Comment passer à côté de Emily in Paris ? La nouvelle série de Darren Star, le créateur de Beverly Hills 90210, Melrose Place ou encore Sex and the City débarque à Paris pour raconter les pérégrinations d’une Américaine soudainement envoyée dans la capitale française. Mais à l’instar des séries précédentes de son auteur, Emily in Paris a aligné les clichés, provoquant l’ire des Parisiens. Mais franchement, on ne va pas se le cacher : la série est plutôt rigolote à suivre grâce à son énergie débordante.

La série nous emmène dans la vie bien chargée d’Emily (incarnée par Lily Collins), fraîchement débarquée à Paris. L’Américaine a en effet été mutée par sa société de marketing basée à Chicago pour aller superviser la boîte Française spécialisée dans le luxe qu’elle vient d’acquérir. Mais l’Américaine ne peut pas éviter le choc des cultures, tant dans sa vie personnelle que professionnelle où sa cheffe Sylvie (jouée par Philippine Leroy-Beaulieu) lui fait vite comprendre qu’elle n’est pas la bienvenue.

Ô Ville Lumière

Photo by NETFLIX/CAROLE BETHUEL – © 2020 Netflix, Inc.

Pour peu que l’on fréquente les réseaux sociaux, il était difficile d’ignorer tout le bruit qu’a provoqué Emily in Paris. Influenceurs, journalistes ou simples spectateurs, tout le monde avait un mot à dire sur les clichés balancés par la série. Les Parisiens n’y semblent pas très amateurs de douches, ils ne sont pas aimables, ils se moquent de l’incapacité de l’héroïne à parler français, ils sont en retard au travail et ils sont tous infidèles. Je pourrais continuer la liste encore longtemps tant la série de Darren Star n’oublie absolument aucun cliché sur les Français et plus spécifiquement, les Parisiens. Mais on pourrait aussi parler de préjugés plus positifs qui y apparaissent : les Parisiens ont bon goût, ils sont romantiques et ils sont terriblement séduisants. En réalité, la série ressemble à la carte postale que pourrait dresser un touriste étranger passé par la capitale après avoir fait le tour des lieux touristiques, ou même celle d’un riche « expatrié » venu vivre son rêve d’une vie « à la française ». Faut-il s’en émouvoir ? Pas toujours. On remarque que ces clichés apparaissent essentiellement dans le premier épisode qui raconte, du point de vue de son héroïne, le choc des cultures vécu par une Américaine qui débarque dans une ville qu’elle ne connaît qu’au travers des publicités de produits de luxe. En se mettant à sa place, on comprend vite l’exagération de tous les détails qui peuvent la surprendre. On est face à une ville de Paris fantasmée certes, mais pas si éloignée de la réalité vécue par la catégorie sociale qu’elle aborde : celle qui est très aisée, hors sol, avec un appartement dans le cinquième arrondissement et qui passe ses soirées dans des restaurants inaccessibles ou dans un bar excessivement cher avec une vue imprenable sur la Tour Eiffel.

Il est donc évident que le Paris dépeint par la série ressemble plus à un rêve qu’à la réalité vécue par la plupart de ses habitants. A l’image du New York de Sex and the City, Emily in Paris pousse autant que possible dans l’exagération pour raconter le quotidien de personnes surprenantes, censées faire rêver avec des vies pleines de découvertes dans des lieux qui émerveillent par leur beauté. On peut s’interroger sur la pertinence de raconter le quotidien de quelques personnes qui ne brillent que par leur porte-monnaie, mais c’est la réalité qu’a choisie de raconter la série. Une œuvre qui tient essentiellement à la gentillette performance de Lily Collins qui incarne avec spontanéité un personnage qui peut être aussi attachant qu’insupportable. La série profite d’autant plus de son énergie qu’elle propose une intrigue rythmée et passionnante grâce au monde inaccessible qu’elle raconte, en donnant une vue, certes caricaturale, d’une profession qui envisage Paris sous un angle bien différent de celui que l’on connaît. La mise en scène est accrocheuse, mais on peut quand même pester contre une photographie lamentable qui peine à raconter Paris : certains environnements donnent l’impression d’être en carton-pâte alors que la série a été filmée intégralement à Paris. C’est dommage, car le concept de l’étrangère qui débarque à Paris était l’occasion de raconter une histoire au travers de la ville, plutôt que de s’en servir comme d’un simple décor à une intrigue dont l’identité parisienne se limite à quelques clichés. Mais pour cela il aurait fallu prendre le temps de se poser, d’observer et de réaliser ce qui fait Paris, plutôt que de se limiter à la brochure touristique que l’auteur a trouvé dans la chambre de son hôtel parisien. Tout n’est pas raté pour autant, puisqu’il y a suffisamment d’énergie dans cette histoire pour donner le sourire et inciter à passer à l’épisode suivant pour connaître la suite des histoires d’Emily.

Photo by NETFLIX/CAROLE BETHUEL – © 2020 Netflix, Inc.

Les privilégiés de Paris

Mais le plus gros point faible de la série à mon sens reste tout de même son incapacité à vivre avec son temps. On a beaucoup entendu parler des clichés, mais s’il faut chercher un problème essentiel à la série c’est son approche particulièrement désuète de la réalité, avec un rapport des plus douteux avec le concept de harcèlement sexuel au travail. Par exemple lorsque Emily reçoit de la lingerie d’un client qui tente de la séduire (comme la quasi-intégralité des hommes qu’elle croise), la série raconte l’évènement avec une certaine légèreté, présentant le client comme sympathique et séducteur plutôt que de rendre compte de l’inconséquence d’un tel acte dans le milieu professionnel. Cela donne vite l’impression que le showrunner Darren Star est resté très ancré dans les années 1990-2000, entre Beverly Hills et Sex and the City, à une époque où la télévision ne faisait malheureusement pas grand chose pour sortir d’un entre-soi qui ne profite qu’à une poignée de privilégiés. Ceci en refusant d’aborder frontalement des questions de société plus sérieuses, y compris ici dans le monde de la mode et du luxe qui a pourtant été frappé de plein fouet ces dernières années par de nombreuses révélations relatives aux agressions et au harcèlement. Cela sonne donc un peu faux de voir le personnage incarné par Lily Collins accepter un tel cadeau sans jamais le remettre en cause, comme si c’était un acte normal dans une ville qui semble pouvoir tout justifier. Et l’impression sur l’approche désuète de Darren Star est largement renforcée en jetant un œil à un casting qui n’a pas grand chose à faire non plus des questions d’inclusion et de représentation des minorités, confirmant une fois de plus que la posture de Netflix sur le sujet ne se vérifie pas dans les actes.

