Tiny Bookshop | Les aléas d’une librairie itinérante

par Anthony F.

Vous le savez, sur Pod’Culture, on aime beaucoup les livres. Qu’il s’agisse des livres sans images ou des romans qui nous donnent l’occasion de nous évader, toutes les occasions sont bonnes pour se plonger dans une lecture. Alors quand j’ai vu passer Tiny Bookshop, un jeu vidéo développé par neoludic games, basé à Cologne en Allemagne, promettant de se mettre dans la peau d’un·e libraire itinérant·e et conseiller de bien-aimés clients sur leurs prochaines lectures, c’était un peu comme réunir le meilleur des deux mondes. L’amour du jeu vidéo d’un côté, de la littérature de l’autre, et ça donne un jeu sur le ton « chill » tant plébiscité sur la scène indépendante ces dernières années. Un titre qui nous pousse à prendre le temps, parfois un peu trop, sans jamais vraiment nous sanctionner, et qui cherche juste à raconter son histoire tranquillement. Sorti initialement sur PC, Mac et Switch l’été dernier, on profite de son portage sur Xbox Series X|S et PlayStation 5 le 10 avril 2026 pour en parler.

Cette critique a été écrite suite à l’envoi d’un code par son développeur. Le jeu a été joué pendant une quinzaine d’heures sur Xbox Series X|S.

La libraire et sa caravane

© 2025 neoludic games

S’il faut décrire Tiny Bookshop, ce serait probablement sous l’angle du jeu de gestion. Le jeu nous met dans les pattes d’une caravane, tirée par une petite voiture, qui se balade de quartiers en quartiers dans une petite ville côtière aux influences de Côte d’Azur. Chaque jour, on fait le choix d’installer notre caravane en bord de mer, sur le marché du port, près d’un petit café dans les terres, ou encore du côté d’un phare, d’un supermarché local ou encore d’une université, et quelques autres zones. Chaque coin ayant pour lui des spécificités dont il faut tenir compte, et choisir son stock de livres à vendre pour accommoder la clientèle. Par exemple, le supermarché a une clientèle familiale qui recherche des livres plus grand public (comme les livres pour enfants). Le café concentre une clientèle plus âgée qui apprécie les classiques, ou les bords de mer peuvent susciter un attrait pour les livres de voyage, tandis que les livres d’histoire/de faits réels se vendent plutôt bien du côté de l’université.  Mais pour savoir ça, il faut explorer chaque coin et tenter d’y vendre des livres, après quoi les goûts de la clientèle locale se font connaître et sont notés dans un livre qui regorge de toutes les informations nécessaires : les personnages que l’on rencontre et leurs petites histoires, les goûts de la clientèle par quartier, et les quêtes à réaliser un peu partout. Sans complètement nous prendre par la main ni être particulièrement avide de challenge, le jeu propose néanmoins un fil rouge à suivre pour raconter les tracas et le destin de cette petite ville, avec quelques clients réguliers qui nous racontent leurs histoires et nous permettent d’influencer, à notre manière, leurs actions. Qu’il s’agisse de disputes familiales, d’une femme qui cherche un·e successeur·euse pour sa librairie, d’un jeune homme qui se rêve en rockstar ou d’un journaliste qui recherche des histoires à raconter, l’univers de Tiny Bookshop a quelque chose de très sympathique dans son ambiance. On est, comme promis, sur quelque chose de « chill » où chacun y va de ses petits tracas, dans le genre du slice-of-life, avec des rebondissements plus ou moins intéressants qui poussent à avancer dans l’histoire au fil des saisons.

