête et aimer une femme. Et pour cela, je l’aimerai toujours.

Mamma Mia (1999)

C. Baranski, M. Streep et J. Walters © Mamma Mia, 2008

Comme on a le droit d’avoir des plaisirs coupables, ou de rire, tout simplement, je confesse que j’adore Mamma Mia. Il s’agit d’un musical particulier dans la mesure où, en 1999, l’histoire a été écrite à partir des tubes du groupe ABBA. L’exercice n’est, mine de rien, pas si aisé, et bien qu’il s’agisse d’une intrigue typique de comédie, pleine de quiproquos, on se laisse aisément entraîner par l’histoire et la dramaturgie nouvelle des chansons.

J’ai de l’affection pour le film de 2008, réalisé par Phyllida Llyod et avec Meryl Streep, dans le rôle titre. Comme si être une actrice de génie ne lui suffisait pas, la comédienne se révèle également être une chanteuse talentueuse, comme le démontre Money Money Money. Le reste du casting est aussi alléchant, puisque ses prétendants sont incarnés par Pierce Brosnan, Colin Firth et Stellan Skarsgård, lesquels poussent la chansonnette à l’unisson dans Our Last Summer.

Les Producteurs (2001)

Nathan Lane et Matthew Broderick © Les Producteurs, 2005

Les Producteurs est un musical de 2001, inspiré d’un film de Mel Brooks, datant des années 60. Il s’agit d’une satire de Broadway, dans laquelle Max et Leo décident de produire le pire musical jamais créé, afin de gagner de l’argent, grâce à une faille dans le système. Les personnages sont tous plus hauts en couleurs les uns que les autres et l’humour très irrévérencieux voire provocateur. En dépit d’un début un peu longuet et théâtral, je conseille vivement le film de 2005. Il s’avère prenant et terriblement drôle. De plus, on retrouve dans les rôles titres, les acteurs originaux de Max et Leo : Nathan Lane et Matthew Broderick. J’ai beaucoup d’affection pour Max qui, bien qu’il semble véreux et manipulateur, désespère simplement de trouver un réel ami, voire un frère, dans le milieu où il évolue. Bien qu’elle ait été coupée de la version cinématographique, la chanson The King of Broadway est certainement ma favorite. Notons que Les Producteurs ont, pour la première fois, été traduits et interprétés, en France, il y a très peu de temps. La pièce a d’ailleurs remporté pas moins de deux Molières, en 2022. (Retrouvez la critique des Producteurs, sur Pod’Culture).

The Greatest Showman (2018)

Hugh Jackman joue Barnum © The Greatest Showman, 2018

Et non, je n’aurai pas seulement parlé de vieux coucous. The Greatest Showman est une comédie musicale réalisée par Michael Gracey et sortie, exclusivement au cinéma, en 2018. Force est de constater que j’avais pris une claque, dans les salles obscures, tant les chansons et la mise en scène sont prenantes.

Il s’agit d’un biopic assez libre et édulcoré de Phineas Taylor Barnum, alors incarné par Hugh Jackman. Celui-ci décide de fonder un spectacle de freaks, afin de rencontrer le succès. Malgré cette thématique délicate, il s’agit d’un feel-good movie, transmettant des valeurs sur l’acceptation de soi ou de la différence. Une mention honorable pour la chanson d’introduction : The Greatest Show.

Maintenant que vous savez tout – ou presque – sur les musicals, il ne vous reste plus qu’à vous laisser entraîner par toutes ces chansons pourvues d’une dramaturgie précise, et souvent illustrées par des mises en scènes ingénieuses. The show must go on.

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Comme je pouvais en parler dans ma critique sur les deux premiers tomes, Dandadan possède ce vent de fraicheur dans l’univers du shonen qui fait beaucoup de bien. Fort heureusement pour nous, il garde quand même les gimmicks du genre en proposant une aventure haletante, bourrée d’humour et avec des personnages hauts en couleur. Cependant s’il y a bien une émotion dont je ne me doutais pas de ressentir à la lecture de ce manga, c’est bien de la tristesse.

Cette critique a été écrite suite à l’envoi d’exemplaires par l’éditeur.

Un flash-back émouvant

DANDADAN © 2021 by Yukinobu Tatsu/SHUEISHA Inc.

Nous retrouvons nos héros, Momo et Okarun dans une bien mauvaise posture face au yokaï « L’acrobate à la chevelure soyeuse » qui a pris pour cible Aira, une camarade de classe de nos deux protagonistes. Elle s’est mise en tête qu’ils sont tous deux des démons, et qu’ils souhaitent détruire la Terre. C’est pour cette raison qu’elle s’est alliée avec le yokaï afin de pouvoir les battre.

Je vous passe évidemment toute la scène de combat qui s’ensuit, bien que celle-ci soit incroyablement illustrée et surtout la mise en scène y est magnifique. Ce qui m’a particulièrement marqué dans ce troisième tome, c’est surtout l’origin-story de ce yokaï. Je ne m’attendais absolument pas être ému à ce point face à l’histoire de cette démone qui était une femme. Entre les violences physiques et morales qu’elle a subies, les abus sexuels, et vivre dans la pauvreté, cette pauvre personne a accepté de vivre ainsi pour subvenir aux besoins de sa fille.  Pour autant, même si elle faisait tout pour elle, des hommes malhonnêtes ont fini par débarquer chez elle, lui voler tout ce qu’elle avait, et kidnapper sa fille. Ayant perdu tout ce qu’elle avait, elle finit par se suicider… Clairement, ces pages de flash-back m’ont profondément touché, je ne saurais pas dire exactement pourquoi, parce qu’en prenant du recul c’est une origin-story assez « basique », mais la mise en scène de Yukinobu Tatsu est tellement soignée, avec des planches sans ou très peu de dialogue, il arrive à transmettre une émotion telle, qu’il est étonnant de voir cela dans un tel manga.

D’autant que toute cette histoire est importante pour la suite de l’aventure de nos deux héros, car le yokaï finit par se sacrifier (de nouveau), afin de sauver Aira, qui était en train de mourir dû au combat qui vient de se passer. En se sacrifiant, la démone transmet son aura à l’adolescente, et évidement en faisant cela, Aira survit, mais pas seulement. Elle se retrouve avec les pouvoirs de « L’acrobate à la chevelure soyeuse » tout comme notre héros Okarun avec Mémé-Turbo. Une nouvelle protagoniste vient s’ajouter à notre duo, ce qui promet de nouvelles scènes d’humour et de quiproquos, le tout tournant évidement autour de l’entre-jambe, pour notre plus grand plaisir.

  • Le tome 3 de Dandadan est disponible en librairie depuis le 7 décembre 2022.
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Il y a tout juste un an, en janvier dernier, Urban Comics lançait en France la collection Infinite de DC Comics. Nouvelle ère avec un « Omnivers » qui visait à ne plus poser aucune limite à la création, permettant aux auteur·ice·s de pouvoir raconter des histoires sans nécessairement être contraint·e·s par la temporalité de la continuité. Cela a par exemple été très largement exploité par Ram V avec son Swamp Thing, et ce mois-ci par Mark Waid avec l’excellent Batman / Superman World’s Finest dont je parlerai plus bas. Après une année complète au sein de ce nouvel univers, on s’est laissé prendre au jeu et on commence à en comprendre les tenants et aboutissants, mais ce premier anniversaire marque aussi et surtout l’arrivée d’un premier tome de Dark Crisis on Infinite Earths. Un premier grand évènement pour cette nouvelle continuité, où DC Comics reprend sa tradition des grandes « crises » traversées par ses héros et héroïnes dans des affrontements épiques qui mettent en jeu leur avenir.

Cette critique a été écrite suite à l’envoi d’exemplaires par l’éditeur.

Robin Infinite – Tome 3, loin des parents, près du cœur

© 2023 DC Comics / Urban Comics

Après les événements de Shadow War, où le jeune Damian Wayne a vu ses parents Batman et Talia Al Ghul se traquer, décide se s’éloigner d’eux pour se forger son propre avenir et se construire seul. Un énième moyen pour Robin de rejeter l’autorité, comme le personnage l’a toujours fait. Un jeune héros en rupture avec les autres personnages qui incarnaient le rôle de Robin, souvent comme simple sidekick de Batman, la faute à une relation extrêmement compliquée avec son père biologique. Son besoin de s’éloigner le renvoie vers l’île de Lazare où il retrouve ses compères du tournoi raconté dans le premier tome, avec une nouvelle intrigue qui se lance avec un Lord Death Man, grand méchant presque parodique, qui arrive avec des airs de catastrophe en disant que Flatline, avec qui Robin flirtait dans les tomes précédents, tente de l’assassiner. Plutôt léger malgré une intrigue en toile de fond qui devrait avoir une importance assez capitale pour son univers (comme ce sera suggéré dans Batman / Superman World’s Finest, sans trop en dire), ce troisième tome de Robin Infinite profite d’un léger temps de « pause » post-Shadow War pour raconter ses personnages avec un peu plus d’humour, plus de bonne humeur, même si cela lui accole l’image d’un récit plus dispensable que les deux précédents. En effet, les deux premiers tomes profitaient d’une montée en intensité au fil des numéros pour mettre en place les enjeux de l’évènement Shadow War. Tandis que ce troisième tome, comme une sorte de sas de décompression, ramène ses héros et héroïnes à un quotidien plus léger, sans urgence ni grande bataille, où un nouveau mystère épaissit en toile de fond sans provoquer encore de grand bouleversement. On n’en gardera probablement pas grand chose, mais ça reste une lecture agréable qui permet au récit de respirer, mais aussi d’apporter plus d’humanité à un Damian Wayne qui souffre parfois de son air renfrogné.