Cliché oui, exagérée toujours, mais scandaleuse pas vraiment : Emily in Paris se joue des idées reçues quitte à en abuser mais garde toujours une distance avec ses jugements sur la capitale, en observant constamment les situations dans les yeux d’Emily. On saisit vite l’intention de montrer la ville et ses habitants du point de vue d’une cadre américaine qui débarque dans un milieu terriblement privilégié. Ce n’est jamais vraiment fin, mais la série a le mérite de faire rire, de profiter d’un rythme soutenu et d’une belle dynamique autour de son héroïne qui déborde d’énergie. Sympathique, tout comme un ou deux de ses collègues, Lily Collins porte une série qui galère pourtant sur bien des sujets qui semblent plus importants que la question des clichés sur le temps de travail des Parisiens. Véritable point faible de la série, son rapport d’une autre époque avec le harcèlement sexuel et la représentation porte préjudice à sa manière d’aborder l’industrie du luxe, comme s’il n’y avait pas eu des dizaines de scandales ces dernières années. A trop vouloir idéaliser son monde Darren Star manque de recul sur des sujets qui sont aujourd’hui fondamentaux, y compris dans une comédie romantique, et même s’il est sans nul doute convaincu de ne pas faire partie du problème.

  • La série Emily in Paris est disponible depuis le 2 octobre 2020 sur Netflix. 
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Si vous êtes nouveau ici, ou que vous n’avez jamais regardé un épisode de Reflecto, je vous invite à vous rendre ici avant toute chose, pour que j’aie le plaisir de vous présenter l’émission !

Avant toute chose, il me faut préciser que cet épisode a été réalisé à partir d’une clé Switch du jeu, fournie par Just for games, le distributeur du jeu en France

Untitled Goose Game m’intriguait depuis un moment, beaucoup de monde en ayant loué les mérites depuis sa sortie l’an dernier. La sortie du jeu au format physique le 29 septembre dernier sur PS4 et Switch m’a donné l’occasion d’enfin me plonger dans les aventures de l’oie la plus connue du monde du jeu vidéo.

Et là, surprise : Mes sensations sur le jeu ont été très différentes de celles auxquelles je m’attendais. Ce qui m’a donné envie d’aller faire quelques recherches sur les origines de l’humour très particulier utilisé dans Untitled Goose Game

Bon visionnage à tous, et à très vite dans les commentaires (ici ou sur Youtube) !

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Harley Quinn est sans doute le plus populaire des personnages féminins de l’univers DC Comics. Depuis sa première apparition à la télévision dans Batman la série d’animation en 1992, jusqu’à aujourd’hui avec les films Suicide Squad et Birds of Prey, l’antagoniste a connu de multiples incarnations entre séries animées, films et comics. Peut-être même trop. A force d’être surmédiatisée ces dernières années, Harley Quinn paraît dénaturée de son caractère d’origine : ultra-sexualisée, dans une relation de plus en plus tordue avec le Joker, parfois moins ambiguë et méchante que ne l’est vraiment le personnage, ou faussement subversive. Bref, sous-exploitée, pour un personnage qui a pourtant tout pour être intriguant et lunatique à souhait.

Alors, quand des comics one-shot spécifiquement dédiés à Harley Quinn sont parus cette année, on pouvait en attendre le pire comme le meilleur. Et heureusement, Harleen de Stjepan Šejić ainsi que Harley Quinn : Breaking Glass de Mariko Tamaki et Steve Pugh, tous deux publiés chez Urban Comics cette année, proposent de revisiter fidèlement le personnage avec une nouvelle origin story de l’anti-héroïne. Partons donc pour deux plongées dans l’esprit ambivalent d’Harley Quinn !

Harleen, scénarisé et illustré par Stjepan Šejić : Une descente aux enfers noire et sublime

© 2020, Harleen, Urban Comics / DC Comics

Harleen Quinzel est une jeune psychiatre au passé un peu mouvementé, mais ambitieuse. Désireuse de prouver que la sociopathie des criminels est la conséquence de conditions de vie violentes et conflictuelles, elle parvient à obtenir un poste à Arkham Asylum. Là-bas, elle n’a que l’embarras du choix parmi les criminels enfermés, pour valider sa théorie : Poison Ivy, Szaz, l’Homme-Mystère, le Chapelier… Mais le meilleur candidat reste le Joker, l’homme qui a failli la tuer quelques semaines plus tôt. Tour à tour terrifiée et fascinée, Harleen va entamer la longue chute qui la mènera à devenir Harley Quinn.

« Mon histoire, c’est celle où la fille danse avec le diable tandis qu’il la guide sur la route de l’enfer… Un chemin qui commence, comme bien souvent… avec une bonne intention. »

© 2020, Harleen, Urban Comics / DC Comics

On pourrait penser l’histoire d’amour entre Harley et le Joker déjà vue et revue. Mais Stjepan Šejić lui offre une nouvelle vision, mature, intelligente et sombre. Plus que tout, il se focalise sur Harleen, la psychiatre désireuse de faire justice, plus que sur Harley, la criminelle déjantée dont on a quelques aperçus à certaines pages. C’est de son point de vue que nous découvrons l’histoire, assistant à ses rêves, ses fantasmes, mais aussi à des troublants parallèles avec les autres personnages qui croisent son histoire.

Ce n’est pas anodin si on trouve la citation sur le chemin de l’enfer pavé de bonnes intentions au début du comic book. Harleen Quinzel est une jeune femme de bonne volonté, parfois encore un peu naïve, quelquefois cynique, mais déterminée à faire le bien et à prouver qu’on peut guérir les criminels de leur noirceur, ou au moins comprendre qu’ils ne sont pas initialement des monstres. C’est dans cette quête optimiste qu’elle entre à l’asile d’Arkham ; mais ses espérances sont vite balayées par la froideur hostile du lieu, par l’égocentrisme de prisonniers plus intéressés par ce qu’ils sont que comment ils le sont devenus, ou encore par le jeu politique de Harvey Dent, qui cherche à nuire à ses recherches. Notre psychiatre se révèle, comme tout être humain, en proie à des failles qui n’échapperont pas au Joker, le patient avec lequel va débuter une relation ambiguë, ou même à Poison Ivy, superbement dessinée. La présence de celle-ci, même passagère, n’est pas anodine : c’est un personnage souvent relié à Harley Quinn dans d’autres comics, où elle est sa confidente ou sa petite amie.

