Plus d’un an après la sortie de Tomie dont je faisais la critique sur Pod’culture, voilà l’opportunité de découvrir L’amour et la mort de JunjiI Ito. Les éditions Mangetsu continuent à publier l’œuvre de cet auteur dont l’horreur et plus spécialement le body horror sont la marque de fabrique. Et si j’avais apprécié Tomie sans pour autant être totalement enthousiasmée, avec L’amour et la mort, Junji Ito part cette fois sur des thématiques et des intrigues qui me plaisent beaucoup plus.

Cette critique a été rédigée après l’envoi d’un exemplaire presse par les éditions Mangetsu.

Cette fois, c’est sous forme de récits indépendants que se présente le manga, loin de l’anthologie d’histoires courtes avec Tomie et ses quelques personnages en fil conducteur. Quatre histoires, liées par le fantastique, les légendes urbaines, la douleur ou l’absurde. Et bien sûr, la mort et l’amour.

L’amour & la mort

© L’amour et la mort, Junji Ito, éditions Mangetsu, 2023

Débute bien entendu la plus longue histoire, sous forme de quatre chapitres et un épilogue, qui donne son titre au recueil. Ryûsuke, jeune lycéen, revient dans la ville de son enfance : Nazumi, perpétuellement plongée dans la brume. Le quotidien y serait terriblement banal, si depuis quelques temps ne se répandait pas la folie de l’oracle. Il s’agit d’une superstition qui consiste à se tenir caché au carrefour d’une rue et à demander à un passant de prédire son avenir – généralement amoureux.

Mais la superstition se transforme en légende urbaine terrifiante. De plus en plus de jeunes filles se faisant prédire l’avenir, commencent à apercevoir à ces carrefours un « beau jeune homme à la croisée des chemins », pâle et fantomatique, qui leur prédit fatalement des mauvais présages. De désespoir, celles qui ont le malheur de le croiser se tranchent la gorge et deviennent des fantômes errant dans le brouillard de Nazumi.

L’intrigue de L’amour et la mort mêle la superstition à un monde moderne. Une modernité où la rationalité n’est pourtant pas suffisante pour faire se rendre compte du danger de l’oracle et surtout, du « beau jeune homme », pour les innombrables lycéennes et autres personnes qui se retrouveront prises au piège. Les interrogations sur un amour futur deviennent funestes, transforment cette quête d’être désiré(e) en une obsession morbide. Être aimé(e), être adoré(e), voilà ce que réclament les victimes des prédictions du « beau jeune homme à la croisée du chemin ». Un souhait qui les mène à la mort et à l’autodestruction, dans une spirale infernale. Elles deviennent une masse grouillante et décharnée de fantômes réclamant l’amour. Parfois, c’est cette recherche constante de l’oracle qui mène à la mort, comme si la prédiction permettait de ne plus avoir à prendre ses propres décisions, à l’instar de la jeune femme du chapitre 2 de l’intrigue. Le désir de mort des personnages, prenant le pas sur le désir d’amour, se teinte de manipulation déterminée par les présages, finissant en autodestruction.

Comme une certaine ville de Silent Hill, Nazumi devient le théâtre des névroses et des amours tourmentées. Le héros, Ryûsuke, y voit ainsi le fantôme d’une erreur de son passé, d’un secret à expier. Une malédiction qui le pousse à essayer de combattre les funestes présages de l’être fantomatique et désespérément beau qui hante les rues. Ryûsuke devient alors une sorte de double de l’antagoniste de l’intrigue, cette fois bénéfique, offrant des conseils heureux aux passants venus se faire prédire l’avenir. Mais peut-être que son ennemi, étrangement similaire à lui, est depuis le début son Doppelgänger, en un affrontement entre lumière et ténèbres, entre mort et vie. Junji Ito insuffle une double interprétation à son récit au gré de multiples indices, lui permettant de gagner une nuance supplémentaire entre malédiction due aux erreurs du héros et volonté de rédemption.

L’amour et la mort propose ainsi aussi bien un récit sur la culpabilité, que sur la folie de l’amour qui peut mener à l’autodestruction, tout en revêtant le manteau de la légende urbaine. Un contraste entre fantastique et réel qui renforce le côté tragique et humain de cette histoire, et en rend les images délicieusement glaçantes. Car l’horreur, elle est bien dans le dessin de ces vies tranchées en pure perte, dans ces fantômes décharnés qui se décomposent, en quête d’une réponse ou d’un désir qui ne sera jamais assouvi.

L’étrange fratrie Hikizuri

© L’étrange fratrie Hikizuri, Junji Ito, éditions Mangetsu, 2023

Deuxième récit du recueil, il est sans doute celui qui m’a le moins intéressée, peut-être qu’il frôle le plus l’absurde et détonne après le charme effrayant de L’amour et la mort. Voyez la fratrie Hikizuri comme une sorte de famille Addams à la japonaise : vous obtiendrez une histoire grotesque et affreuse, doté d’un humour répugnant.

Aucun membre ou presque de la fratrie Hikizuri n’est à sauver, tant tous et toutes se révèlent plus affreux les uns que les autres par cruauté et plaisir d’une manipulation gratuite. Que ce soit en séduisant un lycéen, en faisant semblant d’invoquer des fantômes de la famille, ces frères et sœurs tourment et persécutent sans âme, de façon déjantée par moments, mais surtout avec un profond sens du vice. Il est bien difficile d’éprouver un quelconque attachement pour eux dans cette histoire absurde et grotesque.

La maison des douleurs fantômes

Autre récit glaçant dans la lignée du premier de ce recueil, La maison des douleurs fantômes s’attarde sur l’étrange demeure où vivent deux parents et leur fils. Ce dernier souffre de douleurs poignantes, qui, peu à peu, se sont étendues à différents endroits de la maison, immatérielles. Les parents engagent alors plusieurs hommes, dont le narrateur, pour soigner ces douleurs d’un couloir et d’une pièce à l’autre. Une histoire complètement fantastique par excellence et au concept original.

Évidemment, cela devientvite en cauchemar quand l’histoire se transforme en huis-clos et que chacun dans la demeure commence à négliger ses propres blessures, par rapport au mal ambiant subi par le fils du maître de maison. Un enfermement qui ne peut que mal tourner, faisant de l’histoire une métaphore de la présence de la douleur fantôme de chacun. comme une hypersensibilité à la souffrance des autres, qui prendrait soudainement vie… Une histoire là encore glaçante et qui donne le vertige à la lecture.

Les côtes

Encore dans la lignée de l’histoire précédente, Les côtes part d’une interrogation : jusqu’à quel point aller pour s’assurer la beauté, à ses yeux et aux yeux des autres ? Ici, l’héroïne, Yuki, est tellement obsédée par son tour de taille et par le fait de devenir la miss d’un concours de beauté, qu’elle est prête à se faire enlever une côte pour obtenir une silhouette parfaite. Mais cette action n’est pas sans conséquence, et la miss avant elle aurait pu lui dire… Alors, l’opération chirurgicale devient le jeu d’un spectre malsain, mais dont je ne dirais pas plus pour garder l’horreur de la chute.

Là encore, l’aspect effrayant avec la présence du fantôme est en contraste avec la modernité du récit, le rendant encore plus saisissant. La critique de la quête obsessionnelle de la beauté se mêle de surnaturel et d’horreur à corps littéralement ouvert, comme sait si bien le faire Junji Ito.

Conclusion

Que ce soit par la quête de la beauté (Les côtes), de l’amour (L’amour et la mort) ou d’un désir de guérison (La maison des douleurs fantômes), Junji Ito possède un véritable talent pour mettre en exergue un désir qui contamine et envahit ses personnages, au point de les mener à l’obsession et l’autodestruction. Il s’en sert évidemment pour dénoncer certains travers de société, mais surtout pour en faire des histoires glaçantes, où la légende urbaine et les spectres continuent à effrayer, y compris dans une société rationnelle. Ses intrigues laissent une large place au body horror, à la décomposition et aux effets gore. Mais dans la noirceur de ses récits il y a aussi parfois un humour absurde (L’étrange fratrie Hikizuri) ou encore une certaine lueur d’espoir, comme dans le récit homonyme du recueil. A l’instar d’un excellent recueil de nouvelles glaçantes, les récits de L’amour et la mort laissent une impression durable, bien après la lecture !

  • L’amour & la Mort est disponible en librairie depuis le 1er février aux éditions Mangetsu.
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Deep 3 était, avec ses deux premiers tomes sortis en fin d’année dernière, une des plus belles surprises du côté des mangas de sport. La finesse de l’écriture de Mitsuhiro Mizuno, la beauté des dessins de Ryosuke Tobimatsu et l’originalité de son univers lui permettaient de se distinguer très clairement d’autres piliers du genre. Les attentes sont donc très élevées au moment de lire la suite, une fois la surprise passée, à un moment où Deep 3 doit prouver qu’il peut assumer ses ambitions.

Cette critique a été écrite suite à l’envoi d’un exemplaire du tome 3 par l’éditeur.

Rêves déchus

DEEP 3 © 2021 Mitsuhiro MIZUNO, Ryosuke TOBIMATSU/ SHOGAKUKAN

Dans les deux premiers tomes, Deep 3 tirait son épingle du jeu pour tout le contexte propre au basket qu’il racontait, loin d’autres mangas du genre. D’abord parce qu’il s’intéresse au basket américain plutôt que japonais, mais aussi parce que son héros, Damian, est moitié afro-américain, moitié japonais. Cela le mettait dans une situation malheureusement attendue, entre l’attente qu’il suscite et le racisme qu’il subissait. Et maintenant qu’il est arrivé et bien installé aux Etats-Unis dans ces tomes 3 et 4, il est confronté à une nouvelle réalité qui ne lui fait pas plus de cadeaux. Le manga s’intéresse en effet à la violence du basket universitaire, un passage obligé et décisif pour la plupart des futurs joueurs de NBA, où de nombreux jeunes sont déterminés à paraître comme étant les meilleurs (en soignant leurs statistiques personnelles), car c’est leur seule chance de se faire remarquer par une équipe de NBA. Une fois remarqués, et en signant un contrat, c’est leur avenir qui change du tout au tout.