Certes Joshua Williamson est sur des rails, mais on sent bien l’amour qu’il porte au personnage et son envie d’en faire un protagoniste essentiel dans l’univers Infinite qu’il chapeaute depuis le début. Cependant j’ai plus de mal avec les dessins de Roger Cruz, dont le style peine souvent à me convaincre avec des visages pas toujours réussis, tandis que la colorisation manque de relief. Côté contenu, Urban Comics en profite pour proposer à la fin un numéro spécial où Peter Tomasi et Viktor Bogdanovic réunissent à nouveau Damian Wayne et Jon Kent, en souvenir de l’excellent Super Sons de l’ère précédente. Un numéro sympathique teinté de nostalgie, qui rappelle d’autant plus les regrets que l’on a que la série n’existe plus car la dynamique entre les deux personnages est si facile à mettre en place. Ce numéro prouve que la recette fonctionne encore, même avec un Jon qui est soudainement devenu adulte tandis que Damian est encore un enfant. Malheureusement, DC Comics ne semble pas avoir l’intention de faire revivre ce duo, autrement que dans ce type de numéro bonus. 

Batman / Superman World’s Finest – Tome 1, une amitié qui date

© 2023 DC Comics / Urban Comics

On va pas se leurrer, quand DC Comics a annoncé son ère Infinite avec la promesse de laisser une certaine liberté créative à ses auteur·ice·s, leur permettant d’imaginer des récits sans tenir compte de marqueurs temporels de la continuité principale, on espérait des prises de risque avec des comics qui exploreraient autant le passé que le futur des personnages. Si Ram V l’a pleinement exploité avec son Swamp Thing, d’autres ont été plus timides, mais ce n’est pas le cas de Mark Waid qui, en débarquant avec une série réunissant les deux plus grands super-héros de DC, décide de placer son histoire dans un passé lointain. Batman / Superman World’s Finest raconte en effet les origines de l’amitié forte, même si parfois remise en cause, qui lie Batman et Superman. Sans indiquer exactement à quelle époque se déroule le récit, l’auteur donne tout de même de sérieux indices avec une mise en scène, une écriture et un ton qui évoquent très largement l’âge d’argent des comics, c’est-à-dire aux alentours des années 1960-1970. Cela se remarque d’abord par le style des personnages, avec des costumes assez vintage, mais aussi un ton initialement plus enjoué, moins dramatique que le DC Comics moderne, des méchants un peu foufous et des personnages hauts en couleur. A l’image de la Doom Patrol qui joue un rôle central dans le récit. Cela passe aussi par la narration avec ses bulles qui expliquent largement ce qui se passe dans les différentes cases, comme à l’époque où les bulles servaient souvent à insister et mettre en valeur chaque faits et gestes des personnages. Le personnage de Robin (ici Dick Grayson avant qu’il ne devienne Nightwing), aussi, fleure bon le comics d’antan, tant il occupe le rôle de celui qui n’est là que pour constater les talents de Batman et Superman avec des répliques bien senties. Un rôle qui, toutefois, évolue à mesure que le récit retrouve une forme de modernité.

Car Mark Waid ne s’est pas limité à un hommage facile à l’âge d’argent, décidant de lier l’époque à quelque chose de plus contemporain. Une modernité que l’on trouve par exemple dans les scènes réunissant Supergirl et Robin, obligé·e·s de faire équipe alors que les deux n’en ont clairement pas envie. L’occasion de quelques répliques assez drôle, accentué par les dessins de Dan Mora qui offre des expressions comiques à ses personnages. La modernité passe aussi par le rythme de l’histoire qui s’étale sur plusieurs numéros tandis qu’à l’époque, les histoires étaient plus courtes. Avec ici un dénouement dans un ton de notre époque, qui rappelle toute l’intensité dramatique à laquelle tient tout particulièrement DC Comics dans ses récits depuis un bon bout de temps. Mais c’est fait avec un aspect visuelle qui reprend aussi les couleurs d’antan, un peu kitsch, avec une colorisation de Tamra Bonvillain aux couleurs chaudes qui évoquent l’impression des années 1960-1970. Batman / Superman World’s Finest est un super comics, ce premier tome frappe assez fort en offrant une belle fraîcheur aux histoires des deux héros les plus populaires de DC, leur offrant un ton plus léger avant de faire plonger l’histoire vers quelques scènes dramatiques très réussies. Le comics séduit par sa manière d’essayer quelque chose de différent, sans se soucier de l’ambiance habituelle et quelque peu lassante des comics DC.

Dark Crisis on Infinite Earths – Tome 1, le grand évènement

© 2023 DC Comics / Urban Comics

Chez DC, les « crises » sont des grands événements intervenus plusieurs fois, qui venaient remettre en cause tout l’univers : Crisis on Infinite Earths, Infinite Crisis, 52Multiversity, Flashpoint, ou encore plus récemment Doomsday Clock, Metal et Death Metal (qui ont mené à cette ère Infinite). À ce titre, l’annonce d’un nouvel évènement génère toujours de l’espoir de voir quelque chose d’important et de monumental, même si certains évènements ont déçu (qui a dit Death Metal ?). Avec l’ère Infinite et sa promesse, celle de rétablir l’ensemble des univers alternatifs depuis la création de DC pour former un « omnivers » où cohabitent toutes les histoires, sans que ne soient posées de limites, Joshua Williamson, qui chapeaute le grand récit de cette ère, a fait un choix important. Dark Crisis on Infinite Earths s’ouvre sur d’autres crises, à commencer par la toute première, Crisis on Infinite Earths dans les années 1980. En se rappelant à ces anciennes crises, le récit admet, et affirme même, que ces évènements du passé ont un rôle à jouer pour le futur de nos super-héros et super-héroïnes. Est-ce une bonne idée ? Peut-être, parce qu’on prend mine de rien un malin plaisir à voir toutes les références à ces évènements qui ont forgé l’histoire de DC, notamment dans un premier numéro qui opère un bref rappel historique de ces précédentes crises, notamment avec le rôle de Paria dans la crise originelle qui, on le comprend vite, joue également un rôle central dans cette nouvelle crise. Tout débute quand la Ligue de Justice est convoquée à la maison des héros (sorte de sanctuaire où réside la Ligue de Justice Incarnée qui veille sur l’omnivers) par le Président Superman (le Superman de Terre-23, vous suivez ?). Soudainement tués par une menace incarnée par les « grandes ténèbres », sorte d’émanation d’un mal qui tente de détruire le monde, les membres de Ligue de Justice (Batman, Superman, Wonder Woman, Aquaman, etc…) laissent alors orpheline une Terre-0 qui n’a plus que ses jeunes héros et héroïnes, à la tête desquels Jon Kent (le fils de Superman) et Nightwing, pour tenir le coup. Et il y a fort à faire, parce qu’outre les dangers annoncés par Paria et l’espoir très mince de voir renaître les plus puissant·es du monde, Slade Wilson (Deathstroke) en profite pour tenter de s’accaparer le pouvoir un peu partout dans le monde.

Le récit prend alors une tournure plutôt réussie, dans un premier tome qui se concentre essentiellement sur l’apprentissage de jeunes héros et héroïnes qui doivent incarner plus que jamais les rôles de protecteur·ices de la Terre-0, apprenant que Paria la vise pour la détruire et, peut-être, faire revivre son propre monde, détruit lors de la crise originelle des années 1980.  Plus que ces considérations d’omnivers, le récit fait fort en ce qu’il aborde ces questions de responsabilités qui pèsent sur des personnages qui étaient habitués à être de seconds couteaux, toujours dans l’ombre des « stars » de la Ligue de Justice. C’est ainsi que Nightwing doit assumer le rôle protecteur de Gotham, Jon Kent doit plus que jamais être le Superman de la Terre, tandis que Yara Flor doit être la nouvelle Wonder Woman, à sa manière. Les Teen Titans jouent aussi un rôle central, dans un évènement qui ne manque pas d’offrir à tous ces personnages un rôle plus important qu’auparavant. Un bémol peut-être, sur le personnage de Paria, réduit à l’image de « savant fou » alors que son histoire semble tout particulièrement dramatique. Alors qu’il a tout perdu lors de l’évènement Crisis on Infinite Earths dans les années 1980, il raconte avoir été condamné à vivre et revivre des crises et catastrophes sous ses yeux depuis des décennies, alimentant la violence qu’il déchaîne aujourd’hui en se servant des mystérieuses « grandes ténèbres » qui lui confèrent un pouvoir démentiel sur quelques uns des vilains les plus importants de cet univers (comme Arès, Darkseid et Doomsday). Mais ça promet, et ce premier tome offre une approche intéressante sur ces « crises » qui ont généré quelques uns des plus grands moments de DC depuis 40 ans, avec beaucoup d’émotions, une belle intensité dramatique et des enjeux qui se placent très bien. Alors on espère que la suite sera d’aussi bonne facture.