© 2020, Harleen, Urban Comics / DC Comics

Mais la relation avec le Joker est évidemment au cœur même de l’histoire. Le célèbre vilain apparaît sous les traits d’un beau Joker, qui ne manque cependant pas de traumatiser Harleen lors de l’introduction du comics – un traumatisme qui trouvera son sens dans la suite de l’histoire. Avec ses airs de rock star lunatique, on ne sait jamais véritablement sur quel pied danser avec lui. Est-il parfois sincère envers Harleen, voire amoureux ? Ne joue-t-il qu’un jeu afin de la piéger, inversant les rôles de psychiatre et de patient ? Le Joker est ici énigmatique à souhait, naviguant entre mégalomanie déjantée, blagues sinistres et homme dévoré par la noirceur de ses actes. Tour à tour effrayant et séduisant, il a tous les atouts pour être celui qui mènera lentement Harley à sa chute – elle croyant saisir sa main pour l’aider à se hisser hors du gouffre, et lui, l’y entraînant avec force… Tout le comics est empreint de cette relation aussi vénéneuse que fascinante, parfaitement dans l’esprit des deux personnages.

© 2020, Harleen, Urban Comics / DC Comics

Le jeu de miroirs et de symétries des cases, s’ils évoquent souvent le face à face avec le Joker, les moments où Harleen et lui se rapprochent, sont aussi utilisés avec brio pour mettre l’héroïne en reflet avec Harvey Dent, le futur Double-Face. Ce dernier, ironiquement, subit un peu près le même chemin que la psychiatre – de bonnes intentions trop obstinées le menant à l’enfer. Tous deux suivent la même route vers leur destin d’antagonistes, bien que réagissant différemment à la noirceur de Gotham : Harleen avec un souhait de rédemption, Harvey avec l’impossibilité de croire à la moindre nuance chez les criminels. Outre Double-Face, le Joker et quelques autres méchants iconiques de la ville, on croise évidemment Batman. Si celui-ci n’apparaît que dans quelques scènes, et n’est jamais clairement mis en avant, c’est sous forme de silhouette imposante aux yeux étincelants. Avec le Joker, il est souvent dans l’ombre et la fumée, une figure avalée par les combats qu’il mène pour la ville, au final aussi insaisissable que son ennemi juré. Mais face à Harleen, c’est à une représentation iconique de Batman qu’on assiste, le vengeur qui se distingue car il se refuse à tuer, espérant peut-être lui aussi la rédemption de ceux qu’il capture. La conversation qu’il a avec la psychiatre à ce sujet parvient, en quelques images et paroles, à être mémorable et significative pour le reste de l’histoire.

© 2020, Harleen, Urban Comics / DC Comics

Harleen est une origin story dont on sait que Harleen ne ressortira pas indemne, devenant Harley Quinn, compagne et complice du Joker. On sait pertinemment que le Joker la manipule insidieusement. Pourtant, le talent de Stjepan Šejić, c’est de revisiter cette histoire sans la dénaturer, de faire de son héroïne une jeune femme au parcours brillant mais parsemé de quelques embûches. La dégringolade d’Harleen n’est pas causée que par sa relation toxique avec le Joker : c’est aussi une conséquence d’éléments de son passé, d’un stress post-traumatique, d’une vie devenue difficile, et d’une empathie trop grande. Une narration intelligente et très psychologique, embellie par des dessins plus superbes les uns que les autres, aux visages terriblement expressifs et touchants. On ressent aisément la peine, le désespoir, la joie ou la rage d’Harleen, par une attitude, un sourire, une pose. D’autres planches, entre scènes de rêves et de fantasmes, explorent les métaphores pour représenter le couple en devenir, avec des références allant du Petit Chaperon Rouge à Alice au pays des merveilles.

Le comics ne sombre jamais dans le vulgaire, ni dans le cliché pour décrire l’histoire d’Harleen Quinzel, une version parmi d’autres, mais avec un potentiel à la hauteur du personnage. Harleen est une histoire tragique, intimiste, une perle noire avec une romance toxique, qui n’hésite pas à fouiller dans les peurs, désirs et intentions de ses personnages, pour nous livrer une héroïne à multiples facettes, et dont la déchéance est finement amenée. Le dessin et la narration de Stjepan Šejić  retranscrivent le mythe d’Harley Quinn avec autant d’élégance que d’amour, pour un protagoniste dont on croyait avoir vu toutes les nuances. Et ce, jusqu’à une dernière page sublime, exprimant à merveille sa folie et son ancienne humanité.

Harley Quinn Breaking Glass, scénarisé par Mariko Tamaki et illustré par Steve Pugh : Un récit initiatique éclatant

© 2020, Harley Quinn Breaking Glass, Urban Comics / DC Comics

Changeons d’univers et d’ambiance avec le comic book Harley Quinn : Breaking Glass, publié également chez Urban Comics mais dans la collection Urban Link, qui est dans un ton beaucoup plus adolescent et Young Adult que Harleen chez le même éditeur. Le but de la collection étant d’accrocher de nouveaux jeunes lecteurs, en proposant des réinterprétations de personnages iconiques… Mais une vision adolescente ne signifie pas pour autant une vision bâclée ou édulcorée, bien au contraire !

Harleen Quinzel a quinze ans et débarque à Gotham, pensant vivre chez sa grand-mère. Celle-ci étant décédée, la jeune fille est recueillie par Mama, une drag-queen au cœur d’or. Avec sa personnalité explosive, Harleen entre alors au lycée de Gotham, devient la meilleure amie d’Ivy, puis l’ennemie de John Kane, fils de richissimes entrepreneurs. Quand les Kane décident de racheter et raser le cabaret de Mama, c’est l’injustice qui pousse Harleen à se révolter.

« La voie des anges est trop longue et difficile pour la plupart des gens. Celle des démons, c’est une simple chute… qui mène droit en enfer. »
« Mais quand t’es au milieu, comment tu sais si tu montes ou si tu descends ? »
« Tu ne perds pas de vue ce pour quoi tu te bats…et tu regardes qui se bat avec toi. Ça devrait suffire à t’indiquer dans quelle direction tu vas. »

© 2020, Harley Quinn Breaking Glass, Urban Comics / DC Comics

Au tout départ, Breaking Glass peut rebuter. Je l’ai d’ailleurs été pendant un instant, peu habituée à ce trait de dessin, à ces couleurs dominantes en gris-bleu froid. Et puis, les illustrations de Steve Pugh fonctionnent, car aux cases monochromatiques surgissent des touches de rouge éclatant, des nuances spécifiquement appropriées aux différents personnages rencontrés. Ce jeu de couleurs, tout en contraste, devient alors l’un des points forts du comic book, soulignant la force de tel protagoniste ou montrant comment l’histoire se dirige vers un point bien plus dangereux ! Par ailleurs, des flash-back aux tons orangés et chatoyants mettent aussi en scène l’héroïne dans son enfance. Même à cette période, elle était loin d’être recommandable !

