Avec un peu de retard, on revient dans cette nouvelle chronique DC Infinite sur les sorties du mois de février 2025. Un mois assez chiche en terme de nouveautés, néanmoins c’est la fin de deux récits : Dawn of JSA, mais surtout, le septième et dernier tome du génial Nightwing Infinite de Tom Taylor et Bruno Redondo. La fin d’un cycle certainement, pour une série qui accompagne la collection Infinite depuis maintenant trois ans et qui constituait l’un de ses meilleurs rendez-vous, voire le meilleur.
Cette chronique a été écrite suite à l’envoi d’exemplaires par l’éditeur.
Dawn of JSA – Tome 3, une fin et après ?
Dernier des trois tomes que devait compter la série Dawn of JSA consacrée à la Société de Justice d’Amérique, celui-ci met un point final au récit principal en douze numéros écrit par Geoff Johns. On y suivait une narration assez confuse, néanmoins pleine de coeur, tentant de concilier l’ancienne génération de héros et d’héroïnes de la Société de Justice tout en y mettant un nouveau souffle au travers de nouveaux personnages qui la rejoignaient. Sur fond d’un récit finalement assez peu intéressant autour d’un nazi qui traverse les époques pour détruire les différentes générations de la JSA, Geoff Johns s’est tout de même offert une dernière balade qui a eu ses bons moments. Les derniers numéros, conclus avec Justice Society of America #12 dans ce troisième tome, manquent toutefois d’un peu de liant pour conforter leur impact émotionnel. Sommaire et confuse, la fin n’est pas à la hauteur des précédents numéros, ni du talent de son auteur. Il faut plutôt aller chercher du côté des deux séries suivantes, qui racontent les origines mais aussi le futur de quelques personnages importants, pour trouver le véritable intérêt du comics.
Car ce troisième tome nous propose aussi les six numéros de Alan Scott: The Green Lantern, et les six de Wesley Dodds: The Sandman. Le récit consacré à Alan Scott, écrit par Tim Sheridan et joliment dessiné par Cian Tormey va chercher du côté des débuts du tout premier Lantern humain, membre éminent de la JSA, mais surtout raconté ici au prisme de son homosexualité, qui lui a valu d’abord une vie cachée au sein de l’armée américaine, puis d’être l’objet d’un chantage par J. Edgar Hoover, le célèbre chef du FBI que l’auteur intègre à son récit pour raconter l’horreur des années 1930 pour celles et ceux qui ne se conformaient pas aux moeurs en vigueur. Plus encore, le scénariste raconte la vie personnelle et amoureuse du Lantern au travers de sa confrontation avec le premier Red Lantern, et ça marche sacrément bien. Il en est de même pour l’autre série, Wesley Dodds: The Sandman, qui se place elle en 1940, et raconte un justicier traumatisé par les récits de son père sur les gaz utilisés lors de la Première Guerre Mondiale, et qui se jure de ne jamais tuer personne. Jusqu’au jour où, ses recherches sur un gaz soporifique non létale le mènent à découvrir d’autres formules, plus létales, qu’il tente de cacher, mais qui vont être volées par un vilain. Sur une ambiance type film noir, le comics écrit par Robert Venditti et superbement mis en image par Riley Rossmo est une véritable réussite, avec un récit fluide et des visuels saisissants. Comme pour le comics dédié à Alan Scott, on sent une volonté d’étoffer l’histoire de ces personnages pour les rajeunir, mais aussi en faire d’éventuels têtes d’affiches pour un renouveau de la JSA, aux côtés de Huntress et Stargirl qui étaient au centre des deux premiers tomes.
Nightwing Infinite – Tome 7, un exploit et puis s’en va
Quelle surprise aura été ce Nightwing. Décidé à faire grandir le personnage et en faire un des éléments centraux de l’univers DC, Tom Taylor a donné beaucoup de coeur à Dick Grayson, éternel sidekick de la famille de Batman qui prenait enfin l’ascendant, en incarnant un renouveau tant du côté de ses aventures personnelles, avec sa vie commune auprès de Barbara Gordon (Batgirl), que de sa vie publique en utilisant une fortune nouvellement acquise pour faire le bien dans son fief de Blüdhaven. En tant que super-héros, c’est aussi celui qui s’est mis avec les Titans à diriger l’essentiel des efforts des justiciers et justicières, en remplaçant une Justice League désormais plus ou moins à la retraite. En gagnant en épaisseur, le personnage gagne aussi en finesse, grâce à l’écriture d’un Tom Taylor qui a été capable aussi bien d’en faire un récit épique que drôle, en y ajoutant aussi beaucoup d’émotions, un attachement inévitable à sa chienne Haley, ou en revenant sur son enfance et sur ceux qui sont restés dans l’ombre du drame de la mort de ses parents. Très intime sur le fond, le comics a aussi été une immense réussite visuelle avec un Bruno Redondo au plus fort de sa forme, qui avait laissé quelques numéros à d’autres dessinateurs depuis mais qui revient là sur le dernier tome avec talent.
Qu’en est-il concrètement de ce dernier tome ? On a d’abord un numéro annual sur Bea Bennett, la pirate que l’on a rencontré au tome précédent et qui raconte comment elle s’est retrouvée là. Plutôt sympathique, c’est une mise en bouche pour les derniers numéros de la série principale Nightwing, où l’auteur vient conclure l’histoire autour de Sans-coeur, la principale menace de la série depuis ses débuts. Les personnages vont découvrir enfin qui se cache derrière le masque de celui qui arrache des coeurs, mais surtout, cette fin passe par une « chute » littérale que figurative de Dick Grayson, dont toute l’action est remise en cause publiquement, avec des petits bouts de puzzles disséminés dans l’ensemble des tomes précédentes et qui forment enfin le tout du plan machiavélique de Sans-coeur. C’est une belle fin, à la hauteur émotionnelle du reste de la série, avec une mise en scène toujours aussi impressionnante. Bruno Redondo s’était illustré pour sa manière de « jouer » avec les cases dans une mise en scène très dynamique, ce qu’il fait là encore, pour notre plus grand plaisir. Si la série ne manque pas de grands moments visuels, on se souvient notamment du numéro #87 (dans le tome 2) où le dessinateur racontait un numéro complet, d’une vingtaine de pages, en une longue et unique illustration sans coupure, à la manière d’un plan-séquence au cinéma. Nightwing Infinite est terminé, et ça va nous manquer.
- Les comics de la collection DC Infinite sont disponibles en librairie aux éditions Urban Comics.