Ces deux tomes s’intéressent donc à cette hyper-concurrence, où Damian se retrouve en bas de l’échelle et malgré son talent, le management rechigne à le propulser dans le cinq majeur (les cinq titulaires qui commencent les matchs) pour une raison extra-sportive : le racisme ambiant. Son coach lui dit clairement qu’il ne peut pas justifier vis-à-vis des autres jeunes joueurs de faire débuter un match l’asiatique qui sort de nulle part, et passerait devant tout le monde alors qu’il n’est pas entièrement américain. Et cela renforce un peu plus le discours de l’auteur, déjà initié dans les deux premiers tomes, sur l’entourage qui a un impact conséquent sur les carrières naissantes de ces gamins. Déjà victime de racisme quand il était au Japon car « pas assez » japonais, Damian en souffre à nouveau aux Etats-Unis car « trop » japonais. Mais Deep 3 n’est pas que ça. C’est aussi un récit passionnant sur la détermination d’un jeune à se faire une place au sein d’un sport qui le fait rêver depuis qu’il est gosse, avec de vrais bons moments d’opposition et de rivalités qui se forment. Également, le dessin est d’une beauté saisissante, capable de montrer le mouvement avec précision, insistant sur l’aspect finalement très artistique, voire acrobatique, du basket américain, où le « style » et l’attitude font partie intégrante de la personnalité de chaque joueur sur le parquet.

Au bout du monde

DEEP 3 © 2021 Mitsuhiro MIZUNO, Ryosuke TOBIMATSU/ SHOGAKUKAN

Deep 3 joue également sur un registre intéressant, qui emprunte à ce que d’autres mangas ont pu faire par le passé avec la détermination comme moteur d’un personnage qui a tout à prouver, mais aussi des choses novatrices avec le rapport du personnage à ses origines afro-américaines, son immersion dans un pays et un milieu qu’il fantasme mais qui le considère encore comme un étranger. C’est aussi un récit qui aborde le basket comme émancipateur social, un échappatoire pour des gosses de quartiers pauvres, comme c’est raconté au travers du personnage de Delonte dans un chapitre consacré à ses origines, son quartier et les difficultés auxquelles il fait face. Il faut bien comprendre que le basket, aux États-Unis, est intimement lié aux questions sociales, à l’engagement communautaire et représente pour beaucoup de gamins un des rares moyens pour se faire une place dans la société. Et Mitsuhiro Mizuno maîtrise plutôt bien cet élément en s’inspirant de la réalité, comme il le dit en clamant son amour et son lien avec le basket dans quelques pages à la fin de chaque tome, et en l’intégrant au quotidien de ses protagonistes.

Toujours aussi bon, Deep 3 a parfaitement saisi le contexte social du basket américain sans pour autant mettre de côté ce que l’on recherche habituellement dans un manga de sport (la détermination, les obstacles, les confrontations, les rivalités). C’est un manga écrit par un passionné qui s’intéresse autant au sport de haut niveau qu’aux sacrifices que celui-ci exige. Mais aussi à ce qu’il se passe autour, aux familles et proches qui gravitent autour des athlètes, à leurs conditions sociales et à leur impact au sein de leurs communautés. Le personnage de Delonte, qui raconte qu’il avait le choix entre le basket et les gangs, est peut-être un peu caricatural dans son écriture, mais il incarne une certaine réalité d’aujourd’hui aux États-Unis.

  • Les tomes 3 et 4 de Deep 3 sont disponibles en librairie aux éditions Mangetsu.
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C’est actuellement une période prolifique pour le cinéma, dont nous avons pu profiter, notamment grâce au Printemps du Cinéma. C’est l’occasion de vous conseiller (ou pas) quelques films, fraîchement sortis.

The Fabelmans

Gabriel LaBelle dans The Fabelmans © S. Spielberg, 2023

On commence avec The Fabelmans, réalisé par Steven Spielberg, et sorti le 22 février 2023. C’est aussi le lauréat du Golden Globe du Meilleur film dramatique. L’histoire, se situant après la Seconde Guerre Mondiale, suit le quotidien de Sammy Fabelman (Gabriel LaBelle), dont la passion est de réaliser des films amateurs, depuis sa plus tendre enfance. Sa vie bascule le jour où il exécute le montage d’un petit film familial. En effet, à travers d’infimes détails, il découvre que sa mère entretient une liaison avec le meilleur ami de son père. Ce n’est un secret pour personne : The Fabelmans s’inspire très largement de l’enfance et de la jeunesse de Steven Spielberg. Alors qu’on aurait pu s’attendre à ce que le long-métrage parle frontalement de cinéma et s’attarde sur les premiers succès du réalisateur, il n’en est rien. The Fabelmans se focalise sur ses premiers films amateurs et sur son histoire familiale, ce qui peut se révéler aussi frustrant que longuet. Pourtant, quand on sait que l’histoire de Spielberg est à peine revisitée, et combien le metteur en scène était ému sur le tournage, on ne peut que saluer la sincérité et le courage de la démarche. Le metteur en scène capture un quotidien intime et parfois difficile. On sent combien le film est cathartique et de quelle façon l’histoire personnelle de Spielberg a influencé sa vision de l’art. La fuite vers l’imaginaire, afin de sauver une enfance ou une innocence en péril, est après tout une thématique essentielle dans son œuvre. Il a dû être particulièrement délicat pour lui de dresser un portrait sincère et non manichéen des personnages qui représentent ses parents (incarnés par Michelle Williams et Paul Dano) ou celui qu’il a considéré comme un oncle pendant plusieurs années (Seth Rogen). Il en résulte des scènes très touchantes. The Fabelmans est un film sincère, mais beaucoup trop intime pour s’avérer incontournable.

The Son

Hugh Jackman et Zen McGrath dans The Son © F. Zeller, 2023

The Son est un film réalisé par Florian Zeller et sorti le 01 mars. Peter (Hugh Jackman) est un homme d’affaires accompli qui vit avec sa nouvelle compagne Beth (Vanessa Kirby) et leur bébé. Un jour, son ex-femme Kate (Laura Dern) lui apprend que leur fils Nicholas (Zen McGrath) ne va pas au lycée depuis un mois. Peter va accueillir Nicholas sous son toit pendant quelques temps, avant de se rendre compte qu’il souffre d’une dépression sévère. Que dire ? Pour beaucoup, la dépression est encore une maladie imaginaire, apparentée au coup de blues. The Son rappelle qu’il s’agit bel et bien d’une maladie mentale, qui peut engendrer des séquelles physiques et de réels troubles du comportement. C’est avec justesse et délicatesse que le long-métrage montre l’évolution de Nicholas, mais aussi les réactions de son entourage qui, même en voulant l’aider, peut parfois se montrer rude ou incompréhensif. Il est perceptible que la dépression de Nicholas affecte toute la famille, tout en évitant l’écueil de la culpabilisation du malade. Cela se traduit par des silences, des regards et un acting impeccable de la part des différents comédiens et comédiennes. Comme on s’en doute, The Son est un film à la fois mélancolique et émouvant. Malheureusement, comme beaucoup d’œuvres du genre, certains dialogues manquent de naturel et se veulent trop pédagogues. Par-dessus tout, la mise en scène est des plus classiques et le script extrêmement présumable. On retiendra The Son pour ses bonnes intentions et la qualité du jeu de son casting, mais aussi pour sa référence à The Father, un précédent long-métrage de Florian Zeller.

Scream VI

Le tueur ! dans Scream VI © T. Gillett et M. Bettinelli-Olpin, 2023

Scream VI, réalisé par Tyler Gillett et Matt Bettinelli-Olpin, est sorti le 8 mars. En dépit du retour d’anciens personnages de la saga, il s’agit de la suite directe de l’opus précédent, dans lequel les sœurs Carpenter (Melissa Barrera et Jenna Ortega) échappaient à une énième manifestation de Ghostface. A mon sens, le premier film de la franchise, réalisé par Wes Craven, est certes un slasher plus fun que terrifiant ; mais il n’a pas marqué l’histoire du cinéma pour rien, tant il décrypte avec justesse les codes du genre horrifique. L’aspect méta y est particulièrement savoureux. Malheureusement, la saga n’est plus que l’ombre d’elle-même. Le scénario a autant de finesse qu’une tartine sur laquelle on aurait étalé du beurre de cacahuète et de la gelée. Un dessert purement américain, auquel on va goûter, en sachant pertinemment que ce n’est pas bien. Ce n’est pas parce qu’un personnage secondaire donne des leçons primaires de cinéma, en soupçonnant tout le monde, que c’est un film méta. Quant à l’intrigue principale, elle est écrite avec la même finesse et la même vraisemblance. On ne retiendra de Scream VI que des scènes d’action inventives et probablement plus gores que celles des films précédents.