© 2020, Harley Quinn Breaking Glass, Urban Comics / DC Comics

Le comics prend la voie d’une autre réinterprétation, celle d’une Harleen Quinzel adolescente, au passé déjà entaché de petits délits, prête à commencer une nouvelle vie à Gotham. Pourtant, dans ce portrait, tout le personnage est déjà presque là. Cette Harley est une véritable bouffée d’air frais : pétillante, drôle, enjouée, naïve, optimiste, parfois complètement délurée, emplie d’une énergie folle. Et avec ses futurs mauvais côtés : faire confiance aux mauvaises personnes, répondre aux embrouilles par des coups et des explosifs, agir de façon impulsive et irréfléchie… Oui, tout est déjà presque là. Mais ce que j’ai le plus aimé dans Breaking Glass, c’est justement qu’Harleen soit aussi entière avant de rencontrer le Joker. On comprend les origines de son surnom et de son costume, inspirés par la petite bande de drag-queens qui la recueille à Gotham comme une seconde famille ; son caractère lunatique est déjà présent, tout comme sa dangerosité.

Ce sont ensuite les personnes qu’elle croise qui contribueront à forger davantage sa destinée. On n’adhère ou on n’adhère pas au Joker, à la personnalité anarchiste manquant parfois un peu de folie. Ivy est très touchante : ici Afro-américaine, elle se retrouve profondément engagée dans la lutte pour les droits sociaux, la diversité culturelle ou la protection de l’environnement. C’est principalement ce duo qui ressort, entre anarchie explosive et militantisme pacifiste, agissant presque comme un petit ange et un petit diable sur les épaules de la future Harley Quinn. Par ailleurs, il n’est pas impossible de croiser un certain Batman… Ces personnages, adolescents et encore aux prémices de leurs destins iconiques, sont réécrits avec intelligence pour aborder des problématiques actuelles auprès de leurs lecteurs. Et ça marche terriblement bien, tant de nombreuses thématiques sont abordées avec aisance, sous le regard énergique et enjoué d’une Harley éclatante.

© 2020, Harley Quinn Breaking Glass, Urban Comics / DC Comics

Breaking Glass s’éloigne certes de de l’ambiance des comics habituels, mais sa réinvention du personnage est véritablement plaisante. L’histoire parle de la difficulté à savoir qui l’on veut devenir et comment. Une fois n’est pas coutume, c’est en partant avec de bonnes intentions, qu’Harley se retrouvera à suivre une voie beaucoup moins tranquille et innocente qu’elle ne l’aurait voulu. Mais l’intrigue porte aussi des messages de tolérance, de militantisme, d’égalité sociale, et de la manière d’y parvenir. Surtout, son héroïne est emplie d’une énergie qui n’appartient qu’à Harley Quinn, empreinte de sourires, de jeux de mots, d’absurdité, de comportements aussi violents que parfois enfantins. Ce n’est pas pour rien qu’ici encore, on l’assimile souvent à Alice au pays des merveilles !

On ne peut pas lire Harley Quinn : Breaking Glass en attendant la même chose que de Harleen. Le premier est aussi lumineux et étincelant que le second est sombre et psychologique, destinés à des publics différents. Ils explorent à leur manière les aspects positifs de l’âme humaine, mais aussi ses méandres tortueux, en proposant deux incarnations, deux origins stories. Pourtant, de leur façon propre, ils sont fidèles à l’esprit d’une Harley Quinn ambivalente qu’ils réécrivent, avec des illustrations souvent magnifiques, parfois symboliques, mais toujours expressives. Une véritable redécouverte d’une anti-héroïne que, pour ma part, je ne portais pas spécialement dans mon cœur !

Vous pouvez gratuitement découvrir les premières pages de Harley Quinn Breaking Glass et Harleen sur le site d’Urban Comics.

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Vous êtes-vous déjà demandé ce que cela ferait si vous vous retrouviez en mesure d’entendre les pensées les plus intimes de votre entourage, le tout sous forme de numéros musicaux ? En y réfléchissant bien, il est fort probable que votre réponse soit négative. Ayant oeuvré par le passé sur Gossip Girl et Jake in Progress, le showrunner Austin Winsberg s’est, lui, déjà bel et bien posé cette question, au point d’affubler l’héroïne de sa nouvelle comédie, Zoey et son Incroyable Playlist, de cet étonnant pouvoir. Une série idéale pour enchanter l’automne ?

Jane Levy met vos pensées en musique dans Zoey’s Extraordinary Playlist – ©NBC (2020)

Zoey Clarke a la trentaine, une vie bien rangée, un travail stable dans une start-up en vogue de San Francisco et un désamour profond pour les comédies musicales. Cette jeune femme active et passionnée à qui tout semble sourire doit pourtant faire face à une situation familiale compliquée. En cause, son père, Mitch, atteint d’une maladie dégénérative rare. Inquiète à l’idée que cette pathologie soit héréditaire, notre héroïne se décide, malgré son intense claustrophobie, à passer une IRM afin de se rassurer un minimum… et c’est évidemment à ce moment-là que les ennuis vont commencer. Coincée dans la machine infernale tandis qu’un tremblement de terre survient alors, Zoey en ressort finalement avec une aptitude étonnante.

Devenue une « X-Men croisée avec The Voice » (ce sont ses propres mots), la voilà désormais en mesure de capter une curieuse fréquence habituellement inaudible pour tout être humain, une particularité qui se traduit par la possibilité d’entendre les états d’âme de tout son monde au travers d’étranges séquences musicales que Fame et Glee seraient largement aptes à envier. Une foule d’anonymes ayant besoin d’une aide précieuse ? Retentit alors « Help ! » des Beatles. Un meilleur ami secrètement amoureux ? Il se mettra à entonner « I Think I Love You » de The Partridge Family. Une mère au bout du rouleau ? Place à « A Little Less Conversation » du King Elvis Presley.

Aussi capricieux qu’incontrôlable, ce super-pouvoir surréaliste, Zoey va, bien malgré elle, devoir apprendre à l’exploiter au mieux, ce dernier s’accompagnant en supplément d’une mission bien précise : aider ses proches à retrouver une certaine forme d’équilibre dans leur quotidien.
De
Whitney Houston à Ed Sheeran, de R.E.M. à Miley Cyrus ou même des Rolling Stones à DJ Khaled, la sélection de morceaux présente dans la série ratisse plus d’une cinquantaine d’années de tubes anglo-saxons et se révèle être une torture psychologique redoutable pour notre pauvre héroïne qui remarquera bien vite qu’elle ne peut désormais échapper à cette nouvelle destinée.

Les voix du succès

Véritable série à concept, Zoey et son Incroyable Playlist a largement matière à faire sourire quiconque se retrouverait nez à nez, sans la moindre préparation au préalable, face à son pitch pour le moins unique en son genre.

