Ao Ashi – Tomes 9 et 10 | Rivalités et cohésion

par Anthony F.

Du haut du succès critique du manga et de son anime lancé cette année, Ao Ashi est aussi mon grand coup de cœur depuis son lancement en France. Capable d’émouvoir, le manga est aussi terriblement réjouissant dans sa manière d’aborder la carrière de footballeur de son héros, confronté à une adversité qui prend de nombreux visages (amis, coéquipiers, ennemis…) et de laquelle il ne cesse d’apprendre. Quitte, comme on l’a vu dans les précédents tomes, à se remettre en cause, alors que le personnage ne cesse de gagner en maturité. En somme, c’est un manga absolument fascinant dont les tomes 9 et 10 sont sortis ces dernières semaines et qu’il est temps d’aborder.

Cette critique a été écrite suite à l’envoi d’exemplaires par l’éditeur.

La cohésion face à l’adversité

AO ASHI © 2015 Yugo KOBAYASHI / SHOGAKUKAN

Toujours dans une démarche didactique, l’auteur aborde la cohésion comme concept indispensable à la formation d’une équipe et à sa performance sur le long terme. A l’image des précédents tomes où Yugo Kobayashi utilisait des concepts différents comme appui à son histoire, la cohésion sur le terrain se traduit aussi par la cohésion en dehors, avec les relations amicales de ses héros. Un noyau dur se forme évidemment entre Ashito, Otomo et Tachibana, le trio inséparable qui se révèle tome après tome des plus attachants, grâce à leurs personnalités diverses mais aussi pour l’entraide, parfaitement désintéressée, qu’ils se donnent. L’auteur apporte ainsi ce qu’il manquait un peu à Ao Ashi, qui racontait souvent une histoire assez solitaire, où seul son héros tentait de se dépatouiller face à l’adversité. Comme à son habitude cela lui permet d’emmener Ashito sur de nouveaux terrains, qu’il connaît moins, lui qui a toujours été habitué à se battre seul pour obtenir ce qu’il veut. Une manière de faire remise en  cause, à un moment où le gamin qu’il est encore découvre qu’il ne trouvera jamais plus de bonheur sur et en dehors du terrain qu’avec l’aide de ses meilleurs amis. Et le mangaka excelle quand il raconte ce trio, profitant des particularités de chacun sans nier leur alchimie, offrant de facto au manga quelque chose de plus sincère, plus porté sur l’amitié que sur le sport.

A cela s’ajoute un long flashback dans le passé de Togashi, jeune joueur qui semble sortir d’un manga furyo. Son passé de « délinquant » y est raconté, pour un gamin qui a affronté de nombreuses difficultés. Lui qui n’a pas eu le privilège d’intégrer un centre de formation très tôt, racontant la manière dont les « petits bourges » (de ses propres mots) préfèrent jouer entre eux et regarder avec dédain les autres qui voudraient aussi jouer au foot. Il incarne, comme Ashito, ces jeunes qui passent par d’autres canaux, avec des parcours plus atypiques, pour espérer un jour intégrer le monde professionnel. Cela rappelle Ao Ashi à ses premiers tomes qui avaient un fort accent social, très intéressé par les sacrifices personnels et financiers qu’impliquent la poursuite du rêve de fouler un jour les terrains de foot pro pour des jeunes et des familles qui ont peu de moyens. Ce flashback ne fait que rendre Togashi encore plus intéressant et attachant qu’il ne l’est, lui qui tire sa force de sa différence, et qui porte sur ses épaules toute la rage de jeunes qui ont été catégorisés comme « délinquants » alors qu’il suffisait parfois de leur tendre la main pour qu’ils montrent qu’ils en veulent.

L’importante rivalité

AO ASHI © 2015 Yugo KOBAYASHI / SHOGAKUKAN

Outre ces questions d’amitié et de collectif, le manga gagne un autre élément qui lui manquait cruellement : des rivaux digne de ce nom pour l’équipe d’Ashito. Jusque là les rivalités se formaient au sein du club, mais pas encore en compétition face à d’autres équipes qui étaient vite oubliées. Là, on découvre une équipe rivale au charisme saisissant, qui deviendra (peut-être, espérons le) emblématique et qui pourrait donner lieu à des oppositions mémorables. Les tomes 9 et 10 d’Ao Ashi prennent alors une tournure surprenante, avec un ton plus intense, plus « violent » à certains égards, au sens où les personnages ne se font plus aucun cadeau. On sent qu’on entre dans le dur d’une histoire qui a des penchants dramatiques, malgré la bonne humeur communicative que retrouve parfois Ashito après la souffrance qu’il  ressenti quand il s’est retrouvé défenseur plutôt qu’attaquant. En outre, le manga est toujours impressionnant visuellement, toujours plus fou et plus fin, avec une variété de mise en scène assez fantastique, y compris dans les séquences de football malgré la répétition des matchs et des entraînements. Yugo Kobayashi connaît parfaitement le sujet et ça lui permet d’éviter de tomber dans la monotonie souvent risquée en matière de mise en scène de manga de sport, parce qu’il sait aborder le football sous des angles très variés.

On se répète certes, mais il est difficile de ne pas être sous le charme de Ao Ashi. Fabuleuse quête initiatique où son jeune héros surmonte les obstacles avec beaucoup de détermination, d’envie et de malice, c’est aussi un manga d’une maîtrise folle quand il aborde les relations humaines et leurs complexités. Plus mature que jamais, le récit observe un nouveau tournant qui ne me donne qu’une envie, celle de vous conseiller de vous jeter sur ce manga tant il fait du bien. Agréable et bienveillante, son histoire donne le sourire et fait du bien au moral.

  • Les tomes 9 et 10 de Ao Ashi sont disponibles en librairie aux éditions Mangetsu.

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