The Whale

Brendan Fraser dans The Whale © D. Aronofsky, 2023

Inspiré de la pièce de théâtre éponyme, The Whale est un film réalisé par Darren Aronofsky et sorti le 8 mars. Vous en avez probablement entendu parler puisqu’il s’agit du grand retour de Brendan Fraser, sur le devant de la scène. Celui-ci a d’ailleurs remporté l’Oscar du Meilleur acteur pour sa performance. The Whale est tout simplement un huis-clos relatant la dernière semaine d’un homme dépressif, suite à la perte de son compagnon. Par ailleurs, Charlie pèse 272 kilos, ce qui l’incite à rester cloîtré dans son appartement. Un film d’autant plus suffoquant, qu’il est tourné en 4:3, pour montrer combien le protagoniste est prisonnier à la fois de son corps et de sa dépression. Heureusement, il s’évade à travers son travail, qui consiste à donner des cours en ligne et à corriger des rédactions. Il nourrit aussi l’espoir secret de renouer avec sa fille Ellie (Sadie Sink), perdue de vue depuis des années. Plusieurs personnages secondaires sont assez insupportables avec lui, ou de manière générale, à commencer par Ellie, qui – sous couvert de crise d’adolescence et de rancœur – le met plus bas que terre ; ou Thomas (Ty Simpkins) qui s’incruste chez lui pour prêcher la bonne parole et « sauver son âme ». The Whale est un film émouvant, où on ne peut que saluer la justesse de la prestation de Brendan Fraser. Au reste, il est difficile d’en percevoir les intentions et certaines scènes peuvent sans doute heurter la sensibilité des personnes ayant déjà souffert de dépression ou de troubles alimentaires.

Crazy Bear

L’ours ! dans Crazy Bear © E. Banks, 2023

On termine dans l’humour, avec Crazy Bear, un film réalisé par Elizabeth Banks, et sorti le 15 mars dernier. Inspiré d’un fait divers, le film conte tout simplement les pérégrinations d’un ours dans un bois de Géorgie. Seul hic, l’ours en question a consommé de la cocaïne. Il va entrer dans une rage meurtrière, à laquelle devront échapper les habitants locaux, les touristes, ainsi que les malfrats liés à la perte de la cargaison de drogue. On retrouve d’ailleurs un casting plutôt sympa, à commencer par Keri Russell ou Ray Liotta, donc il s’agit malheureusement du dernier film tourné. Comme ses effets numériques en témoignent, Crazy Bear est ni plus ni moins un nanar assumé. Si je m’attendais à un scénario un peu plus déjanté, force est de constater que plusieurs scènes marquent, tant par leur absurdité que par leur côté gore. Crazy Bear est une comédie noire aussi peu avare en cocaïne qu’en démonstration d’hémoglobine ou d’entrailles. Il n’est pas mémorable et n’est même pas le meilleur film du genre. Au reste, il s’agit d’un plaisir coupable que l’on peut consommer, contrairement à la cocaïne, sans modération.

Jusqu’à présent, l’année 2023 propose des films hétéroclites et plutôt intéressants. Sans être une œuvre incontournable de Steven Spielberg, The Fabelmans est un film sincère qui touchera forcément les fans du cinéaste, ou les passionné(e)s de cinéma en général. The Son et The Whale ont finalement beaucoup de points communs. Les deux long-métrages sont tirés d’une pièce de théâtre et présentent chacun une vision de la dépression. Ils évoquent aussi la relation d’un père qui tente de renouer avec son enfant adolescent. Des films émouvants, certes, mais parfois maladroits, et surtout extrêmement suffocants. J’ai presque envie de mettre Scream VI et Crazy Bear dans la même catégorie. Tous deux sont gores, mais plus comiques que terrifiants. Malheureusement, s’il s’agit d’une volonté de Crazy Bear, Scream VI n’a pas fait exprès. C’est sur ces bonnes paroles que se terminent mes conseils en l’honneur du Printemps du Cinéma. Un bon visionnage à toutes et à tous !

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Les débuts de Golden Guy étaient plutôt convaincants. On y découvrait un manga de gangsters aux bonnes références, avec une galerie de personnages plutôt intrigante et un fil conducteur autour d’un trésor caché qui donnait très clairement envie d’en savoir plus. Mais alors, est-ce que Jun Watanabe continue sur la même voie avec ces deux nouveaux tomes ?

Cette critique a été écrite suite à l’envoi d’un exemplaire du tome 3 par l’éditeur.

Une traque sans lendemain

© Jun Watanabe (NIHONBUNGEISHA)

Une chose est sûre, c’est que Jun Watanabe a des idées. Il ne faut pas attendre bien longtemps pour déjà trouver un grand moment pour Golden Guy, puisque dès le tome 3 on assiste à une vraie maîtrise sur sa narration qui fait considérablement progresser la qualité du manga. Si les deux premiers tomes étaient tout à fait sympathiques, ils n’avaient pas encore ce petit plus qui distingue les lectures tout juste agréables et les vrais bons moments. Dans ce tome, l’auteur raconte la folie tueuse d’un yakuza qui, prêt à tout perdre, se met en route pour tuer un à un chaque chef de clan afin de pouvoir débusquer le parrain de l’organisation. Une quête sanguinaire qui l’amène à des exécutions sommaires, jusqu’à un grand final au milieu de la foule qui s’avère particulièrement réussi. Entre la tension ambiante du tome qui se lit à toute vitesse pour vite découvrir la suite et le dénouement, mais aussi grâce à sa narration très intense, sans concession, avec une mise en scène qui comprend tout l’intérêt d’une telle traque, l’auteur fait entrer son récit dans l’urgence avec beaucoup de talent. Et ce après deux premiers tomes qui ont pu, de manière plus posée, expliquer les enjeux et les ambitions des différents personnages.

Mais malheureusement, l’intrigue se perd un peu plus dans le tome 4. Avec quelque chose de plus étriqué, moins ambitieux, plus terre à terre mais aussi moins captivant. Le manga tente de jouer une partition plus émotive sans se laisser le temps de raconter ses personnages, cherchant à choquer et à émouvoir avec la disparition de certains personnages secondaires qu’on n’a pas eu le temps de connaître, de comprendre et d’apprécier pour ressentir quoique ce soit face à leur mort. C’est un peu comme si Jun Watanabe avait abordé trop vite et trop tôt un arc de vengeance pour le héros sans donner aux lecteur·ices les clés nécessaires à la compréhension de ses choix. Comme s’il abordait son récit et sa narration sous un angle purement technique en oubliant que Golden Guy, comme tout récit dramatique, a besoin de créer un lien entre nous et ses personnages et leur destin pour que l’on ai la moindre réaction face à leurs échecs et leur perte. Cela n’en fait pas une mauvaise lecture pour autant, mais

Yakuza ramolli

© Jun Watanabe (NIHONBUNGEISHA)

Ce quatrième tome interroge sur les ambitions narratives de Jun Watanabe, qui s’approche de la conclusion de son premier arc (qui devrait prendre fin au tome 5) mais qui, pourtant, peine à trouver son rythme malgré le coup d’éclat du troisième tome. On ne va pas enterrer Golden Guy dès maintenant, parce que malgré tout, ça reste une lecture assez agréable pour peu qu’on le prenne pour ce qu’il est, quelque chose d’assez léger et sans prétention. Néanmoins, si le manga doit durer dans le temps, il faudra qu’il trouve le point de rupture pour le faire entrer dans quelque chose de plus ambitieux, plus précis aussi dans ses intentions. Chose qu’il tente quand même mine de rien avec le quatrième tome qui insiste sur l’urgence de la situation, la vengeance du héros et le côté « désespéré » de la situation. Mais il ne parvient pas encore à capter l’humanité sous-jacente de telles situations, rendant l’urgence et l’inquiétude assez secondaire, m’empêchant de me sentir véritablement concerné par ce que le manga me raconte. Et c’est pas faute d’avoir eu un avis tout à fait positif dès le début du manga.

C’est toujours un peu compliqué d’écrire la critique d’un manga comme Golden Guy. D’un côté, la lecture n’a pas été désagréable, bien au contraire, néanmoins quand on en lit beaucoup et qu’on commence à être habitué aux codes du genre auquel le récit appartient (celui des mangas de gangster) on finit par espérer un peu mieux qu’une lecture « pas désagréable ». Les deux premiers tomes de Golden Guy laissaient espérer quelque chose d’assez solide, et le tome 3 est même superbement réalisé. Mais quand on regarde l’ensemble de ces quatre premiers tomes, on s’aperçoit assez aisément qu’il manque un supplément d’âme, un petit quelque chose en plus qui puisse pleinement nous emmener avec lui émotionnellement, et ce pour enfin pouvoir offrir de grands moments. Alors je vais évidemment persévérer en espérant que la suite trouve enfin sa voie, mais Jun Watanabe a encore beaucoup à faire pour permettre à son manga d’entrer dans la cour des grands.

  • Les tomes 3 et 4 de Golden Guy sont disponibles aux éditions Mangetsu.
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Fort d’un début d’année plutôt satisfaisant, la collection Infinite est sur de bons rails et continue de proposer mois après mois des choses assez intéressantes. Pas toujours parfaite, l’ère actuelle des comics DC a le mérite de tenter des choses, et a même accouché d’une excellente série qu’on retrouve à nouveau ce mois-ci : Nightwing Infinite. Après deux excellents premiers tomes, l’arc de Tom Taylor continue son bout de chemin, tandis que ce mois de mars est aussi marqué par la sortie de Flashpoint Beyond, où Geoff Johns reprend un personnage qu’il n’avait plus écrit depuis 2011.

Cette critique a été écrite suite à l’envoi d’exemplaires par l’éditeur.