  • Robin Infinite T.3, Batman / Superman World’s Finest T.1 et Dark Crisis on Infinite Earths T.1 sont disponibles en librairie aux éditions Urban Comics.
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Alors que je restais méfiant sur la fin du premier tome de Time Paradox Ghostwriter, ce second et dernier tome de la série a su me convaincre et proposer une histoire avec des messages et une fin vraiment intéressante. Cependant tout n’est pas exempt de défauts et cela est dû au fait que la série a été tout bonnement annulée très rapidement, ce qui ont poussé les auteurs à rapidement terminer leur histoire. On pourra tout de même noter un point positif, le fait qu’ils aient eu l’opportunité de conclure ce récit fantastique.

Une course contre la montre

© 2020 by Kenji Ichima, Tsunehiro Date/SHUEISHA Inc.

Autant pour le premier article que j’ai écrit sur ce manga, je vous préservais de spoil, autant ici, afin de pouvoir parler pleinement de cette histoire et exprimer aussi bien ce que j’ai apprécié que de ce que j’ai moins aimé, je vais devoir spoiler, à vos risques et périls donc.

Le compte à rebours est lancé pour Teppei Sasaki. Il ne lui reste plus beaucoup de temps pour sauver Itsuki Aino, la mangaka à qui il a volé l’histoire de White Knight, qui était censé paraître dix ans plus tard. Tout le récit de ce second tome repose là-dessus, et au vu de ce que j’expliquais au-dessus, il ne restait aux auteurs que quelques chapitres afin de terminer leur histoire. Ce qui a un impact flagrant dans le récit, car au-delà d’être une course contre la montre pour notre héros, il en est de même pour le lecteur. Une frénésie complète s’empare de nous tant on sent l’urgence de la situation. Ce qui rend ce tome deux bien plus agréable à lire, il ne tourne plus en rond comme je pouvais critiquer du premier tome. Malgré le plaisir à la lecture, c’est aussi son défaut principal. Une sensation de rush constant, où par moment l’utilisation du « deus ex machina » vient nous sauter à la gorge. Cependant, tout est sauvé par l’écriture du héros. On s’attache énormément à celui-ci, car ce qui importe le plus pour lui, ce n’est pas l’amour du manga en tant que tel, mais plus ce qu’il va faire pour sauver son amie. Il va être prêt à tout, même arrêter le cours du temps, afin d’écrire le manga ultime. Tout porte à croire qu’il fait ça pour surpasser Itsuki, afin de lui faire prendre conscience qu’elle ne peut pas être numéro 1 du classement, et qu’elle puisse ainsi ralentir le rythme, et prendre soin d’elle. Mais le scénariste, Kenji Ichima, est bien plus intelligent que ça, et nous apprenons très vite que Teppei ne veut pas écrire le meilleur manga pour son lectorat, mais la meilleure œuvre pour Itsuki. Ce qui remet en perspective beaucoup d’aspects de la psychologie du personnage principal, et la nôtre par la même occasion.

Je pense que c’est avant tout pour cette fin extrêmement touchante, et à la limite d’un miroir d’un créateur de contenus que nous pouvons être sur internet, qui fait que Time Paradox Ghostwriter est un bon manga. Ce que nous pouvons écrire avec nos articles via Pod’Culture est avant tout, ce que nous souhaiterions pouvoir lire sur d’autres sites, des avis personnels, où l’on sent toute la personnalité de l’auteur et ses propres sensibilités. Et c’est le message principal de cette œuvre, ce que l’on souhaite délivrer à certaines personnes, sans pour autant être le meilleur en tout point, c’est d’ailleurs sur ce point que se termine le manga, et surtout les prochains écrits du héros. Il ne cherche plus à être dans le top du Jump, mais avant réussir à parler à un certain lectorat.

Je dois bien l’avouer, je me suis vraiment réconcilié avec ce manga maintenant que j’ai le fin mot de l’histoire. La où le premier tome me laissait un goût un peu amer en bouche, c’est grâce à sa conclusion que j’ai pu enfin comprendre ce que voulaient transmettre les mangakas. Une œuvre touchante, qui saura trouver son lectorat mais qui n’est pas à la portée de tous, tant le message qu’il renvoie est spécifiquement tourné vers les personnes qui aiment délivrer des messages à travers ce qu’ils peuvent créer.

  • Les tomes 1 & 2 de Time Paradox Ghostwriter sont disponibles en librairie.
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Ed Brubaker et Sean Phillips n’ont plus rien à prouver, plus encore quand on parle de polar. On ne compte plus les grands comics créés par le duo, Brubaker et son écriture ciselée profitant des dessins de Phillips pour donner vie à ses gueules cassées. Chacun de leurs projets attire évidemment mon attention, mais je n’avais pas encore eu la chance de me pencher sur la dernière série de comics qui les occupe : Reckless. Trois tomes sont parus en France pour le moment (et cinq en VO), me poussant enfin à découvrir le premier d’entre eux. Et c’est un coup de cœur.

Polar au soleil

© & ™ 2020 Basement Gang, LLC. Tous droits réservés. © 2021 Éditions Delcourt.

Brubaker prend un vieux mythe américain, entre nostalgie et amertume, celui des années 1980 au lendemain du fantasme hippie. Entre désillusion et espoir, une époque où tout semble possible mais paradoxalement où tout est plus contrôlé, où la drogue autrefois omniprésente laisse place à une police plus violente, et la liberté sexuelle s’oppose à plus de puritanisme. Un entre deux donc, que l’auteur amateur de polars décrit sans idées mal placées, sans nostalgie faussement naïve qui clamerait que « c’était mieux avant » mais plutôt un regard tendre sur l’époque, qui s’oppose à une critique parfois acerbe. Un cocktail parfait pour un récit noir, teinté du soleil de Californie, où une ambiance réputée chaude laisse place au quotidien de Ethan Reckless, une gueule cassée qui passe plus de temps dans les méandres d’une âme humaine pourrie que sur la plage. Pourtant, l’un de ses seuls passe-temps plutôt sains relève de sa pratique du surf, mais ça ne paie pas les factures. Son habitation : un vieux cinéma abandonné, où il diffuse quelques classiques, tandis qu’il reste joignable sur un numéro mystérieux où des gens lui laissent des messages pour l’appeler à l’aide. Il se mue en homme à tout faire, se faisant payer pour accomplir ce qu’on n’ose pas faire soi-même : le job d’un détective privé pour débusquer un adultère, réclamer la dette d’un gars paumé, ou encore casser les genoux d’un rival. Ethan est tombé dans une vie de crime après avoir travaillé pour le FBI pendant des années, jusqu’à un évènement décisif qui l’a définitivement détourné du système.

Car ce premier tome raconte la manière dont le personnage est tombé dans un milieu qu’il était, autrefois, censé pourchasser. Au milieu de ses études, il est recruté par le FBI qui lui demande d’observer ses camarades étudiants afin de débusquer les envies de révolution, entre le mouvement des Black Panthers et les hippies qui s’opposent au système et à la guerre du Vietnam. Lui accepte, peu importe, tant que cela lui permette de ne pas aller au Vietnam pour faire la guerre, justement. Pas parce qu’il était fondamentalement pacifiste, mais plutôt parce qu’il avait conscience de la violence de la guerre, au-delà de la propagande nationaliste américaine qui disait aux gamins qu’ils allaient être des héros en envahissant un autre pays.  Un discours assez classique donc pour raconter cette époque, mais Brubaker l’exécute avec le talent que l’on lui connaît. Si son Reckless peut évoquer sa série Criminal sur la forme, avec ce récit de malfrats teinté d’une image amère de l’Amérique. Mais si à l’époque, le duo formé par Brubaker et Phillips s’intéressait au destin d’une famille qui beignait dans la criminalité, c’est désormais l’individualité de l’acte qui intéresse, avec la solitude d’un homme confronté sans arrêt à ses propres choix et ses propres erreurs.

La virtuosité du tandem

© & ™ 2020 Basement Gang, LLC. Tous droits réservés. © 2021 Éditions Delcourt.

