Conjuring : Sous l’emprise du diable | L’enquête romancée des Warren

par F-de-Lo

L’existence est faite de paradoxes. Par exemple, j’ai une tolérance très limitée à l’horreur, ce qui ne m’empêche pas de multiplier les expériences angoissantes, dans les jeux vidéo ou même au cinéma. C’est grâce à l’univers cinématographique The Conjuring que j’ai découvert l’existence du couple Warren. Ed et Lorraine Warren sont des écrivains américains spécialisés dans les sciences occultes. Le démonologue et la medium ont mené de nombreuses investigations sur des affaires jugées paranormales. Parmi leurs enquêtes les plus célèbres, figurent celles de la poupée Annabelle, le cauchemar de la famille Perron, le cas Enfield ou Amityville, la maison du Diable.

La poupée Annabelle : Attente contre réalité

Si vous êtes de nature curieuse, je vous conseille Les Dossiers Warren, écrit par Marie Alsina. Ce livre fait la description de nombreuses affaires auxquelles a pris part le couple. On pourrait lui reprocher d’énoncer les faits de façon orientée, sans remettre en question l’existence des démons, ni la sincérité des Warren. Si plusieurs « preuves » viennent étayer les histoires du couple, il existe aussi de nombreux contre-témoignages qui ne sont que rarement mis en avant. Pour cause, les Warren possèdent un capital sympathie non anodin, renforcé par le succès des films. Étaient-ils des spécialistes animés par une sincérité à toute épreuve, ou ont-ils, sans pour autant être de véritables charlatans, simplement romancé la réalité ? Nous ne saurons probablement jamais la vérité, mais si le cœur vous en dit, vous avez la possibilité de visiter le Musée Warren, au Connecticut, aux États-Unis. Il s’agit de l’endroit où sont entreposés les objets maléfiques glanés par les Warren, au fil des années. Même si la poupée Annabelle ne ressemble guère à celles des films, le musée est béni chaque semaine et quelque chose me dit que je n’y mettrai, personnellement, jamais les pieds. Sait-on jamais!

Un nouveau cas : Le procès d’Arne Cheyenne Johnson

Ed et Lorraine Warren

A moins d’avoir été enfermés dans la cave des Warren pendant des années, vous avez sûrement entendu parler des films Conjuring ou de leurs nombreux spin-offs. J’ai, pour ma part, été profondément marquée par Conjuring : Les dossiers Warren, sorti en 2013. Le long-métrage nous introduisait dans le quotidien de la famille Perron et distillait la peur, afin de la faire monter en crescendo, de la même manière qu’un démon prend insidieusement possession de sa proie. Peu sensible aux jump scares et autres scènes sensationnelles, j’ai été séduite – pour ne pas dire traumatisée – par l’implicite et l’ambiance qui se dégageaient du film. En 2016, Conjuring 2 : Le cas Enfield poursuivait la quête entreprise par son prédécesseur. Il en émanait pourtant un sous-texte profondément intime et mélancolique. Les deux premiers Conjuring sont, à mes yeux, de grands films du genre. J’attendais au tournant le dernier opus de la trilogie, Conjuring : Sous l’emprise du diable, sorti le 9 juin dernier.

Ed et Lorraine Warren sont toujours interprétés, avec brio, par Patrick Wilson et Vera Farmiga. La bande originale est composée par Joseph Bishara. C’est heureux, tant la musique d’ambiance (comme les effets sonores) sont immersifs. Le reste de l’équipe technique subit, en revanche, un changement assez drastique. Le réalisateur James Wan cède la place à Michael Chaves. Le scénario n’est plus assuré par les frères Hayes mais par David Leslie Johnson-McGoldrick.

L’intrigue du film se situe au début des années 80. Elle s’inspire d’un fait réel : l’exorcisme de David Glatzel, un petit garçon possédé par un démon. A ce propos, les enregistrements de l’exorcisme en question, diffusés pendant le générique final, sont assez glaçants. Le démon n’aurait pas été chassé mais aurait pris possession du corps d’Arne Cheyenne Johnson, le futur beau-frère de David. Celui-ci a été jugé pour meurtre, dans le Connecticut, en 1981.