Nightwing Infinite – Tome 3, confusion des identités

© 2023 DC Comics / Urban Comics

Les élites corrompues de Blüdhaven, ville historique de Nightwing, mettent des bâtons dans les roues de Dick Grayson/Nightwing et de son refuge pour des enfants désœuvrés. Une attaque a été commise et on réalise vite, sans surprise, que la police en est responsable. À la solde de Blockbuster, le mafieux qui contrôle la ville, des agents de police mettent en effet en scène une attaque pour attirer l’attention sur les gamins défavorisés et abandonnés de la ville recueillis par Dick, afin que la population pense que leur présence attire la délinquance. Dans la pleine continuité des deux précédents tomes, cette suite amène son héros à jouer sur plusieurs tableaux, d’abord celui où il se met dans la peau de Dick Grayson, mécène qui cherche à régler quelques problèmes de sa ville au moyen de la fortune dont il a hérité, et puis dans la peau de Nightwing, collaborant avec la nouvelle maire de Blüdhaven pour la défaire de l’influence Blockbuster et de ses malfrats. Surtout, en toile de fond se joue une autre question, celle du Sans-cœur, étonnant vilain qui a fait son apparition dans le premier tome, qui tire son surnom d’une arme qu’il utilise et lui permet de voler (littéralement) le coeur de ses victimes. On en apprend enfin un peu plus sur son identité, alors qu’il met au défi Blockbuster en lui annonçant qu’il allait lui prendre sa ville. Pris entre deux feux, Nightwing doit se dépêtrer de tout ça avec l’aide de ses ami·e·s, à commencer par Barbara Gordon/Oracle, avec qui il partage une relation amoureuse qui leur permet enfin de s’épanouir. Les deux forment d’ailleurs un couple attachant, alors que leur relation trouve enfin une certaine paix.

Et sans surprise, ce troisième tome continue de régaler pour sa mise en scène. Entre son action très inspirée par le cinéma hollywoodien et sa faculté à s’amuser des codes de la BD, jouant sur le découpage et les limites de ce que peuvent raconter les images (grâce aux gestes à l’impression de mouvement plutôt que par les textes et les onomatopées), Nightwing Infinite est un plaisir aussi bien narratif que visuel. Le duo formé par Tom Taylor et Bruno Redondo fonctionne parfaitement, en effectuant un énorme travail pour apporter une telle fluidité aux planches que l’on a toujours l’impression que c’est trop court. Avec son rythme effréné mais surtout, la beauté des dessins de Redondo, ce troisième tome montre que Nightwing Infinite reste l’une des meilleures séries de l’ère Infinite, et peut-être même la meilleure. D’abord pour sa maîtrise de la narration (aussi bien écrite que visuelle), mais aussi parce que son histoire s’émancipe des grandes considérations de l’univers DC pour raconter quelque chose de plus terre à terre, plus ancré dans le quartier et la ville de Dick Grayson, plus proche du quotidien. Certain·es pourraient y voir un récit qui manque d’ambitions dans la grande continuité DC, mais j’y vois plutôt une vraie volonté de rappeler que les super-héros et héroïnes DC peuvent aussi exister au travers du quotidien, et pas seulement dans les grandes considérations de l’omnivers.

Flashpoint Beyond, le retour d’une réalité interdite

© 2023 DC Comics / Urban Comics

Geoff Johns reprend le personnage de Thomas Wayne de son Flashpoint de 2011, dont la survie et l’existence a été suggérée dans DC Infinite Frontier – Justice Incarnée. On retrouve donc le monde alternatif de FlashpointThomas Wayne, père de Bruce, est celui qui a survécu à l’agression, où est son fils à sa place par rapport à l’histoire habituelle. Mais là où les réalités se rejoignent, c’est que Thomas a aussi fini par devenir Batman. Mais un Batman différent, moins détective, plus violent, plus impulsif, avide d’une vengeance aveugle, utilisant des armes à feu et n’hésitant pas vraiment à tuer ses ennemis. Une réalité alternative où Martha, la mère de Bruce, est devenue le Joker. Un monde qui est donc empreint d’un véritable sens tragique, où l’espoir n’est plus permis. Et Thomas a pleinement conscience des évènements de Flashpoint, il s’interroge alors sur le sens de son retour à la vie, sur le retour de cette réalité alternative dont il est le fruit : pourquoi celle-ci existe à nouveau, qui en est responsable ? Ce Flashpoint Beyond se lance donc dans un grand récit d’enquête où Thomas Wayne cherche à trouver le ou la responsable, sur fond de réflexions un peu déprimantes pour un Batman alternatif qui a conscience de n’être qu’une erreur de l’histoire, une erreur commise à l’origine par Barry Allen/Flash qui revenait dans le passé pour sauver sa mère, déclenchant l’apparition d’une réalité alternative de laquelle émergeait Thomas Wayne (évènements du Flashpoint de 2011). Alors il s’imagine évidemment que Barry Allen est à nouveau responsable, mais les choses apparaissent plus compliquées.

Compliqué comme le récit : bien que l’idée de retrouver cette version de Batman est intéressante, Geoff Johns repart dans ses considérations cosmico-tragiques qui font perdre au récit en intelligibilité. Compliqué de se prendre de passion pour un récit qui parle d’hypertemps et de grandes ténèbres à tout bout de champ comme si cela avait du sens pour les lecteur·ices lambda. Au lieu de ça, Flashpoint Beyond semble vouloir parler qu’une petite fraction d’un lectorat qui se passionne pour des théories farfelues autour de l’omnivers, à l’occasion de quelques scènes où, dans la continuité principale, Bruce Wayne s’interroge sur ce qui semble se passer en toile de fond. Certes on sent que le récit tente de raccrocher les wagons de l’énigmatique intrigue de DC Infinite Frontier, mais ces quelques scènes sont pénibles à suivre. Heureusement toute la partie « enquête » du récit, où Thomas Wayne agit presque contre-nature, lui qui est habitué à taper plutôt qu’à parler, se révèle assez passionnante grâce à une histoire qui convoque de nombreuses références du Flashpoint originel sans manquer de les expliquer pour les personnes qui prendraient les choses en cours de route. Il y a donc vraiment deux faces à ce Flashpoint Beyond, l’une plutôt réussie, l’autre plutôt pénible, pour un ensemble qui peine tout de même à récompenser l’attente que suscitait le retour de Geoff Johns avec ce personnage longtemps disparu.

  • Le tome 3 de Nightwing Infinite et Flashpoint Beyond sont disponibles en librairie aux éditions Urban Comics.
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Film réalisé par Ryota Nakano, méconnu dans nos contrées malgré déjà quelques films à son actif, La famille Asada sort un peu de nulle part. Initialement sorti à la fin 2020 au Japon, le film a eu un certain retentissement là-bas en racontant une histoire qui a su toucher le public en s’appropriant un drame ressenti par l’ensemble des Japonais. Mais il a fallu attendre ce mois de février 2023 pour que le film franchisse enfin nos frontières, avec une sortie cinéma où l’on a enfin pu essayer de comprendre pourquoi ce film a tant ému. Et j’ai vite compris.

Un besoin de se souvenir

© 2020 “THE ASADAS” FILM PARTNERS

La famille Asada n’a pas l’air comme ça, mais elle est spéciale. Ou plutôt, elle a été rendue spéciale par Masashi, le fils cadet qui rêvait d’être photographe. Un destin surprenant pour une famille qui a toujours vécu dans son coin et qui n’imaginait pas être un jour sous le feu des projecteurs, mais Masashi avait une autre idée : celle de profiter de l’amour qui unit ses proches pour en faire un grand album photo, un grand livre de souvenirs qui lui permettrait de réaliser ses rêves, mais aussi ceux de ses proches. Masashi Asada n’est pas que le héros d’une fiction, c’est un véritable photographe, un homme dont l’album familial est sorti il y a quelques années, une histoire étonnante et un destin inattendu que Ryota Nakano sublime dans un film biographique où il raconte son étrange quête. Celle-ci consistait en effet pour Masashi à photographier sa famille dans des situations étonnantes, d’abord pour réaliser leurs rêves : son père rêvait d’être pompier, alors lui et sa famille ont convaincus un vieil ami de leur prêter des uniformes, un camion et la caserne l’espace d’un petit instant pour immortaliser le rêve. Son frère aurait aimé faire de la course automobile, alors ils sont allés se photographier dans les stands du circuit de Suzuka. Autant de grands rêves parfois oubliés auxquels il donne vie dans une simple photo, un simple souvenir, pour appuyer un peu plus sur les liens forts qui unissent sa famille. On découvre ainsi des gens très aimants, qui trouvent un sens à leur vie ensemble au travers de la photo, se soutenant les uns et les autres dans des rêves parfois invraisemblables, comme c’est le cas pour Masashi qui veut faire de la photo une véritable carrière. Mais qu’il s’agisse de photographier sa famille en yakuzas, en gens bourrés à la sortie d’un bar ou en super-héros de sentai, il y a toujours un élément essentiel pour Masashi : rendre honneur à une famille qui le soutient envers et contre tous.