Ed Brubaker écrit un récit « à l’ancienne », avec sa dose de bulles d’exposition où il raconte, comme un témoignage, l’ambiance et le ton d’une époque, où l’on retrouve la gueule cassée tout droit sortie d’un vieux film, le gars qui a un jour tout perdu et qui n’a aujourd’hui plus rien à perdre, tandis qu’il fantasme le souvenir d’une femme qui incarne le sexy d’une époque aux mœurs légères et à la drogue qui libère celles et ceux qui avaient encore un peu de pudeur. À certains égards, cela évoque parfois le ton d’Un après midi de chien de Sidney Lumet, où de pauvres êtres paumés font ce qu’ils peuvent pour survivre dans un monde pourri. Mais pas que, puisque l’auteur se révèle aussi très critique de cette époque et de sa vision du monde, racontant la manière avec laquelle certain·e·s ont profité de mouvements étudiants pour dominer, incarner un pouvoir et écraser les autres, tandis que le FBI et autres joyeusetés gouvernementales tiraient les ficelles en fond. Les dessins de Sean Phillips quant à eux sont inévitablement les points forts du comics, d’une beauté habituelle pour lui mais dont on ne se lasse jamais, plus encore avec la colorisation de son fils Jacob Phillips qui saisit parfaitement l’essence de l’époque racontée avec des couleurs chaudes qui subliment la mise en scène.

C’est presque une remise en cause de ce vieux fantasme cinématographique américain, qui ne cesse de dépeindre les années 1980 comme l’époque où tout était possible, Brubaker remettant en cause à sa manière les mécanismes de domination qui se mettaient en place dans certains mouvements prétendument opposés au système, jusqu’à ce que les digues explosent et que la réalité rattrapait celles et ceux qui ont voulu y croire. Mais il ne condamne pas tout, montrant notamment au travers d’un personnage la pureté d’un certain engagement politique, une véritable incarnation d’un idéal qui a trop peu longtemps survécu. Tout cela faisant de ce premier tome de Reckless quelque chose d’assez formidable, plein de nuances, en guise de remise en cause d’un rêve américain des années 80 qui n’a pas souffert de suffisamment de critique au fil des années.

  • Reckless est disponible en librairie aux éditions Delcourt depuis le 6 octobre 2021. Deux suites sont sorties depuis, intitulées L’envoyé du diable et Éliminer les monstres, et au moins deux autres devraient suivre.
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Il a quelques semaines, je prenais un énorme choc dans le coin de la figure à la lecture du premier tome de la mythique saga Hokuto no Ken. Le mélange si old-school mais également tellement maîtrisé proposé par les aventures de Kenshiro, artiste martial sans attaches, force de la nature sans peur et sans reproches, m’avait mis dans un enthousiasme rarement atteint. J’avais terriblement envie de découvrir la suite, et cela n’a pas échappé à Crunchyroll, qui m’a fait parvenir tout de go la suite de l’extrême edition, avec les tomes 2 et 3 de cette épopée post-apocalyptique. Verdict après une nouvelle session de lecture effreinée : Alors qu’il était difficile d’atteindre à nouveau l’intensité des débuts, car les ficelles narratives et visuelles présentées dès le premier tome sont conservées et réutilisées, Hokuto no Ken va tout de même de l’avant, en dévoilant un nouveau pan de sa mythologie et de sa philosophie, pour notre plus grand plaisir.

Cette critique a été écrite suite à l’envoi d’exemplaires par l’éditeur, Crunchyroll

Une dimension mystique et des enjeux préservés

© 1983 BURONSON and TETSUO HARA / COAMIX, ©2022 Crunchyroll

Dès le départ, la dynamique scénaristique d’Hokuto no Ken était posée, et ne va pas pour l’instant être remise en question : Accompagné de ses deux jeunes compagnons, Kenshiro arrive dans un lieu tourmenté par un gang de vilains. Ému par le sort de ses habitants, le maître du Hokuto shinken s’en va payer une petite visite aux fauteurs de troubles et raye leur troupe de la carte, rendant toute sa quiétude aux habitants des environs. A partir du volume 2, les petits arcs salvateurs de ce type vont se multiplier, toujours avec un Kenshiro intouchable et immaculé sur le plan moral. A tel point qu’il commence à se dégager de Ken une véritable aura messianique. Ses exploits de « One Man Army » sont de plus en plus connus à travers le pays, et sa réputation va commencer à le précéder partout où il passe. Lorsqu’il a accompli son sauvetage, certaines planches lui donnent carrément une aura christique, celle d’un envoyé des cieux, d’un enfant divin, auréolé d’une force supérieure capable de délivrer son prochain des forces du mal. Cette dimension mystique, pour ne pas dire clairement religieuse, est par ailleurs renforcée par l’emploi très commun du champ lexical du démoniaque. Ainsi il n’est pas rare que les différents ennemis rencontrés, voire Kenshiro lui-même, soient comparés à des démons ou au Diable lui même. De même l’apparence parfois hideuse, et souvent disproportionnée des méchants, dont on parlait déjà dans le premier tome, leur donne souvent un physique bestial, voire démoniaque. Par ce biais, Hokuto no Ken s’apparente parfois littéralement à une lutte du bien contre le mal, incarnée par une opposition entre le divin et le diabolique. C’est particulièrement visible à travers le regard que portent sur lui les villageois qui viennent d’être délivrés. Le plus souvent un enfant ou une vieille personne qui, ébloui.e.s par la vigueur de leur sauveur, donnent à la scène un goût de vignette biblique.

Cela permet d’ailleurs de lutter contre un problème scénaristique que j’ai paradoxalement identifié dans une œuvre bien plus récente, et que j’appelle « l’effet One-Punch Man ». En effet, Saitama comme Kenshiro possèdent la caractristique de ne jamais être inquiétés en combat, et d’en finir la plupart du temps en un seul coup. Dans ces conditions, comment parvenir à créer un enjeu pour l’intrigue, dont la tension repose bien souvent sur la manière dont son protagoniste va être mis en difficulté et devra faire face à l’adversité ? La réponse apportée à cet enjeu est la même pour les deux mangas : On crée de l’enjeu via les autres personnages. Car si Kenshiro est virtuellement invincible, ce n’est pas le cas de chacun et chacune des habitant.es de ce monde en ruines, où la mort est à tous les coins de rue. Si les gangs de loubards sanguinaires sont à ce point craints et redoutés, c’est parce qu’ils ne reculent devant rien. Bien souvent l’arrivée de Kenshiro se fait a posteriori d’une première intervention de sbires énervés. Interventions qui se soldent quasiment à coup sur par quelques corps découpés, qui peuvent inclure femmes et enfants si le cœur leur en dit. Ainsi exactement comme dans One-Punch Man, la question n’est pas « Est-ce que Kenshiro va s’en sortir ? », mais plutôt « Va-t’il arriver à temps ? » ou « Va-t’il réussir à empêcher l’ennemi de perpétrer un nouveau massacre ? ». Notre empathie se focalise sur les pauvres bougres qui n’ont rien demandé et qui vont subir le fléau de la violence aveugle sans pouvoir rien y faire. Certains de ces personnages sont d’ailleurs mis en avant par leur héroïsme ordinaire, leur opiniâtreté à défendre leur petit bout de territoire et leurs ressources faces aux assauts incessants des voleurs et des tortionnaires dont cet immense désert regorge. C’est bien souvent inspiré par leur courage que Kenshiro va se décider à faire une pause dans son voyage pour leur porter assistance. Cela donne à son périple un petit goût utopiste. A son échelle, Ken ne peut pas véritablement changer la donne, et le monde restera un endroit aussi dangereux que désespéré. Mais il diffuse de l’espoir à petite échelle par son action. Il laisse partout où il passe a minima l’illusion que la vie sera un peu moins dure qu’avant son arrivée. Cela renforce son côté messianique dont nous parlions plus haut, mais cela contribue également à prendre de la hauteur par rapport au seul personnage de Ken, et d’aborder l’œuvre sur un plan plus philosophique qu’il n’y parait.