Zoey’s Extraordinary Playlist s’offre également de grands numéros musicaux en groupe – ©NBC (2020)

Pour autant, cette création made in NBC, également produite par Paul Feig, cache bien son jeu au sein de sa promotion et seul(e)s celles et ceux osant se lancer dans cette bien étrange aventure musicale seront en mesure d’apprécier toute la dimension tragi-comique qui la compose. Au-delà de ses prestations grandiloquentes, ce show ambitieux, bien qu’un peu fauché, production de network oblige, fait preuve d’une humanité que l’on ne peut que prendre plaisir à retrouver sur nos écrans durant cette période pour le moins complexe que notre société traverse. Qu’elle aborde la maladie, l’homosexualité, l’angoisse de la paternité, la foi, les troubles obsessionnels ou encore la charge mentale, Zoey et son Incroyable Playlist maîtrise son ton et ses sujets en faisant preuve d’une étonnante délicatesse lorsque le besoin s’en fait sentir. Grâce à cela, la série ne s’interdit rien et use de toutes ses aptitudes pour nous faire rire comme une madeleine autant que pleurer aux éclats. Dans ce petit jeu des émotions, l’ensemble de la distribution déroule sa partition avec une efficacité redoutable. Lumineuse et excentrique, la géniale Jane Levy, déjà vue dans Evil Dead (2013), Castle Rock et What/If, surprend plus que jamais dans un rôle à mille lieues de ses précédentes interprétations, tandis que tout le reste de la troupe de comédiens et comédiennes, composée de figures reconnues venues d’une multitude de productions américaines, de Lauren Graham (Gilmore Girls, Parenthood) à Peter Gallagher (Newport Beach, Covert Affairs) en passant par Mary Steenburgen (Philadelphia, The Last Man on Earth) et Skylar Astin (Pitch Perfect), lui donne la réplique dans des séquences aux joutes verbales savoureuses dans lesquelles les punchlines, souvent mordantes, fusent.

Zoey Clarke (Jane Levy) en compagnie de son excentrique et bienveillant voisin Mo (Alex Newell) – Zoey’s Extraordinary Playlist – ©NBC (2020)

Mention spéciale pour Alex Newell (Glee), interprète du fabuleux Mo, le voisin excentrique et non-binaire de Zoey, un second rôle aussi touchant qu’hilarant, obsédé par la mode et la musique, dont la répartie, le franc-parler et la puissance vocale constituent le sel d’une grande partie de la série.

La Nouvelle Star d’un genre ?

Vous l’aurez probablement compris à la lecture de ce précédent paragraphe, Zoey et son Incroyable Playlist est tout autant un savant concentré de vitamines D qu’un redoutable moyen de vous vider un paquet de Kleenex dans son entièreté.
L’enthousiasme général, les performances galvanisantes et la colorimétrie chatoyante composent un délicieux cocktail de bonne humeur qui se voit presque instantanément contrebalancé à chaque séquence par une tonalité réaliste et un rappel permanent aux difficultés que tout un chacun peut finalement se voir affronter un jour ou l’autre au sein de son quotidien.
En se penchant un peu sur le sujet, cet équilibre narratif ne représente-t-il pas le marqueur d’une dramédie efficace ? L’une de celles qui nous permettra tout autant de nous évader un instant tout en nous invitant à nous interroger sur une myriade de sujets aussi importants que souvent intimistes pour les auteurs et autrices qui se cachent derrière ? Dans le cas de
Zoey et son Incroyable Playlist, la série est dédiée à Richard Winsberg, le père de son créateur, décédé des suites d’un long combat contre la Paralysie supranucléaire progressive, tout comme la figure paternelle de l’héroïne.

Finalement, derrière les paillettes et les chansons pop, l’irrésistible Zoey et son Incroyable Playlist est avant-tout une création infiniment importante et personnelle pour l’homme qui en a eu l’idée. Un récit à l’humanité évidente qui se ressent tout au long des 12 épisodes qu’elle comporte. Un miroir déformant de la réalité qui ne pourra que difficilement laisser quiconque indifférent, y compris pour les plus réfractaires au genre si particulier qu’est la comédie musicale.

Grâce à ses nouveaux dons, Zoey Clarke (Jane Levy) peut recommuniquer avec Mitch (Peter Gallagher), son père malade – Zoey’s Extraordinary Playlist – ©NBC (2020)

Bien plus proche du comique noir et doux-amer de la tout aussi excellente Crazy Ex-Girlfriend que du charme délicieusement nostalgique, rêveur et romantique d’un La La Land (avec lequel elle partage tout de même sa chorégraphe, Mandy Moore), la série n’émet aucune fausse note et se permet même de remettre en permanence en question son propre concept, instaurant régulièrement de nouvelles règles face aux aptitudes grandissantes de Zoey qui devra apprendre à se sentir bien dans sa peau et à se comprendre soi-même avant de pouvoir épauler chacun des membres de son entourage pour qu’ils en fassent tout autant.
Durant ce passage de vie semé d’embûches, cette héroïne charismatique, initialement peu douée pour la joie de vivre et l’accueil des petits plaisirs du quotidien, finira par progresser, évoluer, s’interroger et lâcher prise avant de devoir procéder à une légion de choix qui ne pourront qu’avoir de lourdes conséquences sur la suite de son existence. Cela tombe bien, elle aura encore tout le temps d’appréhender ses innombrables bouleversements,
Zoey et son Incroyable Playlist ayant été renouvelée en juin dernier pour une seconde saison dont le tournage vient tout juste de débuter.

  • La saison 1 de Zoey et son Incroyable Playlist a été diffusée du 7 janvier au 3 mai sur NBC aux Etats-Unis. En France, la série a fait ses débuts le 19 mai sur WarnerTV et est désormais disponible à l’achat digital sur toutes les plateformes.
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Si vous êtes nouveau ici, ou que vous n’avez jamais regardé un épisode de Reflecto, je vous invite à vous rendre ici avant toute chose, pour que j’aie le plaisir de vous présenter l’émission !

Je suis très heureux de vous accueillir pour ce premier épisode de Reflecto. Un épisode d’ouverture qui ne fait pas vraiment dans la dentelle, puis qu’il va parler… de la mort.

L’idée m’est venue alors que je venais de terminer coup sur coup deux illustres jeux vidéos qui ont justement en commun de confronter le joueur à la mort d’un de leurs personnages principaux. Et ces deux jeux, que sont The Last of Us Part. II et Mother 3, le font d’une manière si différente que cela ne pouvait pas mieux tomber pour en faire le sujet de ce premier épisode !