C’est, ainsi, une sorte de comédie feel good qui se dévoile devant nous, où le rêve de Masashi est vécu par procuration par sa famille qui ne cesse de croire en lui, jusqu’à l’aboutissement d’une vie : une éditrice lui propose de publier ses photos après les avoir vues en exposition, faisant rapidement du livre un énorme succès qui lui permet de remporter un prix prestigieux. L’occasion de révéler les pensées profondes de son père, notamment, dans un moment plein d’émotion lors de la remise du prix, mais aussi un nouveau point de départ pour le photographe qui se met à sillonner les routes du Japon pour offrir ses services à d’autres familles qui rêvent également d’avoir l’un de ces souvenirs impérissables, l’une de ces photos qui représentent l’amour de leur propre famille. Et puis tout disparaît. Le film prend une tournure dramatique et absolument déchirante. C’est le mois de mars 2011, le Japon est frappé par un gigantesque séisme provoquant un tsunami meurtrier, enlevant plus de 15 000 vies. Un traumatisme encore aujourd’hui pour le Japon, où Masashi se met soudainement à réfléchir sur le sens des photos, leur importance et leur nécessité face à l’horreur. Si les photos de famille traduisent l’amour qui peut unir certaines personnes, alors peut-on les laisser disparaître sous les décombres ? Le photographe décide alors, avec d’autres personnes rencontrées sur le chemin, de se mettre en quête de l’impossible : retrouver les photos perdues au milieu des maisons détruites, pour les nettoyer, les protéger et les stocker avec l’espoir qu’un jour elles puissent retrouver les familles auxquelles elles appartiennent, ou bien pour rendre hommage aux disparu·es. Toujours d’une bienveillance formidable, La famille Asada devient alors un drame, un film qui aborde avec énormément de justesse et d’espoir une situation traumatisante, un souvenir collectif et douloureux où la photographie devient une forme de thérapie pour bon nombre de personnes qui veulent aller de l’avant tout en gardant de précieux souvenirs des personnes qui n’ont pas survécu.

La beauté d’une aventure

© 2020 “THE ASADAS” FILM PARTNERS

C’est une autre manière de raconter ce désastre, au-delà de films catastrophes qui l’ont fait depuis, c’est l’humanité qui prime et le besoin de se reconnecter à des moments heureux du passé, immortalisés grâce à des photos que Ryota Nakano tente de raconter. Et il le fait avec un grand talent, avec une sensibilité qui permet à La famille Asada d’être beaucoup de choses à la fois. D’abord un film feel good, puis un drame, mais toujours avec une bienveillance et une volonté de regarder les souvenirs du passé avec le sourire, le film raconte le deuil avec une intelligence bouleversante. Et ce grâce tout particulièrement à une réalisation chaleureuse et intimiste, aux couleurs chaudes qui expriment les caractères différents des personnages, mais aussi et surtout la prestation de Kazunari Ninomiya, terriblement touchant dans le rôle de Masashi. Aussi drôle que bouleversant, d’une sensibilité exquise, l’acteur porte avec brio un rôle difficile à interpréter, où il parvient à nous faire rire et à pleurer. Il joue avec nos coeurs tout en se focalisant toujours sur l’essentiel : l’humanité du photographe qu’il incarne.

Quelle belle surprise, quel bonheur de pouvoir découvrir de telles œuvres. Comme je le disais au tout début, La Famille Asada sortait un peu de nulle part : mis à part les aficionados du cinéma japonais et les personnes qui l’avaient découvert aux Saisons Hanabi l’année dernière, le film faisait assez peu de bruit. En allant le voir par hasard, je ne m’attendais à rien de plus qu’un film familial assez doux, comme le laissait présager l’affiche. Et puis me voilà rapidement embarqué dans une aventure inoubliable, deux heures où le duo de cinéaste et d’acteur Ryota Nakano et Kazunari Ninomiya ont pris mon cœur et ont en fait ce qu’ils voulaient. Deux heures où la joie et la douceur laissent place au drame et aux larmes, mais surtout, deux heures d’un véritable bonheur, où je me suis rappelé pourquoi j’aime autant le cinéma.

  • La famille Asada de Ryota Nakano est sorti en salles le 25 janvier 2023.
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Premier manga du duo Orval (scénario) et Macchiro (dessin), présenté comme une réécriture d’Alice au pays des merveilles, Bibliomania débarque chez nous dans un écrin absolument somptueux, conçu avec amour par les éditions Mangetsu, dont on ne cesse de vanter les mérites ici. Ce mystérieux one-shot ne dispose ni de noms connus, ni d’illustres références pour s’assurer d’être vendu, et pourtant l’éditeur prend le pari d’en faire un superbe objet-livre au prix de 23 euros sonnants et trébuchants. C’est ce qui m’a en premier lieu intrigué avec Bibliomania. Cette luxueuse proposition pour un titre inconnu semblait traduire une certaine ambition : Celle de faire ressentir que nous avons affaire à une œuvre d’exception. Après ma lecture, je suis forcé de le reconnaître : Ce conte tentaculaire et protéiforme, infusé de niveaux de lecture entremêlés et parsemé de prouesses visuelles ne ressemble à aucun autre.

Cette critique a été écrite à partir d’un exemplaire envoyé par l’éditeur.

Voyage au centre de l’Envers

© by MACCHIRO / Creative Entertainment

Lorsqu’Alice se réveille dans la « chambre 431 », c’est dans une pièce entièrement blanche que nous nous trouvons. Ophis, créature entre le serpent et l’humanoïde lui apprend qu’il s’agit de sa nouvelle maison, et qu’elle n’a qu’à attendre la grande fête en satisfaisant l’ensemble de ses désirs. Mais Alice ne l’entend pas de cette oreille, et décide de remonter l’ensemble des chambres du « Manoir », jusqu’à la porte 000 qui donnerait sur le monde extérieur. Problème : Plus elle s’éloignera de la chambre 431, plus son corps sera soumis à la corruption et à la putréfaction. Ainsi débute une fable dont la construction permet à Orval et Macchiro de déplier toute une galerie de scènes et de portraits. Chacune des chambres comporte en effet un habitant ou une habitante, et l’on se rend compte très vite que tous ces personnages auront quelque chose en commun : Ils sont exclus du monde. Que leur exil soit volontaire ou non, ces figures permettent d’explorer de nombreuses variations autour de tout aussi nombreuses thématiques, mais qui aboutissent toutes à construire un pont entre la solitude, les peurs, l’ego, les souffrances, les traumatismes, et toutes les émotions qui en découlent. Un véritable voyage psychologique ou chaque séquence de quelques pages vient apporter son lot d’idées de mise en scène, renouvelant continuellement le propos et l’esthétique de l’œuvre.

Car il suffit de quelques pages pour se rendre compte que Bibliomania est un concentré de pure créativité, et se trouve être le produit d’un travail colossal de la part de ses auteurs. Chaque séquence dispose de son propre rythme, de son propre découpage, de son propre vocabulaire, de sa propre atmosphère. Nombre d’outils narratifs de la bande dessinée sont mobilisés et essorés pour en tirer le maximum, et les dessins de Macchiro, d’une densité et d’un niveau de détail par moments étourdissants, viennent appuyer une lecture déjà lourde de sens multiples. Ceci alors que le scenario comme les dessins laissent la part belle aux effusions émotionnelles et à la déformation des corps et des visages. Une véritables galerie de créatures, tantôt à forme humaine, souvent cauchemardesques, nous est présentée au fil des chambres traversées par Alice, alors que l’on découvre en parallèle le contenu des quelques jours qui précèdent son arrivée au sein du Manoir, dont la porte d’entrée se trouve être…un livre ressemblant trait pour trait à celui que nous tenons nous-mêmes en main…

Tout n’est qu’interprétation

© by MACCHIRO / Creative Entertainment

Alors que le récit progresse et que le corps d’Alice continue de se détériorer à un rythme alarmant, il semble quasiment certain qu’elle ne pourra pas arriver au bout de son projet d’évasion. Ophis entame un cycle de révélations qui font basculer le récit dans une nouvelle dimension. Une nouvelle étape que je vais m’efforcer de ne pas décrire, car dès lors chaque élément n’est plus à prendre au pied de la lettre, mais comme une bribe de sens (ou de non-sens) à interpréter. La première partie de Bibliomania est assez linéaire, et propose des thématiques claires, visibles, et donne assez d’indices pour que la lecture soit fluide. Mais lorsqu’arrive la seconde moitié de l’œuvre, c’est désormais à vous lecteur, lectrice, de faire le travail. Tout n’est plus que métaphore. Tout n’est plus que pistes nébuleuses qui, si on tend assez l’oreille, viennent en écho à d’autres qui étaient ouvertes sous nos yeux depuis le début. L’interprétation de ce qui nous est montré devient une absolue nécessité, sous peine de sortir d’un récit qui ne semble plus avoir ni queue ni tête. Plusieurs jours après avoir moi-même terminé ma lecture, je pense avoir trouvé une théorie qui me convient, mais celle-ci est intimement liée à ma vision du monde et à celle de son futur. Aussi, même si j’aime à penser qu’Orval a souhaité dépeindre certains pressentiments que je partage avec lui, il ne s’agit que de mon prisme de lecture, que je projette peut-être sur une toile blanche. Mais cela veut au moins dire que Bibliomania est un livre assez riche, assez puissant, assez évocateur et assez audacieux pour nous laisser seul.es face à lui. Alors qu’il décrit un voyage dans certains tréfonds de l’humanité, il nous invite en même temps à une certaine introspection. Les sensations que provoqueront l’épopée d’Alice sur vous dépendront de ce que vous êtes. Sa lecture révèlera peut-être de choses en vous, dont certaines que ne voulez pas voir, ou que vous ne comprendrez pas.