Nous ne sommes que des hommes

© 1983 BURONSON and TETSUO HARA / COAMIX, ©2022 Crunchyroll

Et c’est finalement cet aspect philosophique qui m’a le plus intéressé à la lecture du troisième tome de cette « Extrême edition », car celui-ci va pour la première fois introduire de nouveaux personnages adultes, qui vont être traités comme de véritables compagnons de Kenshiro. Jusqu’à maintenant les personnages qui accompagnent Ken, Batt et Lynn, n’étaient que des personnages fonctionnels, dépourvus de véritables développements. Cette dynamique change avec l’introduction de Rei, nouvel artiste martial auprès duquel Ken va pouvoir trouver un compagnon autant qu’un rival, et surtout Mamiya, premier personnage féminin d’envergure depuis Julia, la dulcinée perdue de Kenshiro. Avec le développement de ces personnages se créent de nouveaux enjeux, et une dynamique qui va parcourir tout l’arc introductif de ces deux personnages : Pour vaincre des gens si forts, il faut exploiter leurs faiblesses, car ils ne sont au final que des êtres humains. Les antagonistes de cet arc, le gang des crocs, jouent un rôle intéressant au service de cette stratégie, qu’ils décident eux-mêmes d’employer. Ils décident en effet de s’attaquer à l’entourage des deux héros, car leur propre « famille » a été attaquée par eux. Dans les faits cela crée une situation superbement patriarcale, puisque ce sont la sœur de Rei et Mamiya qui joueront le rôle des demoiselles en détresse que Ken et Rei vont devoir secourir. On est dans les années 80, on ne pourra pas y changer grand chose, mais philosophiquement, la situation est tout de même intéressante. Après un volume 2 dans lequel Ken était présenté comme une figure quasi divine et intouchable, ce tome 3 tente de réhumaniser Kenshiro, en lui faisant tisser des liens avec d’autres personnes, et le mettant dans une situation délicate où celles-ci risquent d’y passer s’il ne trouve pas comment leur venir en aide. Une nouvelle manière de créer de l’enjeu malgré le caractère toujours assez monolithique de notre protagoniste. A la suite de ces péripéties, l’arrivée d’un nouvel antagoniste principal, qui s’annonce d’une dimension assez supérieure à ceux qu’on a connus durant ces tomes 2 et 3, va peut-être permettre de relancer l’intrigue et de développer une nouvelle dimension narrative de l’œuvre.

Car ce qu’il ressort de ces volumes, c’est qu’une fois passé l’exaltation de la découverte, il va falloir à Hokuto no Ken réinventer régulièrement sa formule et ses approches pour pouvoir continuer à titiller mon intérêt. La lecture de ces nouveaux chapitres de l’épopée de Ken a été très agréable et tout à fait prenante, mais a déjà laissé s’échapper un peu de son intensité par rapport au premier volume, perte de l’effet de surprise oblige. Je suis toujours aussi curieux de voir jusqu’où cette série peut nous emmener, mais j’espère également qu’elle continuera sur cette lancée, en élargissant le cadre et la portée philosophique de l’histoire au delà de Kenshiro, ou en le faisant évoluer de manière plus directe et spectaculaire. Car tout stylé qu’il soit, un personnage aussi unidimensionnel risque très vite d’atteindre ses limites s’il reste l’unique pierre angulaire de ce récit. Ainsi c’est toujours avec beaucoup de curiosité que j’attends la suite de cette série, qui n’a je l’espère pas fini de me surprendre !

  • Les tomes 2 et 3 de l’Extrême Edition de Hokuto no Ken, sont édités chez Crunchyroll, et sont disponible en librairies novembre et décembre 2022.
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« Le blues du businessman, Un garçon pas comme les autres, SOS d’un terrien en détresse » ou encore « Le monde est stone »… Qui n’a jamais entendu ces chansons érigées, depuis les années 70, au rang de mythes ? En dépit de cela, beaucoup ignorent que ces titres appartiennent à une seule et même tragédie musicale ; si bien que les paroles sont souvent détachées de leur sens originel. Mais voilà que, après de longues années d’attente, Starmania est de retour sur scène.

Starmania est un opéra-rock, vu à la Seine Musicale, près de Paris, le 12 novembre 2022, à 15h. Ainsi, les artistes mentionnés sont celles et ceux aperçus lors de cette représentation.

Dans un univers futuriste, une présentatrice vedette répondant au nom de Cristal est kidnappée par un groupe terroriste, dirigé par Johnny Rockfort : les Étoiles Noires. Jamais l’actualité n’a été aussi sombre, à l’aube de l’élection présidentielle de l’Occident. Deux candidats se déchirent : le Gourou Marabout, un écologiste véhément et Zéro Janvier, partisan de l’extrême droite. Dans ce climat politique dangereux, les uns tentent de se faire connaître, quand d’autres essaient de rester accrochés au pouvoir. Marie-Jeanne, simple serveuse, assiste avec mélancolie aux destins tragiques de ces stars montantes et descendantes.

Cristal : La genèse de Starmania

Le nouveau logo de Starmania © 2022

Doté de cheveux bouclés, le pianiste fait raisonner ses premières notes, dos au public. Aussitôt, les danseurs et danseuses automates se dirigent, sans rompre la chaîne, vers la métropole de Monopolis. La cité est symbolisée par le building doré qui pivote sur scène, présentant les huit protagonistes de l’opéra-rock. Dans cette métaphore de l’échelle sociale, les uns gravitent dans les souterrains et les premiers étages, tandis que d’autres arpentent les sommets. Monopolis est présentée par Cristal, une jeune muse blonde à la voix… cristalline. Ce personnage incarnée par Lilya Adad, est la présentatrice vedette de Starmania, une émission destinée à faire connaître de futurs artistes. Elle fut autrefois incarnée par France Gall. Car oui, Starmania est avant tout un immense succès des années 70, écrit par Luc Plamondon et composé par Michel Berger. L’idée même du projet naît en même temps que le personnage de Cristal, puisque Michel Berger voulait tout d’abord créer une comédie musicale s’inspirant de la vie de Patricia Hearts. Il s’agit de l’héritière d’un riche magnat de la presse qui, en 1974, fut enlevée par un groupe terroriste d’extrême-gauche américain. Contre toute attente, elle rejoignit leur cause et prit part à leurs actions. Bien que Luc Plamondon préféra se focaliser sur une histoire et des personnages fictifs, le destin de Cristal était tout tracé. Starmania, c’est aussi le tout premier opéra-rock francophone, dont les représentations commencèrent en avril 1979, suite au succès retentissant de l’album. Mais que serait Starmania sans un certain Balavoine ?

Johnny Rockfort : Retour d’une dystopie

Johnny Rockfort et Sadia sont prêts à en découdre © Starmania, 2022

Un zonard au look androgyne se déchaîne sur scène, où il détruit des voitures et brutalise des passants. Beaucoup ignorent que derrière les tubes de Balavoine « Quand on arrive en ville » ou « SOS d’un terrien d’un détresse » se cache le personnage de Johnny Rockfort. En 2022, Johnny est incarné par Côme. Starmania n’avait pas été représenté sur scène depuis de longues années, avant que Raphael Hamburger, (fils de Michel Berger et de France Gall), ne décide de faire revivre le spectacle. Le projet fut malgré tout paralysé deux années de plus, à cause de la situation sanitaire. Il a donc fallu attendre le 8 novembre 2022, pour voir Johnny Rockfort clamer un nouveau SOS. Starmania est à l’image de Johnny. C’est une dystopie dans laquelle les personnages – noyés dans la mélancolie, l’angoisse du temps qui passe et la violence – sont broyés par un destin inexorable. Anarchiste et nihiliste, Johnny saccage tout ce qui est autour de lui pour faire entendre son cri de désespoir. Néanmoins, lorsque son groupuscule, les Étoiles Noires, kidnappe Cristal ; le zonard tombe amoureux et accepte d’apporter une dimension politique à ses actes. On peut regretter que le personnage, aussi important soit-il, reste en retrait, par rapport à d’autres rôles plus secondaires. Loin de s’efforcer d’imiter Balavoine, Côme apporte un souffle sauvage à son chant, devenu plus abrupt. Cela ne l’empêche pas de se permettre des envolées lyriques poussant au respect, durant le « SOS d’un terrien en détresse », l’une des chansons les plus difficiles, techniquement parlant.

Marie-Jeanne et Sadia : Ode à la diversité

Un aperçu mystérieux du casting de Starmania © 2022

Starmania n’est pas une simple romance entre deux anarchistes, loin s’en faut. Il s’agit d’une dystopie visionnaire, à la mise en scène orwellienne, et qui n’hésite pas à briser le quatrième mur. Elle le fait par l’intermédiaire de Roger Roger, un présentateur de télévision qui n’est plus qu’une voix désincarnée, dans cette version 2022. Incarné par Thomas Jolly, (le metteur en scène), Roger Roger fait part de l’actualité, à travers des vidéos oppressantes dont nous sommes les spectateurs et spectatrices impuissants. Mais il y a une autre spectatrice, Marie-Jeanne, qui travaille dans l’Underground Café. Il s’agit de la serveuse automate dont on ne présente même plus les chansons : « Un garçon pas comme les autres, Le monde est stone… » Starmania était, à l’époque, un spectacle avant-gardiste et visionnaire, y compris sur les questions du genre et de la sexualité, comme en témoigne la diversité des personnages. Il est heureux que le casting de 2022 reflète cette diversité. Ainsi, le rôle de Marie-Jeanne est-il confié à Alex Montembault, un chanteur non-binaire à la voix angélique. Dans le programme du spectacle, Alex confie avoir hésité à accepter un rôle féminin, avant de reconnaître la dimension neutre et universelle de Marie-Jeanne. La serveuse automate subit ce qui se passe dans ce monde où chacun s’efforce d’aller plus haut, au risque de s’effondrer. La voix d’Alex Montembault rend honneur à la beauté des chansons d’une Marie-Jeanne plus mélancolique que jamais, surtout lorsqu’elle se retrouve seule sur scène, avec sa guitare. Tout juste peut-on regretter le manque d’évolution de cette interprétation, que l’on pourrait presque mettre sur le compte de la timidité. En dépit de sa noirceur, Starmania est un opéra-rock prônant l’acceptation de la différence. Outre l’interprète de Marie-Jeanne, on retrouve d’autres personnages queers, comme Ziggy, aimant les garçons, ou Sadia, qui explique ne pas être une femme mais un « travesti ». A la fin des années 70, on se doute que la confusion était présente entre travestis et personnes transgenres. Le personnage de Sadia n’en était pas moins juste, respectueux et traditionnellement incarné par une femme, à la voix certes éraillée. C’est dire combien Starmania est visionnaire. Incarnée par Ambriel, Sadia n’est pas seulement un « travesti » parce qu’elle met le doute sur son genre, mais aussi et surtout parce qu’il s’agit d’un personnage double, tenté par la trahison pour parvenir à ses fins.