[Attention] Ce premier épisode révèle, vous vous en doutez, des éléments importants de chacun de ces jeux. Si cela peut vous rassurer, ils surviennent chacun à la fin de leur premier chapitre respectif. C’est à dire au bout de deux-trois heures de jeu pour The Last of Us Part. II, et au bout d’une heure pour Mother 3.

J’espère que celui-ci vous intéressera et vous donnera envie de regarder les prochains !

Bon visionnage à tous, et à très vite dans les commentaires (ici ou sur Youtube) !

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George Takei est un acteur américain principalement connu pour son rôle de Lieutenant Sulu dans Star Trek. Mais ce qui se sait moins dans nos contrées, c’est qu’il a également toujours été un fervent militant politique avec des valeurs inculquées par ses parents. Leader de nombreux combats pour les droits LGBTQ+, il s’est aussi montré très actif ces dernières années dans une opposition de tous les instants à la politique anti-immigration de l’administration Trump. Pour une raison très simple : en 1942, alors qu’il n’était qu’un enfant, il est jeté dans un “camp d’internement” comme la plupart des Nippo-Américains. Des gens à la vie paisible et sans reproche mais qui étaient, simplement à cause de leur origine, considérés comme dangereux et ennemis des Etats-Unis. Une histoire qu’il partage dans un comics (ou roman graphique pour les snobs) avec son co-auteur Steven Scott et l’illustratrice Harmony Becker dans Nous étions les ennemis (ou They called us Enemy), sorti en mai 2020 chez nous et récompensé par un Eisner Award cette année.

Tout commence dans la psychose. Les Etats-Unis s’engouffrent dans la Seconde Guerre mondiale après l’attaque de Pearl Harbor par le Japon, accentuant une discrimination déjà bien présente contre la très nombreuse communauté d’origine japonaise sur la côte Ouest. Harcelés et agressés, ils sont finalement victimes de leur propre pays, les Etats-Unis : le Président américain de l’époque, Franklin D. Roosevelt, signe le décret présidentiel n° 9066 qui restera comme une tache indélébile dans l’histoire américaine. Ce décret désigne comme « zone d’exclusion » pratiquement toute la côte Ouest des Etats-Unis à tout personne d’ascendance japonaise. La finalité est simple : comme l’explique George Takei, ils veulent interner dans des camps l’ensemble de la population d’origine japonaise. Le début de la fin pour un pays qui se retourne ainsi contre ses propres citoyens.

© 2020 Nous étions les ennemis, Futuropolis et IDW Publishing

La dignité des opprimés

La signature du décret est un moment évidemment brutal pour le tout jeune George Takei. Du haut de ses cinq ans, il n’a pas encore conscience de la portée politique et des conséquences de la mesure, mais il voit immédiatement sa famille et ses amis devenir une cible pour des bas du front qui voient là une justification extraordinaire à toutes leurs pensées et actes racistes. Décomplexé, le racisme contre les asiatiques explose tandis que le FBI procède à des arrestations arbitraires et que l’armée américaine s’empresse de réunir cette communauté dans le but de l’enfermer dans des camps d’internement en Californie, Arkansas, Arizona ou encore dans le Colorado. Son père qu’il admire tant devient prisonnier comme tous les autres, sa mère ne cesse d’être digne face à une situation humainement insupportable, et c’est cette image de ses parents qu’il ne cesse de raconter avec un amour bouleversant. Car cette situation est fondatrice dans l’identité de George Takei. C’est ce qui a forgé son intérêt pour la politique et pour la défense des minorités, à une époque où il voyait ses parents subir l’innommable en gardant toujours la tête haute. Nous étions les ennemis n’est pourtant pas qu’un simple récit autobiographique, c’est aussi une excellente bande-dessinée où l’illustratrice Harmony Becker raconte avec ses dessins et sa mise en scène une histoire bouleversante. Quelques-uns de ses dessins ne peuvent plus me sortir de l’esprit depuis ma lecture, où elle est capable d’utiliser le récit de George Takei pour montrer toute l’horreur de ces camps et leur impact insupportable sur toute une génération et sa descendance. Avec la finesse de son approche et sa retenue lors des scènes les plus graves, Harmony Becker émeut au moins autant que l’histoire de l’acteur.

Et si elle y arrive si bien, c’est aussi parce que Takei raconte son histoire avec une simplicité qui surprend face à la complexité des événements. Notamment parce qu’il les raconte du point de vue de l’enfant qu’il était, avec sa difficulté à comprendre pourquoi il devait soudainement vivre dans ces baraquements sales alors que ses parents avaient une vie bien rangée auparavant. Il ne comprend pas non plus pourquoi il y a tous ces grillages autour de ce « quartier » ni pourquoi ses parents ne peuvent pas en sortir. En racontant cela presque à la manière d’un récit initiatique, il cherche à montrer ce qui a fondé ses convictions et pourquoi il se bat aujourd’hui avec autant d’ardeur.

L’excuse sécuritaire : en 1942 comme en 2020

Car ce n’est pas un hasard s’il a décidé de raconter son histoire en 2019. Les Etats-Unis s’engouffrent plus que jamais dans un populisme exacerbé qui justifie toutes les atteintes aux droits fondamentaux : on a tous vu passer ces images extrêmement choquantes où des enfants d’origine mexicaine, essentiellement, étaient enfermés en cage dans le sud des Etats-Unis. On a vu des familles être arrêtées et expulsées, voire même séparées, sans jamais la moindre considération pour les droits de l’homme qu’un pays aussi puissant a pourtant juré de défendre. Une politique anti-immigration de l’administration Trump (et, soyons honnêtes, de ses prédécesseurs également) qui ne cesse d’émouvoir sans pour autant susciter de réelle réaction concrète. Une chose que cherche à combattre George Takei en montrant dans son engagement politique, au travers de cette œuvre formidable, que ce qui apparaît au départ comme une mesure de sauvegarde de l’Etat peut très rapidement dégénérer en une mesure autoritaire foncièrement opposée aux droits humains. Il raconte dans Nous étions les ennemis la dérive autoritaire américaine sur fond de populisme qui a permise, à l’époque, de justifier les pires horreurs avec la complicité implicite de nombreuses personnes qui au mieux ferment les yeux, ou au pire relativisent la violence de ces actes. C’est quelque chose qu’il a dénoncé très clairement dans un tweet l’année dernière.