Car je n’ai évoqué ici que la métaphore principale, celle qui court du début à la fin du manga. Mais Bibliomania regorge de sous-intrigues, de sens cachés, de portes dérobées. A la manière d’un code qu’il faut décrypter, il ne révèlera tous ses secrets qu’à celles et ceux qui prendront le temps de le parcourir longuement et plusieurs fois. Sa dimension énigmatique est à nouveau sujette à beaucoup d’interprétation, demande de formuler des hypothèses à vérifier à partir de chaque détail contenu dans les 336 pages de ce grimoire. Le rapport au réel, à la fiction et plus particulièrement au livre et aux mots sont par exemple autant de thèmes sous-jacents qu’il m’a semblé percevoir parmi tous les autres. Mais au delà des interrogations que l’histoire laisse en suspens, préférant volontairement ne pas y répondre, il reste à Bibliomania une époustouflante direction artistique. Gothique, baroque, saisissante à bien des égards. Celle-ci, en symbiose parfaite avec le propos foisonnant son histoire laisse le sentiment d’avoir jeté un coup d’œil fugace dans une abîme insondable, peuplé de forces qui nous dépassent, desquelles nous sommes victimes, et qui auront sans doute notre peau. Une lecture profonde, puissante, dérangeante aussi. Qui m’a laissé comme orphelin de quelque chose dont je n’étais même pas conscient, seulement accompagné du sentiment qu’il s’agit effectivement d’une histoire qui ne ressemble à aucune autre, mais qui, en même temps, semble avoir été construite à notre image.

  • Bibliomania sera disponible en librairie le 29 mars aux éditions Mangetsu.
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Est-ce bien nécessaire de présenter Breaking Bad, l’une des séries les plus encensées par la critique et le public, depuis sa diffusion entre 2008 et 2013 ? Cette création de Vince Gilligan se déroule au Nouveau Mexique, où un professeur de chimie surqualifié, Walter White (Bryan Cranston), apprend qu’il souffre d’un cancer du poumon en phase terminale. L’enseignant décide alors de se plonger dans le business de la méthamphétamine, épaulé par son ancien élève : Jesse Pinkman (Aaron Paul). Parfois burlesque, la série dépeint – comme son nom l’indique – la descente aux enfers de ce professeur maladroit. Progressivement, Walter White s’efface, laissant sa place à Heisenberg, un baron de la drogue dénué de tout scrupule.

Le préquel de Breaking Bad

Le casting de Better Call Saul © AMC (2015-2022)

Passer après Breaking Bad était un pari risqué. Vince Gilligan et Peter Gould ont tout de même tenté de relever le défi en créant la série préquelle : Better Call Saul. L’avocat corrompu de Walter White, Saul Goodman, reprend du service au cours de six saisons sorties entre 2015 et août 2022. L’histoire prend place quelques années avant les événements relatés dans Breaking Bad. Le ton de la série se veut – au cours des premières saisons tout du moins – plus comique. Bien qu’il ne soit pas indispensable d’avoir vu Breaking Bad pour visionner Better Call Saul, il est plus que conseillé de l’avoir fait, et d’en avoir des souvenirs précis, afin de pouvoir savourer toutes les subtilités du spin off. Dans la mesure où il s’agit d’une série dérivée, et même préquelle, il paraît improbable de ne pas faire la comparaison. L’intrigue de Breaking Bad comporte certainement des enjeux plus intenses, alors que Better Call Saul reste à une échelle plus humaine et intime. L’autre inquiétude que l’on peut nourrir vis-à-vis d’un préquel, c’est son absence supposée de suspense, notamment vis-à-vis du sort des protagonistes. Better Call Saul se soustrait à ce problème de deux façons : d’une part, en intégrant des personnages inédits extrêmement charismatiques ou attachants ; de l’autre, en proposant une sous-intrigue parallèle, se déroulant après le dénouement de Breaking Bad. En deux mots, Better Call Saul permet de faire le tour du personnage de Saul Goodman, de sa genèse à sa fin.

Le « Saint-Patron des médiocres »

Bob Odenkirk incarne Jimmy McGill © Better Call Saul, AMC (2015-2022)

Suivre Saul Goodman de sa genèse à sa fin ferait presque passer Better Call Saul pour une série de justicier masqué. C’était, d’une certaine façon, aussi le cas dans Breaking Bad. Walter White s’effaçait peu à peu sous les traits et la personnalité d’Heisenberg. Tout l’enjeu de la série consistait à montrer comment un homme lambda, poussé dans ses derniers retranchements, se muait en monstre, ou devrais-je dire en vilain. Pour poursuivre l’analogie, Better Call Saul a presque tout d’une origin story du Joker. On connaît l’avocat Saul Goodman pour ses costumes colorés, son absence de scrupule et son caractère totalement déluré. Il s’agit de l’un des personnages les plus comiques de Breaking Bad. Comme en témoigne son exubérance toute caricaturale, Saul Goodman n’est qu’un rôle ; et sous le masque du clown résident les vestiges d’une âme en peine. Better Call Saul permet ainsi donc de suivre le cheminement de Jimmy McGill, incarné par Bob Odenkirk. Bien qu’il soit déjà doté d’un tempérament haut en couleurs, Jimmy est un avocat de bas étage, condamné aux affaires peu reluisantes. Il est poursuivi par son passé d’escroc et vit constamment dans l’ombre de son frère, Chuck, un très brillant avocat. Si Jimmy souhaite faire carrière dans le droit, c’est plus pour s’attirer les faveurs de son aîné que par véritable conviction. Cela se confirme d’ailleurs par ses facultés étonnantes à jouer avec les failles du système. Au fil des saisons, Jimmy perfectionne ses manigances et multiplie les faux semblants au point de finir par emprunter le pseudonyme de Saul Goodman. Malgré tout, l’avocat est toujours sur le fil du rasoir, hésitant entre la volonté de faire honneur à son frère et celle de faire fortune. Jimmy McGill doit-il faire allégeance à la loi, ou Saul Goodman doit-il s’épanouir dans le monde du crime ? C’est tout le dilemme du protagoniste, qui se reflète d’ailleurs dans la manière dont est narrée la série, alternant entre des intrigues judiciaires et d’autres purement criminelles. Enfin, ce qui rend Jimmy si complexe, c’est le jeu extrêmement ambivalent de Bob Odenkirk, capable de passer du burlesque au tragique avec une facilité déconcertante. Il berne non seulement les autres personnages, mais aussi les spectateurs et spectatrices ; car oui, au fur et à mesure que Jimmy fusionne avec le rôle de Saul Goodman, il devient difficile de savoir quand il est sincère ou non.

Folie à deux

Rhea Seehorn incarne Kim Wexler © Better Call Saul, AMC (2015-2022)

Mais Jimmy n’est pas la seule vedette de Better Call Saul, loin s’en faut. Le deuxième rôle principal revient à Rhea Seehorn, qui incarne Kim Wexler. Kim est, à bien des égards, l’opposée de Jimmy. C’est une avocate calme, réfléchie et redoutablement intelligente. Elle est motivée par un sens profond de la justice, ainsi que le désir de venir en aide à ses clients et clientes. Or, aussi étonnant que cela puisse paraître, Kim est la compagne de Jimmy. Au cours des premiers épisodes, j’ai craint que leur relation ne mime celle de Walter et Skyler dans Breaking Bad, dans le sens où les combines de Jimmy auraient très bien pu pousser Kim à devenir une antagoniste. Il est vrai que l’apparition de Saul Goodman va mettre en péril leur relation. Better Call Saul a toutefois l’intelligence de reprendre les thématiques de Breaking Bad, sans jamais chercher à les singer. La série préquelle se révèle même assez surprenante. Ainsi, Kim cache plutôt bien son jeu, et possède en elle une douce folie, qui ne demande qu’à être exacerbée par celle de Jimmy. Le couple incarne alors un duo redoutable, et d’autant plus marquant qu’il est sublimé par l’alchimie résidant entre Rhea Seehorn et Bob Odenkirk. Certes, la distance entre Walter et Skyler était voulue. Celle-ci incarnait d’ailleurs le personnage le plus banal de Breaking Bad. Que diable aurions-nous fait dans sa situation ? Je n’ai toutefois jamais cru une seule seconde au couple Walter-Skyler. Et j’ai plus d’une fois été déconcertée par les réactions totalement illogiques de Skyler. L’écriture de Breaking Bad ne brillait pas toujours par le développement de ses personnages féminins. Better Call Saul fait clairement amende honorable en faisant de Kim Wexler un personnage marquant, aux antipodes de l’exubérance de Jimmy, mais tout aussi complexe et surprenant. Rhea Seehorn vole presque la vedette à Bob Odenkirk, ce qui était très loin d’être une mince affaire. Et au risque de me répéter, quelle alchimie entre les deux comédiens… Cette relation est tout simplement un must-see.

Une guerre fratricide

Jimmy (Bob Odenkirk) et Chuck (Michael McKean) © Better Call Saul, AMC (2015-2022)

Comme je le disais plus tôt et il fallait s’y attendre, nombre d’intrigues de Better Call Saul prennent place dans le milieu juridique. En ce sens, certain(e)s trouveront la série moins passionnante que Breaking Bad, surtout durant les premières saisons. Je n’aurais alors qu’un seul conseil : celui de persévérer, car la tension de la série monte inlassablement en crescendo. De plus, il est particulièrement prenant de voir Jimmy et Kim élaborer des manigances de plus en plus sophistiquées pour arriver à leurs fins. Le milieu juridique voit apparaître plusieurs personnages inédits comme Howard (Patrick Fabian) et surtout Chuck (Michael McKean), le frère aîné de Jimmy. Bien qu’il ait été un brillant avocat, Chuck souffre désormais d’une prétendue hypersensibilité aux ondes électromagnétiques, le forçant à rester cloîtré chez lui. Jimmy fait alors de son mieux pour veiller sur celui qu’il considère comme un modèle. Chuck connaît toutefois les faiblesses de son frère, sans compter qu’il est extrêmement exigeant. Better Call Saul explore la rivalité entre deux frères, dans ce qui risque de devenir une guerre fratricide. Une fois encore, cette thématique n’est pas sans rappeler la relation ambiguë entre Walter et son beau-frère Hank, dans Breaking Bad. Mais là encore, la préquelle explore le thème de manière totalement innovante, si bien que l’on se prend au jeu et que l’on attend avec impatience de connaître le dénouement de l’intrigue. Alors que Hank est un obstacle à l’évolution de Walter ; Chuck est l’un des éléments qui façonneront la personnalité de Saul Goodman. Il est malheureusement difficile d’en dire plus sans divulgâcher des points clés de l’histoire.