Zéro Janvier et le Gourou : Une prémonition funeste

Zéro Janvier est terrifiant avec cette mise en scène orwellienne © Starmania, 2022

Mais que serait une tragédie sans antagoniste ? Zéro Janvier est un ancien militaire devenu fortuné, qui se présente aux élections présidentielles, pour défendre ses idées d’extrême droite. La mise en scène n’a jamais cherché à nuancer la tyrannie de Zéro Janvier. Comme si son nom polaire ne suffisait pas, le politicien n’hésite pas à arborer des brassards rouges ou à baptiser sa boîte de nuit : Naziland. Incarné par Aurel Fabrègues, Zéro Janvier paraît plus jeune que d’habitude, et d’autant plus moderne qu’il porte un col roulé et un costume contemporain. Le politicien est effrayant dans la manière dont il est représenté. Il est aussi la preuve la plus probante de l’aspect prémonitoire de Starmania. Le spectacle a beau avoir été écrit à la fin des années 70, il décrit les années 2000 (et surtout 2020), avec une justesse déroutante. Les angoisses des années 70 se sont concrétisées, qu’il s’agisse de la mondialisation, de l’obsession de la célébrité ou de la montée du radicalisme. D’une part, les Étoiles Noires commettent des actes terroristes, de l’autre, le politicien Zéro Janvier obtient un contrôle presque total des médias. L’homme politique est l’interprète du « Blues du Businessman ». Si la plupart des gens chantent « J’aurais voulu être un artiste » avec naïveté et rêverie, cela est contradictoire avec le sens original de la chanson. Celle-ci fait partie de la campagne électorale de Zéro Janvier, prêt à tous les mensonges afin d’émouvoir et séduire le public. Il incarne la montée au pouvoir de l’extrême droite, qui fait par ailleurs face à un autre extrême. Si le Gourou Marabout semble avoir des idées plus pacifiques, reposant essentiellement sur l’écologie ; il cache lui aussi une autre facette. Aussi n’hésite-t-il pas à dénoncer une ère de paranoïa, où les gens tomberaient malades après avoir consommé des médicaments. Une fois encore, il est difficile de ne pas faire le parallèle avec l’actualité, et plus précisément la crise sanitaire des deux dernières années. (Notons que le Gourou est incarné alternativement par un homme et une femme, laquelle j’ai pu voir sur scène : Malaïka Lacy.) Déjà, dans les années 70, les personnages de Starmania craignaient d’être réduits à des numéros, avant même que ne survienne l’existence du QR Code. Ils étaient obsédés par la gloire et la célébrité, avant que n’apparaissent la télé-réalité, Instagram ou TikTok. Le livret de Starmania reflète si bien la société actuelle qu’on peine à croire qu’il ait été rédigé il y a plus de quarante ans. De fait, si certaines paroles sont adaptées, les changements restent très mineurs. Certains costumes ultra-contemporains suffisent à transposer l’histoire au XXIe siècle.

Ziggy et Stella Spotlight : Nostalgie et quête de fulgurance

Un aperçu des décors de Starmania © 2022

J’en viens à évoquer quelques bémols. Bien que certains costumes et paroles sous-entendent que le spectacle est transposé à notre époque ; la plupart des costumes et accessoires rendent hommage aux années 70. Si les créateurs de la version 2022 se défendent d’avoir cédé à l’élan de la nostalgie, je ne suis pas d’accord avec eux. La mise en scène fait parfois tellement penser aux années 70 que cela instaure une confusion par rapport au contexte ; et encore, je n’évoque pas les hommages plus ou moins explicites qui apparaissent, ici et là. On pourrait aussi regretter que les artistes de Starmania soient munis de micros qui les privent d’une de leurs mains et qui réduisent leur mobilité. Ainsi, Starmania fait quelquefois plus penser à un concert doté d’une stupéfiante mise en scène, qu’à une réelle comédie musicale. Ce sentiment est toutefois rare. La plupart des tableaux et des morceaux sont somptueux. Je pense tout particulièrement à la scène de ménage entre Zéro Janvier et sa fiancée, Stella, dans « Ego Trip » ou encore à « La chanson de Ziggy ». Le jeune homme gay, incarné par Adrien Fruit, rêve de devenir le premier danseur de rock au monde. Pour illustrer ce propos, il se met à danser, rapidement rejoint par ses multiples clones, lesquels disparaissent et réapparaissent au rythme des notes et des lumières. Il ne faut pas douter que la mise en scène et la chorégraphie ont des fulgurances. Stella est le dernier personnage que nous n’avons pas évoqué. Incarnée par Jeanne Jerosme, il s’agit de l’ancienne idole des jeunes, qui arrive à la fin de sa gloire. Bien qu’elle soit consciente que la célébrité l’ait privée de sa vie ou de sa santé mentale, la comédienne s’accroche désespérément au pouvoir, quitte à accepter les avances de Zéro Janvier. Stella est prête à tout pour demeurer sur le devant de la scène, y compris à épouser un homme dont les idées la rebutent. Bien entendu, cela ne fera que la précipiter vers un destin funeste. Je n’ai jamais vu une Stella aussi utilisée, usée et désespérée. Starmania est après tout la dénonciation de la noirceur et du désespoir dissimulés sous les néons et les paillettes.

Épilogue

Que doit-on retenir du retour de Starmania ? C’est l’occasion rêvée pour celles et ceux qui ont grandi avec ces chansons mythiques, de découvrir leur dramaturgie, ou l’envers du décor. L’opéra-rock de Michel Berger et de Luc Plamondon est une tragédie puissante, mettant en scène des personnages portés par le désespoir. Une dystopie consiste à imaginer le pire avenir possible. En ce sens, Starmania était une prémonition aussi exacte qu’inquiétante de la société actuelle. L’obsession de la célébrité, la menace du terrorisme, la montée de l’extrême droite ou encore la paranoïa propres à notre époque sont montrées avec une telle exactitude, qu’on peine à croire que le livret date de la fin des années 70. Malgré cette noirceur et ce nihilisme, Starmania demeure un spectacle prônant la diversité et l’ouverture aux autres, et surtout doté d’une mise en scène très spectaculaire. Il est malheureusement rare, en France, qu’une comédie musicale ait suffisamment de succès pour entreprendre une tournée. Je ne peux donc que vous conseiller de vous munir de votre propre billet, qui vous ouvrira non pas les portes de Naziland, mais celles d’un spectacle aussi unique que visionnaire.

  • Starmania est un opéra-rock représenté à la Seine Musicale, depuis le 8 novembre 2022. Une tournée est prévue dans toute la France (ainsi qu’à Bruxelles et Genève), du 10 février au 18 juin 2023.
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Série star depuis le lancement des éditions Mangetsu, Ao Ashi a rarement déçu. Le manga de Yugo Kobayashi n’a cessé de se renouveler pour toujours viser plus haut, avec une vraie envie de raconter sa propre vision du football, avec son aspect aussi bien sportif qu’humain et familial. Une formule que l’on a bien souvent plébiscité sur Pod’culture, alors chaque nouvelle sortie est une belle occasion de se replonger dans son œuvre. Après les superbes tomes 9 et 10, place à la suite, avec deux tomes qui révèlent une maturité nouvelle pour son héros.

Cette critique a été écrite suite à l’envoi d’exemplaires par l’éditeur.

