007 First Light | À l’aube d’une légende

par Anthony F.

IO Interactive est le studio d’un jeu : Hitman. Si les développeurs de Copenhangue se sont aventurés à d’autres essais par le passé, notamment Freedom Fighters et Kane & Lynch (une série que j’aimais beaucoup malgré ses soucis), “IOI” reste historiquement le créateur de la série de l’assassin chauve et affublé d’un code-barre. Plus encore ces 15 dernières années, puisque le studio s’était entièrement focalisé sur Hitman, avec un renouveau notable il y a dix ans puis ses deux suites au succès retentissant. Mais il y a six ans, déjà, ils annonçaient travailler sur un “Projet 007”, tiré de la licence James Bond, resté mystérieux pendant longtemps, jusqu’à ce qu’enfin le titre débarque ce mois de mai 2026, dans une formule non seulement surprenante pour IOI, mais aussi aux antipodes des précédents titres adaptés de l’agent secret.

Bond sous un nouveau jour 

© 2026 IO Interactive – Metro-Goldwyn-Mayer Studios Inc.

Les adaptations vidéoludiques de 007 n’ont pas été un long fleuve tranquille non plus. Dans l’ensemble, celle-ci a été plutôt bien traitée par les développeur·euses qui sont passé·es dessus, en particulier au temps où la licence se trouvait dans le giron de Rare avec le 007 Goldeneye resté culte sur Nintendo 64, mais aussi par la suite chez Electronic Arts, avec de nombreux jeux PS1 puis PS2 qui étaient pour la plupart au moins sympathiques (Tomorrow Never Dies, Agents Under Fire, Nightfire) ou même franchement réussis, comme 007 From Russia With Love qui est un des meilleurs titres adaptés de James Bond. Mais les choses se sont parfois gâtées, avec certains titres complètement ratés (comme l’infâme Goldeneye – Rogue Agent, l’un des pires jeux de ma vie), ou l’arrivée de la licence dans l’escarcelle de Activision qui en a fait des titres très orientés action, sur la génération PS360 où les cover-shooter et les FPS avaient la côte. Jusqu’à l’échec de 007 Legends qui a carrément poussé Eon Productions et Metro-Goldwyn-Mayer à purement et simplement révoquer le contrat qui les unissait à Activision. Une décision radicale qui, derrière, a complètement fait disparaitre James Bond des jeux vidéo, puisqu’il a fallu attendre 12 ans, pour un retour, avec le 007 First Light qui nous intéresse ici. Et on sent que IO Interactive a pris pleine mesure de ce que ça signifie de travailler sur une licence qui, même si elle a bien changé au fil des époques et des interprètes au cinéma, suscite toujours des attentes importantes. Peut-être plus encore pour eux qui sortent de sacrés succès critiques avec les derniers Hitman, et qui offrent une interprétation entièrement originale. C’est en effet la première fois depuis Agents Under Fire, sorti en 2001, qu’un jeu propose un James Bond entièrement inédit, ne reprenant les traits d’aucun acteur ayant joué l’agent secret. 

© 2026 IO Interactive – Metro-Goldwyn-Mayer Studios Inc.

Et c’est ce qui leur permet d’avoir une liberté créative quasi-totale sur le jeu, pour son plus grand bien. Au contraire des films et jeux qui racontent en général un Bond dans la force de l’âge, agent d’expérience, 007 First Light prend la légende sous un autre angle, celui des débuts. La première mission, exemple de mise en situation, qui rejoint les meilleures scènes introductives des films, nous montre un jeune officier de la SAS, les forces spéciales de l’armée britannique, à la dérive après un crash de l’avion où il était avec son équipe lors d’une opération en Islande. Par la force des choses, il se retrouve guidé à distance par une membre du MI6, les services secrets britanniques, qui tente de le mettre en sécurité alors qu’il se joue visiblement au fin fond de l’Islande quelque chose qui le dépasse complètement. Puis le jeu embraye sur un training montage qui montre Bond et d’autres jeunes apprentis 00, grand tutoriel du jeu qui en montre toutes les subtilités : l’infiltration héritée des Hitman, avec un art du déguisement et de l’utilisation de l’environnement pour arriver à ses fins, mais aussi l’action, avec du combat au corps à corps extrêmement réussi, brutal, dynamique, qui exploite là-aussi l’environnement avec intelligence, et des gunfights qui ne manquent pas non plus de panache. Une vraie bonne surprise alors que IOI s’était éloigné du genre du shooter depuis un paquet d’années, mais le studio montre là une expertise dans une mise en scène des phases de shoot qui se veut viscérale, faisant de son héros un personnage en perpétuelle survie plutôt qu’en prédateur. Cela repose notamment des munitions limitées qui obligent à ramasser sans cesse les armes lâchées par les ennemis que l’on dézingue, mais également en utilisant au maximum les décors pour les piéger et s’en défaire en utilisant le moins de munitions possibles. Cela fonctionne d’autant mieux que les environnements sont somptueux, on prend plaisir à les explorer, avec une belle diversité de zones : d’un hôtel luxueux où l’on se joue maître de la dissimulation, à des passages dans les bureaux du MI6, des décors paradisiaques au Vietnam, en passant par un camp de mercenaires quelque part en Mauritanie.

L’équipe avant le soliste

© 2026 IO Interactive – Metro-Goldwyn-Mayer Studios Inc.