Un premier pas dans la Pègre

Mike (Jonathan Banks) et Jimmy (Bob Odenkirk) © Better Call Saul, AMC (2015-2022)

Better Call Saul explore aussi le milieu du crime et de la drogue, qui apparaît de plus en plus au fil des saisons. Cela est notamment dû au troisième personnage principal, déjà apparu dans Breaking Bad. Il s’agit de Mike, incarné par Jonathan Banks. Mike est d’un naturel extrêmement impassible et pragmatique. Cela ne nous empêche pas d’en apprendre davantage sur son passé et sur ses motivations. Mike connaissait bien mieux Saul Goodman que nous ne l’imaginions, sans pour autant que cela n’engendre d’incohérences avec la série originale. Comme on s’en doute, les deux hommes sont tellement différents que certaines scènes semblent extraites d’un buddy movie particulièrement savoureux. Le point de vue de Mike permet d’en apprendre d’avantage sur le conflit qui règne entre la famille Salamanca, dirigée par Don Hector (Mark Margolis) et l’entreprise de Gus Fring (Giancarlo Esposito). Cela s’opère par l’apparition de personnages inédits, comme Nacho Varga (Michael Mondo) mais aussi du retour plus ou moins récurrent de figures déjà connues. En ce sens, le préquel fourmille de références. Better Call Saul est, selon moi, une leçon d’écriture, car la série part parfois de détails infimes de Breaking Bad, pour construire un arc entier. La première fois que Saul rencontre Walter et Jesse, il craint d’avoir été kidnappé par un certain Lalo Salamanca. Or, il s’agit d’un antagoniste assez mémorable de Better Call Saul, interprété par Tony Dalton. Le préquel répond à de nombreuses questions que l’on ne se posait pas forcément, mais il le fait de façon tellement pertinente que cela en devient passionnant. Ainsi, l’état de santé d’Hector Salamanca ou la construction du laboratoire secret de méthamphétamine abritent des intrigues plus sombres que nous ne l’imaginions.

Épilogue

Bob Odenkirk incarne… Saul Goodman © Better Call Saul, AMC (2015-2022)

La dernière force de Better Call Saul réside dans le fait qu’il ne s’agit pas simplement d’un préquel. Le prologue de chaque saison, et les derniers épisodes de la saison 6 racontent ni plus ni moins la suite de Breaking Bad. Il s’agit de passages en noir et blanc, où Saul n’est plus que l’ombre de lui-même. Il serait criminel de parler du dénouement. Saul Goodman lui-même ne parviendrait pas à m’innocenter pour cela. Tout ce que je peux dire, c’est que l’épilogue est idéal et extrêmement poignant. J’ai beau adorer Breaking Bad, et reconnaître que l’intrigue de la série est plus palpitante ; j’ai une légère préférence pour Better Call Saul. Je n’ai pas adoré le préquel dès les premiers épisodes ni même les premières saisons, et pourtant, il a si bien réussi à me faire sourire ou à m’émouvoir que j’ai beaucoup plus d’affect pour lui. La montée en tension de Better Call Saul est plus lente, mais tout aussi puissante. Bob Odenkirk donne vie à un personnage entier, versatile, parfois glorieux, souvent pathétique ; mais que l’on se surprend à adorer. Rhea Seehorn incarne Kim, qui assiste à l’ascension de Saul Goodman, tout en suivant son propre bout de chemin. La guerre fratricide avec Chuck (Michael McKean) est passionnante, et ne parlons pas des arcs narratifs de Mike (Jonathan Banks), qui permettent de renouer avec le milieu de la pègre ; en découvrant les secrets cachés derrière certains éléments narratifs de Breaking Bad, tout en retrouvant quelques visages familiers. Better Call Saul est extrêmement aboutie en terme d’écriture, mais aussi en terme de cinématographie. A ce niveau, la série est sans hésitation supérieure à Breaking Bad. La photographie et le montage sont d’une telle beauté et maîtrise que chaque épisode déborde de transitions ingénieuses et de plans saisissants. Better Call Saul a rencontré un tel succès qu’il existe des produits dérivés, comme la mini-série animée Slippin’ Jimmy, qui a d’ailleurs très mauvaise réputation. Quoiqu’il en soit, ce succès est amplement mérité. Plus j’y réfléchis, plus Better Call Saul me semble, à bien des égards, plus aboutie que Breaking Bad. Bien entendu, il ne tient qu’à vous de vous forger votre propre opinion ; mais une fois l’intégralité des saisons visionnée, il n’est pas impossible que vous considériez cette série comme un chef-d’œuvre.

  • Better Call Saul est disponible en DVD et Blu-Ray, ainsi que sur Netflix. 
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La période du bakumatsu est, dans l’histoire du Japon, quelque chose de passionnant. Un moment où le shogunat, régime féodal d’antan subissait au sein d’un chaos ambiant de grands bouleversements pour l’avenir du pays. Au milieu, le shinsen gumi que raconte Chiruran, groupe de samouraïs qui allait être chargé de la protection du pouvoir en place au milieu des nombreuses conspirations. Un contexte parfait pour Eiji Hashimoto et Shinya Umemura et leur bande de guerriers hargneux, avec deux nouveaux tomes qui racontent la guerre totale entre les héros et le Mito tengu-to, des mercenaires envoyés par leur frère ennemi Kamo Serizawa.

Cette critique a été écrite suite à l’envoi du tome 11 par l’éditeur.

Un duel pour l’avenir du Japon ?

Shinya Umemura propose deux tomes à l’écriture très rythmée. L’opposition débutée dans le tome 10 entre le clan de Isami Kondo, et celui de Kamo Serizawa, déclenche enfin la guerre attendue. Le Shinsen gumi règle ses comptes avec les « sept démons » du Mito tengu-to (une bande de mercenaires) en tentant de s’approcher de Serizawa, ce qui donne lieu à un feu d’artifice de scènes d’action et de combats tendus, où l’écriture brille tout particulièrement dans l’humanisation des « démons ». En effet, on découvre page après page les origines de ces personnages initialement présentés comme des guerriers sanguinaires, sans foi ni loi, des origines souvent tragiques où des gamins qui n’avaient pas un rond ni aucune famille finissent par rejoindre des bandes mercenaires en espérant faire quelque chose de leur vie. L’auteur raconte ainsi la misère du Japon à l’époque du bakumatsu où, derrière les guerres fratricides pour le pouvoir se cachaient souvent des guerriers qui prenaient part aux combats parce qu’ils n’avaient rien d’autre, aucun espoir ni aucun futur. Et plus que jamais, Chiruran est terriblement juste dans cette humanisation. Chaque rencontre, chaque mise à mort (souvent cruelle) donne un nouveau regard sur un peuple qui souffre, évitant de faire tomber ces personnages dans une simple fonction d’obstacle pour la quête d’ascension du héros, Toshizo Hijikata.

La narration se place à plusieurs endroits en même temps, les membres du clan étant séparés pour faire face à la menace qui vient de partout : cela donne quelques oppositions assez géniales, comme celles d’un maître contre son élève, où se révèle un passé tragique où le maître a abandonné son élève pour ne pas céder à l’amour qu’il éprouvait pour lui, mais aussi une opposition contre un ancien membre de l’armée française qui semble être devenu un redoutable mercenaire. Comme à leur habitude, Shinya Umemura et Eiji Hashimoto imaginent des personnages à l’allure imposante, parfois effrayante, des vraies « gueules » sorties d’un imaginaire qui emprunte beaucoup au cinéma. Certes, Chiruran n’apporte pas beaucoup d’originalité dans son récit du bakumatsu, qui a déjà inspiré un paquet d’œuvres. Mais c’est son rythme, sa manière de raconter les individualités plus que les grands plans politiques, et le quotidien de celles et ceux qui sont tout en bas de l’échelle qui font de Chiruran une œuvre tout à fait passionnante. Plus que des combats très stylisés, c’est une véritable opposition entre le pouvoir et le peuple qui se met à l’œuvre, où le héros n’est pas forcément du côté du peuple. En effet, les ambitions de Toshizo Hijikata et du Shinsen gumi lorgnent plutôt du côté de la politique et du pouvoir.

Un destin scellé

Depuis ses débuts et le tout premier tome dont je parlais déjà à l’époque sur Pod’culture, Chiruran s’illustrait tout particulièrement pour sa représentation visuelle des affrontements. Des dessins grandiloquents, des effets de style, un découpage extrêmement rythmé et des combats qui restent toujours lisibles. Autant de qualités que l’on retrouve évidemment dans ces tomes 11 et 12, les combats ne perdant rien de leur beauté. Ces duels sont nombreux mais la lassitude n’arrive jamais, car rien ne se ressemble. Il y a toujours un petit truc, une astuce, qui modifie le cours des évènements et qui permet à l’auteur de raconter ses combats différemment, et au dessinateur de les mettre en image sans se répéter. C’est très honnêtement un vrai tour de force pour un manga qui se repose autant sur ses combats. Après 12 tomes, je n’ai jamais eu l’impression de revoir la même chose, le duo de mangaka ayant une vraie faculté à se renouveler et surtout, à apporter toujours une belle note tragique aux affrontements, lorgnant souvent du côté du cinéma de samouraï en y incorporant une certaine modernité.