Le génie ne suffit plus

AO ASHI © 2015 Yugo KOBAYASHI / SHOGAKUKAN

Ashito, le héros du manga, a souvent incarné ce petit génie symptomatique des shonen qui valorisent une forme de talent inné, qui se révèle à des moments fatidiques. Mais si le manga est aussi intéressant, c’est aussi parce que l’écriture de Yugo Kobayashi lui a d’autres fois opposé la réalité du monde dans lequel il vit, et notamment plusieurs obstacles qui venaient lui montrer qu’il n’est pas si « spécial », du moins, pas plus que d’autres. Et ces tomes 11 et 12 confirment que tout reste à faire pour le prodige. Dans un ultime effort pour la fin du match contre Musashino, club rival où l’on retrouvait Kaneda, une tête brûlée qui n’avait pas été retenue aux détections de l’Esperion, Ashito se découvre un véritable plaisir à jouer dans une position défensive. Lui qui a vu ses rêves de devenir un buteur génial voler en éclats, au moment où son entraîneur a décidé d’en faire un défenseur latéral pour profiter de sa vision de jeu (plutôt que de sa maladresse balle au pied), a eu du mal à se motiver et à accepter la réalité. Mais depuis un certain temps et encore plus avec le tome 11, le manga insiste sur sa remise en cause, son questionnement interne et finalement, la manière dont il met à exécution une maturité trouvée pour continuer à progresser malgré tout. Son influence grandissante sur le jeu et le respect qu’il gagne de ses coéquipiers a un impact immédiat sur une narration qui gagne elle aussi en maturité. Elle est plus posée, plus calme, on sent que le gamin des débuts devient peu à peu un professionnel, un joueur de football qui comprend les sacrifices qu’il doit faire pour atteindre ses rêves. Et c’est d’autant plus évocateur pour les amateur·ice·s de football qui, dans la réalité, peuvent voir chaque année des gamin·e·s talentueux·euses trouver leur place dans des équipes professionnelles avec une maturité soudaine.

Cela donne donc deux tomes très intenses, avec un rythme soutenu et efficace qui profite du match de football pour donner des réponses au questionnement intérieur d’Ashito. On sent le personnage évoluer de page en page, comprenant soudainement tout ce qui lui a été enseigné par le passé, comme si le puzzle s’assemblait enfin. Et très sincèrement, ça fait sacrément plaisir : cela ressemble à l’aboutissement des dix premiers tomes où Ashito apprenait toujours quelques détails ici et là, avant d’avoir enfin l’occasion d’appliquer tout ce qu’il a appris. L’histoire gagne aussi en importance à mesure que les pages avancent, notamment dans le 12ème tome où Ashito rejoint l’équipe A des U18, son objectif principal depuis son arrivée dans l’équipe B. L’occasion pour le récit de lui mettre de nouveaux obstacles en vue, mais surtout pour montrer que le jeune joueur est enfin prêt à entrer dans un monde qui ne lui fera plus aucun cadeau, avec une mise en scène réjouissante. Jamais lassante, celle-ci continue de saisir les moments clés des duels sur le terrain et excelle à chaque fois qu’il faut accélérer l’action. Sauf peut-être sur les moments où la narration, tant écrite que visuelle, redevient trop didactique, avec une multitude d’explications sur le football qui transforment certaines planches en manuel de football. C’est pas inutile, loin de là, mais je reste toujours circonspect face à la manière de faire qui manque d’idée, avec des explications qui auraient pu être incorporées de manière plus fluide.

Destins croisés

AO ASHI © 2015 Yugo KOBAYASHI / SHOGAKUKAN

Ce que j’ai particulièrement aimé sur ces deux tomes, le tome 12 notamment, c’est le parallèle intéressant qui est fait par l’auteur entre Kuribayashi, une star de l’équipe A qui a su impressionner tout le monde à ses débuts, avec Ashito, alors que ce dernier est enfin promu en équipe A. Le parallèle se fait sous la forme d’un destin croisé, Kuribayashi étant remis en cause suite à des performances moins en vue en équipe première en J-League (le niveau professionnel), qui ont rappelé qu’il a encore beaucoup de choses à apprendre avant de pouvoir s’installer définitivement chez les professionnels. Tandis que Ashito, de son côté, et malgré ses lacunes, montre rapidement qu’il a faim et qu’il est capable de réaliser de très belles choses grâce à sa détermination et sa capacité à apprendre et assimiler en un temps record. Les deux se retrouvent alors au même stade : en équipe A des U18, alors que l’un est rétrogradé de l’équipe pro, et l’autre est promu de l’équipe B. Probablement le moyen aussi pour l’auteur de façonner la rivalité qui devrait naître entre les deux joueurs, une rivalité longtemps annoncée, alors que Kuribayashi incarnait par sa réussite le rêve encore lointain d’Ashito au début du manga. Et toutes ces scènes de doute sont mises en scène avec beaucoup de justesse, grâce aux dessins qui savent saisir les émotions, autant les peurs que les joies, de personnages qui sont spontanés, expressifs, des jeunes qui rêvent de grandes choses et qui font tout pour y arriver.

Décidément l’une des meilleures séries de mangas sorties ces dernières années, Ao Ashi est toujours là pour mettre du baume au cœur quand tout va mal. À l’heure où l’on pleure une finale de Coupe du Monde perdue, le manga de Yugo Kobayashi est là pour nous raconter les valeurs qui nous ont fait tomber amoureux de ce sport dans notre jeunesse. Et puis, même si l’on n’aime pas le football, Ao Ashi reste une superbe célébration de la détermination d’un gamin prêt à tout pour réussir, sauf à écraser ses ami·e·s. Joyeux et d’un bon esprit à toute épreuve, le manga fait grandir son héros en lui inculquant de belles valeurs, décidé à faire de lui un personnage dont la présence rend meilleurs celles et ceux qui l’entourent.

  • Les tomes 11 et 12 de Ao Ashi sont disponibles en librairie aux éditions Mangetsu.
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Chill Chat, c’est l’émission de Pod’Culture où l’on se pose et on cause avec une personne qui navigue dans les eaux de la Pop Culture ; que cette personne soit un créateur ou une créatrice, artiste, ou encore prescripteur ou prescriptrice.

Pour ce dixième épisode, j’ai eu le plaisir de discuter avec Marine Macq. Autrice, conférencière, archiviste art. Nous avons discuté de son livre, paru en 2021, Imaginaires du jeu vidéo: les concepts artists français, coédité par Third Éditions et les éditions du Cercle d’art ainsi que de GAMMA, galerie d’art française entièrement dédiée au jeu vidéo dont elle est la directrice et au travers de laquelle Marine propose des services toujours plus diversifiés.

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Un des derniers effets de mode dans le monde du jeu vidéo est le retour à la science-fiction spatiale. Ces derniers temps, on a pu ainsi voir paraître Returnal, Chorus, entendre parler du remake de Dead Space, ou de l’arrivée future de Starfield et The Invincible. C’est justement le co-créateur de la licence Dead Space, Glen Shofield, qui est à l’origine de The Callisto Protocol, produit par le studio Striking Distance. Dès le premier trailer, The Callisto Protocol évoquait l’ambiance et les combats de la trilogie Dead Space, offrant une filiation reconnaissable au premier coup d’oeil. Outre l’hommage évident, le titre parvient-il à prendre malgré tout son propre envol (spatial), détaché de son prédécesseur ?

Cette critique du jeu a été rédigée après une partie sur Playstation 5, permise par l’envoi d’une clé numérique de l’éditeur.

Prisonnier dans l’espace

Un dernier transport de marchandises, juste un dernier avant d’être tranquille – tu parles ! © The Callisto Protocol, Striking Distance Studios, 2022

2320. L’humanité s’est répandue dans le système solaire. Jacob Lee n’est qu’un simple transporteur de marchandises (pas toujours très légales) sur son cargo Charon (du nom du fameux passeur d’âmes dans la mythologie grecque). Malheureusement, lors de son trajet entre Europe et la prison de Black Iron, il se fait aborder par Dani Nakamura, leader d’un groupe terroriste, et ses troupes. La situation dégénère et le vaisseau s’écrase sur Callisto, lune de glaces et de roches du système jovien. Sans ménagement ni explication, le directeur de la prison Black Iron les fait tous deux prisonniers. Jacob se rend compte qu’il est plus qu’au mauvais moment, au mauvais endroit, quand les prisonniers commencent à se transformer en monstres mutants, créant la panique et semant la destruction dans les cellules….

Commençant in media res en nous mettant dans le feu de l’action, The Callisto Protocol se rapproche plus de l’expérience du train fantôme horrifique que de l’angoisse lancinante d’un vaisseau fantôme. Jacob ne cesse d’être propulsé au cœur de l’aventure, entre les couloirs linéaires segmentant le jeu et les séquences de poursuite ou de chute à multiple QTE. Évidemment, on ne peut s’empêcher de penser à Dead Space (dont je n’ai fait que quelques chapitres du premier opus), mais au final, outre l’hommage évident au niveau du gameplay et l’ambiance similaire, les titres n’ont pas tant en commun que cela.