© 2025 neoludic games

Des saisons changeantes, visuellement mis en scène plutôt joliment en s’intégrant bien à la direction artistique colorée du jeu, et qui influent sur la vente de livres, et que l’on vérifie avec un calendrier où sont marqués quelques évènements spécifiques auxquels on peut assister (certains étant obligatoires et marquent en général la fin d’une saison). L’hiver peut pousser à acheter certains types de livres, tandis que l’été donne envie de s’évader, et quelques évènements sont salvateurs avec d’énormes ventes si l’on s’y prend bien : les soldes au supermarché du coin, les marchés organisés régulièrement, ou encore l’arrivée d’un paquebot bourré de touristes qu’une quête nous pousse à faire déguerpir aussi vite que possible (et de manière plutôt rigolote). Le but, dans l’ensemble, c’est de se lier d’amitié avec tous les clients réguliers, en accomplissant un certain nombre de quêtes qui reposent sur la visite de certains lieux, la vente de certains livres ou encore l’utilisation de décorations spécifiques pour la caravane. Car chaque jour, au même titre que le type de livres que l’on met dans les étagères en fonction du coin où l’on s’installe, il est possible de décorer la caravane avec une tonne de décorations obtenues soit via des quêtes, soit en les achetant chez les vendeurs du coin, pour influencer les ventes. Certaines décos poussent à acheter certains genres, d’autres amènent plus de clients, tandis que des objets spécifiques doivent être utilisés pour certaines quêtes. On évite donc, dans un premier temps, de tomber dans la monotonie, avec un jeu qui pousse à revoir régulièrement la déco et le choix des lieux où l’on vend nos livres, même si cela peut parfois être un peu fastidieux. On sent que le gameplay est très adapté au PC, et parcourir les différents menus avec la manette est parfois un peu pénible, en plus de manquer de précision. Et c’est l’un des éléments qui peuvent rendre l’expérience moins agréable sur la durée, malgré toute ses bonnes intentions.

Une ambiance qui donne envie de lire

© 2025 neoludic games

L’histoire a de chouettes moments. Des petits bouts d’humanité où l’on est content·e de voir les personnages, qui viennent visiter notre librairie presque tous les jours, finissent par atteindre leurs objectifs et vivre des moments franchement cool. Malheureusement, ces petites séquences gratifiantes sont rares, chaque évènement mettant beaucoup de temps à se déclencher, puisqu’il faut compter visiblement une vingtaine pour en voir le bout. De mon côté, j’y ai joué une quinzaine d’heures, et j’ai fini par lâcher avant d’en voir la fin. Pas parce que le jeu était mauvais, mais parce que la boucle de gameplay (choisir le lieu où l’on s’installe, stocker les livres dans les étagères, choisir la déco, regarder les gens acheter) est extrêmement répétitive. Même les évènements aléatoires chaque jour qui consistent à recommander un livre parmi les stocks du jour à un client, selon ses goûts, deviennent répétitifs. On apprécie quand même que les livres sont tous réels, on y trouve des titres classiques bien connus, mais aussi des titres récents plus ou moins populaires, avec une grosse orientation anglo-saxonne, évidemment. Cette répétitivité est vite lassante, n’étant que rarement contrebalancée par les avancées de l’histoire ou les évènements uniques qui ne sont pas aussi gratifiants qu’espéré. Une fois passé une année calendaire complète (ce qui prend une bonne dizaine d’heures), on a l’impression d’avoir tout vu, même s’il reste encore des quêtes à accomplir. Pourtant ces quêtes sont dans l’ensemble assez simples, même si certaines peuvent être un poil alambiquées (mais on finit par retomber sur nos pieds), mais on dépend quasi-entièrement des apparitions des personnages ici et là, obligeant à réaliser des journées entières de ventes juste dans l’espoir de croiser un seul personnage. C’est longuet, et le côté gestion n’a pas vraiment d’intérêt, puisqu’il est quasiment impossible de se rater financièrement, même si accumuler de l’argent au début prend beaucoup de temps. Le jeu a au moins ça de réaliste : les libraires sont fauché·es.

Tiny Bookshop fait tout pour qu’on l’aime, c’est un sujet qui nous tient à coeur, mais aussi une ambiance chill que l’on apprécie. Paradoxalement, je me suis aussi aperçu que je n’avais pas envie d’y jouer. Pas à cause de ses qualités, mais parce qu’il célèbre si bien l’amour de la littérature que je me suis demandé à plusieurs reprises pourquoi passer des heures à faire des recommandations littéraires à des personnages fictifs quand je pourrais… Lire ? Le jeu m’a donné envie d’éteindre la console et prendre l’un des livres qui garnissent mon interminable pile de livres à lire.  C’est peut-être sa plus belle réussite, de communiquer cet amour de la lecture en remplissant sa base de données de titres réels, qu’il s’agisse de classiques ou de romans contemporains plus ou moins connus, à tel point qu’il donne envie de lire plein de choses. Mais involontairement, ça veut aussi qu’il donne envie d’éteindre le jeu. Un sentiment bizarre, pour un titre bien fignolé (malgré les imperfections du contrôle à la manette dans sa version console), duquel je n’ai finalement pas trop envie de voir la fin.

  • Tiny Bookshop est disponible sur PlayStation 5 et Xbox Series X|S depuis le 10 avril 2026. Avant cela, il était sorti sur Steam (PC et Mac) et Nintendo Switch le 7 août 2025.

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