On peut d’ailleurs faire un parallèle très clair avec l’époque dans laquelle on vit, une comparaison que George Takei ne fait pas explicitement dans son livre mais qu’il sous-entend très largement dans son engagement de tous les jours. Si ce type de mesure a pu exister à l’époque, c’est parce que le concept de « cinquième colonne » était constamment agité pour désigner la menace extérieure qui serait en train de se réunir dans l’ombre pour renverser l’Etat. Une idée qui montrait du doigt les américains d’origine japonaise à l’époque, et qui peut désigner aujourd’hui d’autres populations. En effet, cette théorie sur la « cinquième colonne » revêt de nos jours d’autres termes qui sont souvent agités par les partisans de droite et d’extrême-droite qui voient dans l’immigration aux Etats-Unis ou en France une nouvelle forme de cette théorie. Cela provoque des politiques qui s’enferment dans une politique répressive et autoritaire, à l’image par exemple de ce que la France peut faire aujourd’hui avec ses « centres de rétention » où sont enfermés des demandeurs d’asile sans grande considération pour les droits à la défense. Sans parler des conditions de détention qui valent à la France des condamnations régulières.

© 2020 Nous étions les ennemis, Futuropolis et IDW Publishing

Un combat pour l’éternité

Alors oui, Nous étions les ennemis raconte un passé honteux pour les Etats-Unis qui a forgé l’esprit combatif et de rébellion face à l’autorité pour l’un des acteurs majeurs de la lutte des minorités LGBTQ+ et immigrées aux Etats-Unis. Mais ce passé se confond avec un présent sur lequel il nous avertit, avec un racisme contre les asiatiques, entre autre, dont il est encore victime : certains vantent par exemple encore la « discrétion » et « l’intégration » des communautés asiatiques dans le monde avec une condescendance foncièrement colonialiste pour les opposer aux autres communautés. Le cinéma de son côté continue de se servir de personnages asiatiques comme simples excuses à des blagues d’un goût douteux. On se souvient récemment de la représentation de Bruce Lee dans Once upon a time… in Hollywood qui a été pointée du doigt, ou encore le dernier film de Guy Ritchie, The Gentlemen, qui fonde la quasi-entièreté de son « humour » sur ses personnages d’origine chinoises, régulièrement désignés avec un terme offensant. La question de l’identité a d’ailleurs été traitée avec beaucoup de malice et justesse par Frédéric Chau avec son surprenant Made in China l’année dernière, et surtout Lulu Wang avec The Farewell. Si le combat de George Takei est aussi important, c’est parce qu’un racisme institutionnel est encore à l’œuvre dans nos pays, et que son expérience comme celle de bon nombre de Nippo-Américains qui ont vécu ces camps d’horreur devrait nous servir à mieux avancer et éviter de répéter les mêmes horreurs que dans le passé.

Il y a en effet beaucoup de choses à apprendre de Nous étions les ennemis. Son auteur, George Takei, ne cesse de raconter, avec un courage qui force le respect, l’amour et l’admiration qu’il voue à ses parents. Admiratif de leur dignité et de leur capacité à surmonter ce qui a brisé leur vie, il y puise la force qu’il met dans ses combats d’aujourd’hui. Mais son œuvre est aussi un avertissement, un rappel, comme une sorte de devoir de mémoire : ce qui s’est passé en 1942, jusqu’à la fin de la Seconde Guerre mondiale, peut revenir à tout instant. Et on en voit les héritiers dans nos sociétés, face auxquels l’acteur refuse de fermer les yeux. Emouvant, son récit est une véritable nécessité de nos jours, et il profite en plus du talent de Steven Scott et Harmony Becker pour mettre en scène cette histoire qu’il partage avec des milliers d’autres américains d’origine japonaise.

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Si vous êtes là, c’est que vous vous demandez sans doute qu’est-ce que c’est donc que « Reflecto ». Entre le fait que ça ressemble à une formule de sort dans Harry Potter, et que ce titre ne soit pas très évocateur, je suis obligé de m’incliner face à la légitimité de votre interrogation.

Voici donc une petite foire aux questions, qui devrait vous éclairer, et vous permettre d’apprécier au mieux chacun des épisodes de cette série :

C’est quoi le concept de « Reflecto » ?

Si j’ai choisi ce titre, c’est parce qu’il vient du latin « Reflectere » qui signifie à l’origine « Plier, recourber », mais qui a donné en français des mots comme « Réfléchir » et « Réflexion ». Et il s’agit justement du fil conducteur de tous les épisodes de la série.

Lorsque je réfléchissais (justement) au type de contenu que je pourrais produire pour Pod’Culture, je n’avais pas envie de me poser de limites quant à la variété de sujets que je pourrais traiter. J’ai eu peur qu’un concept très défini puisse m’enfermer dans un carcan qui m’empêcherait de parler de ce que je veux, et de la manière dont je le souhaite. Face à la variété de ce que je pouvais aborder, il fallait que je me centre autour d’une démarche, plutôt que d’un format. Ainsi est née la philosophie de cette série : Prendre une thématique donnée (Exemple du premier épisode : Le traitement de la mort d’un personnage principal) et me servir des œuvres que je connais pour l’illustrer, et en analyser les ressorts. Le tout sous la forme d’une voix off, illustrée par des images et de la vidéo.

Il s’agit donc d’une série analytique. Mon but est que le spectateur ressorte du visionnage en ayant appris quelque chose, et accessoirement en ayant découvert, via un prisme très précis, une œuvre qu’il ne connaissait pas !

Mais du coup tu vas parler de quoi ?

Eh ben…Un peu de tout ! L’avantage de ce format, c’est qu’il me permet d’aborder les principaux media propres à la pop culture, en particulier les jeux vidéos, la bande dessinée, le cinéma et les séries. Je ne pense toutefois pas traiter ici de littérature, du moins pas en tant qu’œuvre principale dans un Reflecto. J’imagine que vous en conviendrez, un livre, ça se prête assez peu au format vidéo avec voix off.

Est-ce que tu vas spoiler ?

Alors mesdames, messieurs, il faut que vous soyez bien prévenu(e)s : OUI

Le concept de Reflecto implique une réflexion en profondeur sur les œuvres, et donc une analyse poussée de ce qui les compose. Cela va nécessairement entrainer des révélations plus ou moins volontaires (à travers mon propos ou ses illustrations) sur des points clés des œuvres.

De manière générale, si vous ne souhaitez vraiment pas être spoilés, je vous conseille vivement de jouer, lire ou regarder l’œuvre en question avant de visionner un épisode de Reflecto qui lui est consacrée.

©2020, The Last Of Us Part. II, Naughty Dog    ©2006, Mother 3, Shigesato Itoi, APE Inc.

Le premier épisode va, je l’espère, vous faire redécouvrir The Last of Us Part. II et Mother 3 sous un angle différent… 

Pourquoi y’a écrit « Saison 0 » ? Ça veut rien dire Saison 0 !

C’est une façon de dire que je suis en phase de rodage, car je me lance dans le format vidéo avec cette émission. La saison zéro durera le temps que je me sente complètement à l’aise avec ce mode d’expression. En attendant je travaille consciencieusement sur chaque vidéo pour que chacune soit, à sa façon, mémorable !