Bienvenue dans le couloir de la mort (et des monstres)

The Callisto Protocol est avant tout un pur jeu d’action et d’adrénaline. Jacob Lee n’est qu’un homme (pas très subtil), et il devra vite apprendre à maîtriser les armes pour survivre au milieu des monstres infestant la prison. Jeté en prison sans explication (on l’a arrêté, empêché de parler pour se défendre, et basta, c’est simple de mettre quelqu’un en prison dites donc), il se retrouve avec un indicateur électronique, à la nuque, témoignant de son numéro de prisonnier mais aussi de sa santé. Au fil du jeu, il récupère plusieurs armes : matraque électrique, divers pistolets (fusil d’assaut, Riot Gun, Skank Gun) dont il pourra user contre ses adversaires. A l’instar du protagoniste de Dead Space, il possède également une sorte de pouvoir de télékinésie, permettant de projeter les ennemis au loin après les avoir attirés à lui. Mais pas de chaussures anti-gravité, ne cherchez pas. Bref, la panoplie d’armes, agrémentés de gels de santé, ne sera pas de trop face aux nombreuses mutations errant dans la prison et sur la lune Callisto.

Des imprimantes 3D laissent régulièrement la possibilité d’améliorer les armes au cours du jeu. Un aspect bienvenu, comme la difficulté se fait croissante, et les mini-boss plus présents au fur et à mesure de l’histoire. Le joueur ou la joueuse, en parcourant les couloirs linéaires du jeu, n’aura en effet guère le choix que de se coltiner des combats acharnés et particulièrement brutaux. Il est impérativement nécessaire de maîtriser l’esquive et la projection télékinétique, ainsi que de mémoriser les patterns des ennemis, s’il ou elle veut avoir une chance de s’en sortir face aux horreurs de Black Iron. Si parfois, une possibilité d’autre chemin s’offre à Jacob, c’est pour mieux aller récupérer des données audio sur le lore du jeu, ou des éléments pour crafter les armes, moyennant quelques mauvaises rencontres en chemin. Mais il est tellement essentiel d’améliorer ses armes, qu’on ne peut qu’emprunter ces corridors secondaires avant de revenir au couloir principal.

Mourir, recommencer, beaucoup trop de fois, avec un sens du démembrement marqué © The Callisto Protocol, Striking Distance Studios, 2022

Car, disons-le clairement, The Callisto Protocol est un jeu de survival horror : chaque balle est comptée. Les combats sont brutaux et particulièrement gores, notamment dans les nombreuses scènes de morts où Jacob se fait démembrer. Et pour mourir, vous allez mourir ! La difficulté des combats est corsée, tant il est compliqué d’affronter plusieurs vagues d’ennemis, tant certains boss peuvent vous tuer en un seul coup si vous vous approchez trop près. La difficulté ne vient pas tant des monstres, qu’également du héros qui se déplace comme un tank et prend un temps réaliste pour changer d’armes et se soigner : autant dire que changer d’arme, car vous êtes à court de balles sur celle actuelle, peut vous coûter la vie.

Si certain(e)s peuvent apprécier ce genre de défi sadique dans un jeu vidéo, cela a été loin d’être mon cas, après (trop) de morts frustrantes qui m’ont fait passer en mode facile, puis un certain mini-boss (le mutant à deux têtes) sur lequel j’ai persisté beaucoup trop de temps à mon goût. Au point d’actionner toutes les aides à la visée et même le mode d’accessibilité en contraste élevé (pour les personnes daltoniennes) afin de me faciliter la tâche. Le boss final étant étrangement plus facile… Et malheureusement, ce n’était pas l’intérêt de l’intrigue qui me donnait envie de persévérer.

Bref, The Callisto Protocol ne fait dans la dentelle en proposant de l’adrénaline pure, des combats viscéraux dans le sens où ils sont particulièrement graphiques et gores. Et c’est bien là son problème : se contenter, au final, d’être brut(e).

Hors de la lune, point de salut

Des tentacules et des oeufs partout, ces mutants n’ont aucun savoir-vivre et aucune hygiène © The Callisto Protocol, Striking Distance Studios, 2022

Le scénario est convenu, rappelant de multiples films de science-fiction utilisant ses tropes : le héros coincé dans un vaisseau spatial empli de monstres, la lune recouverte de glaces, les révélations de l’origine des monstres, la vérité sur la cargaison du Charon, la rébellion incarnée par Dani Nakamura contre le système en place… Rien n’est surprenant ni particulièrement original. Le fait que tout soit convenu sert finalement de prétexte à un jeu empli d’action, où l’on fonce plutôt que de prendre le temps de décortiquer le lore (pas bien passionnant non plus, d’ailleurs), grâce à des données audio à collecter ici et là et aux cinématiques parcourant le jeu. Encore aurait-il fallu que le gameplay soit un peu plus fun et moins punitif pour y prendre vraiment plaisir.

Ce n’est pas pour son histoire qu’il faut découvrir The Callisto Protocol, ni pour ses personnages, trop peu caractérisés et établis pour être attachants ou pour que le joueur ou la joueuse s’y identifie – et ce, malgré l’excellente capture des visages des différents acteurs. Les expressions de Josh Duhamel à Karen Fukuhara sont ainsi fidèlement retranscrites, jusque dans les détails de sueur et de sang. Dommage que la synchronisation labiale médiocre et les erreurs de mixage (amenant des répliques en anglais dans la version française) gâchent l’immersion.

Non, si on vient vers The Callisto Protocol, d’après les trailers et aperçus du jeu, c’est plutôt pour son ambiance et l’envergure de son aventure spatiale. Les premières images du titre transpiraient l’hommage et l’inspiration à Dead Space, et étaient probablement un argument de vente. Force est de constater que si Black Iron est une prison spatiale aux détails soignés – jeux de lumière magnifiques, couloirs désertés empreints de bruits inquiétants – elle n’a pas pour autant le charme des décors de Dead Space. L’audio n’est pas aussi immersif ni aussi anxiogène que dans Dead Space ; si le plaisir d’exploration est là au début du jeu, il s’émousse tant tout devient répétitif. Un couloir, des monstres (lorgnant du côté d’Alien, parfois, autant que du côté The Last of Us) ; un couloir secondaire, des monstres avec jumpscare après avoir récupéré de quoi crafter des armes ; quelques plans-séquences à QTE mêlant adresse et sensations fortes, à la manière de certaines séquences d’Uncharted. Et bis repetita. Après tout, l’enfer, c’est la répétition.

Et puis on voit les clins d’oeil à Dead Space, entre le « Restez silencieux, tirez sur les tentacules » qui remplacent les « Coupez les membres » écrits en sang sur les murs, l’indicateur de santé ou de pouvoir de télékinésie du personnage, le côté tank. Le jeu cite trop (tout en l’assumant) Dead Space pour son propre bien, sans vraiment jouer dans la même cour.

On ne peut nier un immense travail sur les effets de lumière, sur l’exiguïté de certains couloirs ou sur le côté organique dégueulasse à souhait des mutants, ni nier la qualité de certains bruits d’ambiance où on entend les ennemis se déplacer en parallèle de votre couloir. Mais parfois, on les aperçoit du coin de l’oeil ou passer au loin, comme un classique cliché de l’horreur vu et revu. La bande-son peine à nous immerger et à faire planer un sentiment d’angoisse durant notre partie, se contentant de donner l’impression de montagnes russes de l’espace, sans véritable saveur ni effroi. Pourtant, le jeu utilise avec intelligence les manettes haptiques de la Playstation 5, s’en servant pour nous faire ressentir les coups lors des combats, ou les vibrations des ventilateurs géants dans les couloirs de la prison.

Un rare moment de contemplation au milieu d’une course effrénée © The Callisto Protocol, Striking Distance Studios, 2022

Les seuls moments où le jeu parvient à susciter un sentiment, c’est en découvrant l’immensité froide et enneigée de Callisto, lorsque le jeu nous autorise à sortir de la prison. Là, on a un sentiment de solitude glaçant, d’admiration aussi devant cette grandeur neigeuse désolée. Enfin, on se sent minuscule et impuissant dans l’espace, où personne ne vous entend, personne ne viendra à notre secours. Le seul autre moment témoignant d’une idée inventive et moins répétitive, est lors de la plongée de Jacob dans les souvenirs de Dani, vers la fin du jeu. Le passage sème pendant un instant le trouble en nous projetant dans un tout autre décor, au look et aux couleurs cyberpunk séduisants. Hélas, ce passage, tranchant avec la répétitivité des couloirs spatiaux, est bien trop court. Le jeu a des qualités, et un grand travail a été fourni par le studio, à n’en pas douter au vu de la qualité graphique ou de certaines ambiances, pour un premier titre. Mais cela ne suffit pas à contre-balancer ses défauts.

Conclusion

Que retenir de The Callisto Protocol ? Si vous aimez les défis corsés, les combats difficiles et gores, certains films de science-fiction où l’histoire sommaire ne sert que de prétexte à l’action, sans doute que le jeu vous plaira. A condition que la rigidité du gameplay ne vous donne pas envie d’envoyer le jeu valser. Mais si vous recherchez un héritier dans l’âme de Dead Space, ou un jeu de survival horror dans l’espace empreint d’une vraie angoisse, alors il vaudra mieux attendre le remake ou se tourner vers un Alien : Isolation.

  • The Callisto Protocol est disponible depuis le 2 décembre 2022 sur PC, Xbox Series et Playtation 4 et 5.
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