Toujours l’un des meilleurs mangas sortis ces dernières années à mes yeux, Chiruran continue d’être un vrai ravissement dans son approche du bakumatsu, une ère décisive de l’histoire japonaise qui a attirée de nombreux·euses créateur·ices (autant au cinéma qu’en manga, en roman, ou même du côté des jeux vidéo). Sa manière d’aborder cette époque se fait évidemment sous l’angle des guerres fratricides qui l’ont marquée, mais aussi avec une belle humanité, proche d’un peuple pris en tenaille pour qui la voie du sabre, avec des gamins qui finissent par rejoindre des bandes de ronins, samouraïs et autres mercenaires faute de pouvoir aspirer à autre chose. Deux excellents tomes encore une fois, sans aucun sur la capacité du duo composé par Shinya Umemura et Eiji Hashimoto à maintenir le même niveau pour les tomes à venir.

  • Les tomes 11 et 12 de Chiruran sont disponibles en librairie aux éditions Mangetsu.
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La clinique pédiatrique du Docteur Goro Suzukake fourmille de vie, de destins qui auraient pu basculer et de parcours qui cherchent à se construire ou se reconstruire. Alors que l’on arrive aux 5ème et 6ème tomes des Enfants d’Hippocrate, chaque nouveau moment de lecture avec cette série s’apparente de plus en plus à un nouveau moment de vie, où l’on partage le quotidien en apparence anodin du personnel de cette clinique et des patients qui la visitent. Pour ce qui sera peut-être ma dernière chronique dans le monde médical dépeint par Toshiya Higashimoto, laissez-moi une nouvelle fois vous conter les joies et les peines de cette famille recomposée de professionnels de santé.

Le volume 5 des Enfants D’Hippocrate, à partir duquel cette chronique a été en partie écrite, a été envoyé par l’éditeur

Destins brisés / Vies à reconstruire

PLATANUS NO MI © 2020 Toshiya HIGASHIMOTO/SHOGAKUKAN / ©2022 Mangetsu

Tomorin est sortie d’affaire. L’intervention chirurgicale réalisée par Hideki a permis d’enrayer la nécrose de l’entérocolite contractée par la jeune fille. Alors que le premier lui rappelle que son insouciance aurait pu lui coûter la vie, la seconde lui assène qu’il doit bien se moquer de ce qu’elle endure, lui qui est en bonne santé. Le jeune chirurgien, qui a vu tant de patient mourir se contente de répondre qu’il n’y a rien de plus précieux que la vie, puis quitte la pièce. Une conclusion qui met une nouvelle fois en lumière le caractère ambivalent et insaisissable d’Hideki, sans doute le personnage le plus complexe de cette histoire.

Avec la fin de cet arc concernant Tomorin, une nouvelle personnalité émerge de la foule de professionnels qui travaillent au sein de la clinique Suzukake : Iku Aoba, jeune femme exerçant la profession de Child Life Specialist, ou C.L.S . Il s’agit d’un métier neuf, encore peu reconnu dans de nombreux pays. A mi-chemin entre la psychologue, la thérapeute et l’auxiliaire de vie, Aoba accompagne les enfants au quotidien, afin de les aider à exprimer leurs émotions, gérer leur stress, et améliorer la communication avec le corps médical. A nos yeux profanes, ces fonctions semblent tout à fait avoir leur place au sein d’une clinique pédiatrique, d’autant que le manga met souvent l’accent sur la difficulté pour l’enfant et le médecin de se comprendre. Pourtant cela ne semble pas évident pour tout le monde. Une mère en désaccord avec l’approche thérapeutique d’Aoba vis à vis de son fils remet en cause son professionnalisme, alors qu’Hideki (encore lui), lui signifie de la plus froide des manières que son utilité au sein de la clinique est franchement contestable. Ébranlée dans ce qu’elle a de plus précieux, dans le sens qu’elle met dans son action, la jeune C.L.S va devoir faire un choix : Abandonner cette voie et suivre son compagnon dans une autre région afin de se marier et repartir de zéro, ou rester et faire valoir la spécificité de son rôle auprès des enfants. D’autant que Ren, le jeune garçon qu’Aoba prend en charge, fait de visibles progrès au fil de leurs séances…

Du poids d’être parent / De la douleur d’être enfant

Je l’ai déjà noté plusieurs fois au fur et à mesure de l’avancement de cette série, mais Hideki Suzukake, frère ainé du protagoniste est un personnage fascinant, à la fois criblé de failles et d’une force de caractère épatante. En parallèle de l’histoire d’Aoba, de nouveaux éléments nous parviennent concernant le passé de la famille Suzukake. On pensait jusqu’alors que c’était le décès de la mère des deux frères Hideki et Maco qui constituait le trauma à l’origine de la césure ayant eu lieu entre les frères, ainsi qu’entre les frères et leur père. Pourtant cette séparation est arrivée plus tôt encore, avec celle de leurs parents. Lorsque le couple rompt, Hideki doit partir vivre avec son père, et Maco reste vivre avec sa mère. Le choix n’est pas donné à Hideki, qui devra désormais suivre la route que Goro a tracée pour lui. Il deviendra médecin, alors que son rêve était plutôt…de jouer au base-ball.

Le plus déchirant dans l’histoire est qu’Hideki a non seulement renoncé à son rêve, mais l’a fait par amour pour son père, ou peut-être pour ne pas le décevoir. Ayant ainsi embrassé une vocation pour laquelle il n’avait aucune appétence, il achève d’accentuer le miroir inversé qu’il construit avec son frère. Car Maco lui, n’a pas de remords à avoir prêté le serment d’Hippocrate. Au contraire, il est pleinement en accord avec le chemin qu’il s’est tracé, et cela lui a permis de pardonner à son père. Goro Suzukake s’en trouve soulagé, mais il aurait préféré que cela se passe aussi facilement avec son fils ainé. Au cours d’un échange d’une grande âpreté, Hideki expose toutes ses contradictions, avec d’un côté les efforts qu’il met au service de son métier de chirurgien, comme pour se tenir au contrat qu’il a lié avec son père, et de l’autre le fait que tous ces effort n’auront au final aucune chance de réconcilier les deux hommes. Une colère froide s’empare d’Hideki, car il prend pleinement conscience que sa rancœur le consume, et l’infériorise par rapport à son père et son frère.

Car Goro s’emploie à plein temps pour réparer ses erreurs et demander pardon, pour faire tourner une clinique pédiatrique comme il l’avait promis à son ex-femme, et renouer un lien avec ses fils. Maco quant à lui, apparait comme apaisé, en pleine possession de ses moyens et renforcé dans sa vocation. Les doutes qui l’avaient saisi lors de la prise en charge de Tomorin sont derrière lui, car ses collègues au sein de la cliniques l’entourent et l’encouragent à progresser, chacune et chacun à leur manière. Il a su puiser les ressources dont il avait besoin en lui et auprès de son entourage. Il est désormais plus stable, plus fort que son frère.

Et pour la suite ?

Le focus de l’histoire semble maintenant se diriger vers Hideki et ses démons. Cela m’a surpris de voir Maco arriver aussi vite à une maturité qui laisse à penser que son développement est pour ainsi dire terminé. Le rythme de l’œuvre me laisse également à penser que Les Enfants d’Hippocrate ne sera peut-être pas une longue série. Le manga s’est installé dans un système narratif où deux arcs cohabitent en permanence : L’un concernant la famille Suzukake, et l’autre développant l’un des membres du personnel de la clinique. Dans le 6ème volume commence ainsi l’arc de Sonoko, infirmière au sein de la clinique et mère de deux adolescents. L’occasion de retrouver l’un des thèmes majeurs de l’œuvre, celui de la parentalité, mais aussi de laisser poindre l’idée qu’il ne reste que quelques variations sur les thématiques que Toshiya Higashimoto souhaite aborder avant de conclure son histoire. A moins d’un rebondissement majeur et d’une réinvention de ses enjeux narratifs, Les Enfants d’Hippocrate semble s’être engagé sur un chemin bien balisé jusqu’à son dénouement. Le Bateau de Thésée, précédente série de l’auteur, s’était conclue en dix volumes. Les Enfants d’Hippocrate suivront peut-être un chemin comparable, si l’arc d’Hideki parvient à sa conclusion d’ici là.

C’est en partie pour cela que je pense arrêter là mes chroniques régulières sur ce manga. Non pas que l’œuvre soit devenue ennuyeuse, au contraire, mais il m’apparaît que poursuivre cette série d’articles m’amènerait principalement à résumer son histoire, plutôt que de l’aborder sous le prisme analytique qui m’intéresse tant. Maintenant qu’elle est bien installée, il me semble que cette série mérite simplement d’être vécue plutôt que décortiquée. Que les émotions et les questionnements de ses personnages doivent se frayer un chemin jusqu’à vous sans que je n’aie à jouer un rôle d’intermédiaire qui pourrait, malgré moi, biaiser ou filtrer votre ressenti.

Merci à celles et ceux qui auront suivi cette série d’articles. J’espère qu’elle vous aura donné envie de découvrir Les Enfants d’Hippocrate, dans toute son humanité et sa sincérité. Je sais désormais que quoi qu’il arrivé, j’irai au bout de cette histoire, car elle a su me toucher, et m’inspirer. Et puis lorsqu’elle sera terminée, j’attendrai avec impatience le prochain manga de Toshiya Higashimoto, définitivement un auteur à part, et déjà une grande voix de ce medium.

  • Les tomes 5 et 6 des Enfants d’Hippocrate sont disponibles en librairie.
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