Une vision du nouveau cauchemar des Warren

Une référence très claire à L’Exorciste © Conjuring : Sous l’emprise du diable, 2021

Cela n’était aucunement prémédité, mais j’ai eu l’occasion de voir le film, en 4DX. Si être ballottée d’un côté à l’autre du fauteuil est une expérience que je ne renouvellerai pas tout de suite, j’ai apprécié l’immersion renforcée par l’équipement d’une telle salle. Les mouvements du fauteuil épousent ceux de la caméra, et c’est particulièrement oppressant dans un film comme Conjuring : Sous l’emprise du diable. La légère force exercée par le fauteuil me donnait l’impression de suivre les travellings de la caméra, comme si j’étais contrainte d’avancer vers une maison où je n’avais aucune envie de mettre les pieds. A ce titre, et sans être révolutionnaire, la mise en scène de Michael Chaves est diablement efficace. Les mouvements de caméra minutieusement choisis et les angles exigus renforcent le caractère oppressant de certaines scènes. Notons que la technologie 4DX projette des flashs de lumière lorsqu’il y a des éclairs à l’écran, ou de l’eau quand une scène s’avère quelque peu humide. Il s’agit de petites attractions qui, mal employées, pourraient faire sortir les spectateurs du film ; mais qui se sont révélées particulièrement efficaces au cours de ce long-métrage.

Conjuring : Sous l’emprise du diable est, sans nul doute, un très bon film d’épouvante. L’enquête est prenante et les scènes d’angoisse sont innovantes, sans pour autant utiliser la surenchère à outrance. Aussi étonnant que cela puisse sembler, la force du film émane surtout de la relation du couple Warren. Si on se contentait de les découvrir en 2013, le Cas Enfield a initié un véritablement développement des personnages, qui se poursuit dans cette deuxième suite. La solidité du couple est mise à l’épreuve, physiquement et spirituellement. Ed et Lorraine Warren rappellent combien la foi en l’autre peut être salvatrice, non pas de façon grandiloquente, mais par l’intermédiaire de ces petits gestes qui font la différence.

Plus de jumps scares et moins de vraisemblance

Les Warren mènent l’enquête © Conjuring : Sous l’emprise du diable, 2021

En dépit de qualités indéniables, Conjuring : Sous l’emprise du diable est, à mes yeux, en deçà de ses prédécesseurs. Le traitement de l’horreur n’est malheureusement pas le même. Le dernier film de la trilogie propose un rythme différent, où le mal n’apparaît pas en crescendo, mais ponctue l’intrigue, ici et là, de façon plus imprévisible. Suivant la même logique, les scènes d’épouvante jouent davantage la carte de la surprise et du sensationnel, que celle de la suggestion. Bien que les scènes en question soient plutôt distrayantes et réussies visuellement, aucune n’a su autant me marquer que les cauchemars des précédents volets. C’est indéniable, ce troisième Conjuring ne m’a pas effrayée, ni mise mal à l’aise. Entendons-nous bien, il assure une qualité largement supérieure à celle de certains spin-offs de la franchise ; mais le long-métrage souffre du changement de rythme employé.

Le second problème, et non des moindres, concerne la vraisemblance. Certes, pourquoi s’en soucier dans un film d’horreur, qui parle de démons et d’exorcisme ? Eh bien, précisément parce que les Conjuring ne sont pas de simples fictions. Dès le départ, Sous l’emprise du diable rappelle, en toutes lettres, que l’histoire est inspirée de faits réels. Même si les spectateurs se doutent que le tout est romancé, le long-métrage fait appel à leur suspension consentie de l’incrédulité. Or, ce troisième opus la met à rude épreuve. Certaines scènes usent de ficelles trop visibles, et surtout, l’antagoniste du film ne possède aucune sorte de mobile. J’ai trouvé le tout surprenant avant d’apprendre que Conjuring : Sous l’emprise du diable est le film prenant le plus de liberté par rapport à la réalité. Des personnages et des pans entiers de l’histoire sont imaginaires et ne reposent sur aucune anecdote, aussi infime soit-elle. Seule la première partie du long-métrage s’appuie sur une réelle enquête des Warren. Or, que l’on soit connaisseurs ou non, cela se ressent.

Conclusion

A mes yeux, les deux premiers films avaient mis la barre très haut. Conjuring : Sous l’emprise du diable entreprend un changement radical de thème et surtout de rythme. Le dernier épisode de la trilogie prend un risque innovant et cela est tout à son honneur. Malheureusement, le traitement de l’horreur n’est pas le même et peine à effrayer. Sous l’emprise du diable est, de loin, l’épisode de la trilogie qui repose le moins sur des faits historiques. C’est pourquoi la suspension consentie de l’incrédulité est mise à rude épreuve. C’est fort dommage, car la seule idée d’imaginer que les enquêtes des Warren soient véridiques, contribue à la peur distillée par les films. Le long-métrage demeure malgré tout un bon film du genre. Les scènes d’épouvante sont distrayantes et réussies visuellement. L’enquête permet de développer la relation entre Ed et Lorraine Warren, et ce même s’ils se fréquentent depuis 30 ans. La trilogie n’aura donc pas à rougir de son dernier volet, qui, en dépit de tout, mérite d’être vu.

  • Conjuring : Sous l’emprise du diable est un film réalisé par Michael Chaves, projeté en salles depuis le 9 juin 2021.
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