En revenant aux origines de la légende, alors que Bond n’était qu’un apprenti-agent parmi d’autres, plutôt déconsidéré par son supérieur qui y voit une tête brûlée qui part à sa perte, le jeu ressemble dans son premier quart à quelque chose de très différent de ce que l’on a l’habitude de voir. Plus proche d’un Kingsman avec sa bande de jeunes agent·es, on voit des relations touchantes se nouer avec Cressida et Monroe, ses deux camarades d’entraînement et de premières missions, puis le jeu se mue peu à peu dans ce que l’on connait plus classiquement, avec un Bond qui trouve lentement ses marques, devient plus sûr de lui, construisant la légende qui en fera plus tard 007. Cette approche fonctionne extrêmement bien car on sent que l’équipe créative de IOI a parfaitement compris ce qui fait le personnage. Les gadgets de Q évidemment, la relation avec M, son côté soliste et charmeur (ce qu’il commence à être passé un certain stade du jeu), mais aussi sa force de conviction et son altruisme, prêt à endurer tous les dangers pour sauver les autres, dans le secret. C’est un point de caractère qui est raconté dès la scène introductive, et qui fonde le Bond de IOI. À côté, l’histoire fonctionne aussi très bien grâce à une galerie de personnages absolument géniale. J’ai parlé de ses camarades, mais il y a aussi son instructeur Greenway (interprété par Lennie James) avec qui il a une relation intéressante, une Bond girl très réussie jouée par l’actrice et modèle franco-japonaise Noémie Nakai, ou encore l’un  vilain haut en couleurs et complètement improbable, dans le plus pur esprit des vieux films, joué par Lenny Kravitz. L’utilisation d’acteur·ices réel·les pour ces personnages renforce évidemment le côté cinématographique (et le jeune Bond est joué par Patrick Gibson), mais surtout, il faut noter les très bonnes prestations de ce beau monde, qui fait un travail exemplaire côté voice acting. 

© 2026 IO Interactive – Metro-Goldwyn-Mayer Studios Inc.

Et puis dans son dernier tiers, quand le jeu prend enfin la pleine mesure de la figure de Bond, son état d’esprit, sa malice, sa capacité à surmonter des situations impossibles avec élégance, c’est la naissance sous nos yeux d’un personnage culte et c’est parfaitement maîtrisé. Raconter ses origines était un exercice périlleux tant on a tous·tes une idée bien précise de ce qu’est Bond, mais IO Interactive en propose une itération qui sait rendre hommage à la grande histoire du personnage sans nécessairement singer ce qui s’est fait par le passé. Évidemment, les clins d’oeil sont nombreux, mais ils sont utilisés pour élever le personnage vers sa légende, et pas par facilité. Parce que le jeu n’a pas besoin de ses références pour exister, avant d’être un excellent Bond, c’est un excellent jeu, qui digère très bien les codes du jeu de tir à la troisième personne moderne sans tomber dans quelque chose de trop balisé. On sent évidemment les influences d’un Uncharted dans un niveau en particulier, l’influence évidemment de Hitman, ou d’autres titres d’action similaires. Mais 007 First Light trouve son propre équilibre, avec intelligence, qui a beaucoup de coeur, et qui montre qu’il y a encore beaucoup de choses intéressantes à raconter avec ce personnage, en s’éloignant des clichés et en trouvant quelque chose de plus humain dans son écriture.

L’histoire va crescendo, avec une apogée qui m’a mis le sourire instantanément et qui me le met encore chaque fois que j’y pense, quelques semaines après avoir terminé le jeu. 007 First Light est un jeu qui a parfaitement compris l’essence de Bond et qui sait comment l’exploiter sans s’interdire de le réinventer. Le concept de l’origin story était casse gueule pour un personnage qui a une telle mythologie, mais IOI a trouvé une formule exceptionnelle qui classe le jeu et son histoire parmi les meilleures que la licence a connues, au jeu vidéo comme au cinéma. Mais ce n’est pas qu’une réussite narrative, c’est aussi un jeu qui trouve l’équilibre idéal entre les forces d’un Hitman dans l’infiltration et la dissimulation, et l’explosivité de gunfights terriblement dynamiques, parmi les meilleurs que j’ai pu voir dans un jeu de tir à la troisième personne. L’autre réussite, c’est que 007 First Light nous donne les clés pour être James Bond. Le jeu m’a sans cesse donné le sentiment d’être malin, d’avoir un coup d’avance sur les ennemis, et de comprendre son environnement pour l’exploiter au mieux. En réalité, le jeu est très linéaire, mais il parvient à bien le dissimuler derrière quelques approches variées sur ses situations clés pour donner le sentiment d’incarner le personnage et de faire nos propres choix – toujours les plus malins. Et ça, c’est exactement ce que j’ai envie de ressentir en incarnant le personnage. Chapeau bas IO Interactive, je dois avouer que j’étais dubitatif à l’annonce initiale du titre, car Bond nécessitait quelque chose de très différent d’un Hitman. Mais force est de constater que le studio l’a non seulement compris, mais a en plus été capable de livrer un jeu très grand jeu, et un James Bond exceptionnel.

  • 007 First Light est disponible depuis le 27 Mai 2026 sur PlayStation 5, Xbox Series X|S et PC. 

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