A quel rythme les épisodes sortiront ?

Pour le moment je compte en sortir un par mois. Dans le même temps je participe également au podcast mensuel de Pod’Culture et je joue dans un groupe de musique assez actif. Ça plus la vraie vie, ça laisse peu de temps pour une parution plus rapprochée. Du moins pour l’instant. On verra si ça évolue dans le futur !

On se retrouvera également tous les mois dans le podcast de Pod’Culture !

Est-ce qu’on peut te faire des retours, des critiques ou des suggestions ?

Bien entendu ! Au contraire, il serait dommage qu’un concept comme Reflecto, justement dédié à aiguiser l’esprit critique, ne soulève aucune réaction ! Je serais très heureux de discuter avec vous si ce que je dis vous donne envie d’exprimer votre propre point de vue, ou si vous relevez des points que j’ai oublié ou que je pourrais améliorer.

Il ne me reste plus qu’à vous souhaiter un excellent moment avec Reflecto, en espérant que ce contenu va vous plaire !

1 Twitter

Depuis que l’on vous tease ce projet, par le biais de tweets et notamment de petites vidéos teaser… Il était temps de le dévoiler au grand jour ! Tout a commencé cet été, lorsque nous cherchions comment faire évoluer Pod’Culture (le podcast), suite aux départs de certains des chroniqueurs, leur permettant ainsi d’être plus proche que jamais de leurs projets aussi bien personnels que professionnels. Sachant d’autant plus que certains n’étaient pas à l’aise à l’oral, d’où la raison de leur départ.

Qu’à cela ne tienne ! Pod’Culture va évoluer, va grandir et va proposer plus de contenu ! C’est pour cette raison que Pod’Culture devient un site, qui plus est un site communautaire, rassemblant plusieurs auteurs/blogueurs/vidéastes.  Permettant ainsi à chacun/e de s’exprimer comme il/elle le souhaite. Que ce soit à l’écrit par le biais d’articles, ou à l’oral avec différents podcasts et vidéos. Tout est clairement possible sur PodCulture.fr tant que notre base de travail reste la même, à savoir : parler de Pop Culture.

La Pop Culture c’est bien sympa, mais ça intègre quoi exactement ?

Pour PodCulture.fr et son équipe, la pop culture concerne les sujets suivants ;

  •  Le cinéma, et les différents types d’œuvres cinématographiques : long/moyen/court métrage, mais également séries ou animés ;
  •  le jeu vidéo ;
  •  la littérature ainsi que la bande dessinée (qui comprend les mangas, comics, etc...)

Comme vous le voyez le choix est vaste, varié et continue à correspondre à ce que l’on voulait aborder avec le Podcast. À savoir des œuvres culturelles que l’on souhaite partager avec le plus grand nombre.

Une ligne éditoriale importante à nos yeux

Comme depuis le début, le choix qui a été fait pour Pod’Culture (l’émission) n’est pas de faire un état des lieux de l’actualité. Ou si c’est le cas, de prendre le contre pied et discuter autour du sujet pour savoir ce que l’on peut en retirer. Donc ici, vous ne verrez pas de « news ». Mais si un sujet d’actu nous intéresse nous en parlerons sous la forme d’un dossier, documenté et avec un avis totalement subjectif.

Notre but avant tout, c’est de partager une réflexion sur un sujet par le biais du ressenti et de l’analyse de chacun des auteurs. Que ce soit sur des œuvres récentes ou non, tant que l’on a quelque chose à en dire et en tirer, il y aura un article sur ces œuvres en question. Par ailleurs, on se retrouvera à raison de 2 fois par semaine, à savoir le mardi et le jeudi dans un premier temps, et bien évidemment nous ne sommes pas fermés à une évolution à ce sujet.

Une nouvelle équipe ?!

Car oui, ce n’est pas le seul changement. L’équipe a elle aussi bien évoluée, entre des petits nouveaux et des anciens. Le staff de PodCulture.fr est rempli de talent, dont je me fais une joie de vous présenter. Ou pour les anciens, vous les représenter.

Anthony F. / Hachim0n, juriste et blogueur sur La Tentation Culturelle, il mettra des taquets à Netflix si l’envie lui en prend ! Passionné de cinéma, il écrit également pour Ciné-Asie et pour son autre passion, les jeux vidéo sur JeuxOnLine.

Aymeric Aulen, ancien blogueur et très actif sur Twitter, sa passion pour la pop culture n’a aucune faille. Il s’amusera à  tisser des liens intéressants entre chaque média !

Donnie Jeep, auteur et scénariste de BD. Il s’en va flâner sur les œuvres culturelles dès qu’il en a l’occasion. Il tient d’ailleurs un podcast (Enter Player Two) où il met en avant, le temps d’une émission, les personnes qui mettent en valeur le jeu vidéo.

F de l’O., co-fondatrice et de retour sur Pod’Culture, notre manieuse de Keyblade professionnelle propose des articles toujours plus intéressant les uns que les autres sur blog Little Gamers ! Par ailleurs, les trophées lui étant un peu montés à la tête, il lui arrive d’écrire des news sur PSTHC.

Hauntya, blogueuse sur les internets et bibliothécaire d’une sagesse exemplaire, elle en est devenue Prophétesse de Senua. Sur son blog Hauntya’s Room, elle nous invite dans son cocon dans lequel elle nous parle de ses œuvres préférées.

Reblys, co-fondateur de Pod’Culture, musicien de talent et dévoreur d’œuvres de la pop culture. Il se pose beaucoup de questions à propos de cette dernière. C’est pourquoi il s’efforcera d’y trouver des réponses par le biais de différents formats ici-même.

Mystic Falco, co-fondateur de Pod’Culture, et surtout ancien blogueur sur MysticFalco.fr. Il était temps de reprendre l’écriture et surtout commencer à écrire des vidéos. Ravi d’avoir rassemblé une telle équipe autour d’un projet commun !

Si vous souhaitez en savoir plus sur nous, n’hésitez pas à checker la page Staff du site, ou vous retrouverez d’ailleurs tous les liens de nos réseaux sociaux et autres blogs.

Le mot de la fin

Maintenant que vous savez tout, il ne nous reste plus qu’à vous souhaiter une bonne balade sur le site. On vous propose pour l’ouverture de celui-ci 2 articles, à savoir :

« Nous étions les ennemis | Pour mieux comprendre le présent » par Anthony F.

« The Last of Us Part II. & Mother 3 | Réussir sa mort » par Reblys.

Une très bonne lecture et un très bon visionnage à vous,

L’équipe de Pod’Culture.

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