Vous vous souvenez quand on chroniquait toutes les sorties DC chez Urban Comics ces dernières années ? Belle époque. Faute de temps, mais peut-être aussi faute de motivation avec des récits qui avaient parfois tendance à se répéter, on a un peu mis ça de côté. Mais comme le coeur et l’amour pour DC nous appelle encore et encore, on s’est dit qu’on allait jeter un oeil à l’ensemble des sorties depuis notre dernier article (daté de novembre 2025 !) et jusqu’à cet été, pour voir où cette nouvelle collection DC Prime veut nous emmener. Et comme d’habitude, il y a à boire et à manger, d’excellentes choses, et d’autres plus compliquées. Mais dans l’ensemble, on sent qu’on est sur une collection solide, qui a des idées, et qui nous donne même envie de reprendre nos articles réguliers. Et heureusement, Urban Comics a considérablement réduit son rythme de publication, et le nombre d’oeuvres adaptées en VF, comparé à l’époque de Infinite. Heureusement, sinon on ne s’en serait jamais sorti. Le mauvais côté, c’est aussi qu’on perd sûrement l’occasion de découvrir quelques récits intéressants côté VO, mais on fait quand même confiance à l’équipe de Urban Comics qui est, en général, assez forte côté éditorial. Et on ne dit pas ça parce qu’ils sont sympa avec nous, mais vu le bordel que peuvent être les publications du côté des comics américains, on apprécie plutôt bien d’avoir un éditeur en France capable d’y mettre un peu d’ordre pour en faciliter la lecture. Aller, place à l’ensemble des sorties, chacune chroniquée rapidement, afin de vous donner une idée sur la pertinence ou non de vous laisser tenter à votre tour.
Cette chronique a été rédigée suite à l’envoi d’exemplaires par l’éditeur.
Batman – Ghosts of Gotham T2
Depuis la reprise de Detective Comics par Tom Taylor, compilé dans la série des “Ghosts of Gotham” chez Urban Comics, le Chevalier Noir a retrouvé de son essence d’enquêteur. Moins axé sur l’action que la série principale, plus proche de ce qui fait de Batman le meilleur enquêteur de son univers, ce deuxième tome continue sur la même lancée et s’ouvre sur un épisode spécial où le justicier tente de résoudre l’impossible : un meurtre en huis-clos, dans un appartement où personne n’a pu s’introduire à part la victime, poignardée dans le dos. Si l’enquête ne révolutionne pas le genre littéraire duquel elle s’inspire, on n’en reste pas moins satisfaits d’un moment plutôt réussi où le justicier forme une équipe improbable avec le Pingouin et Harvey Bullock pour se défaire de la société secrète, et va de déductions en déductions pour trouver la solution. Ensuite, Ghosts of Gotham revient sur son histoire et raconte une enquête sur Elixir, une société secrète qui semble déterminée à cacher le secret d’une vie éternelle. Une société capable de tuer qui elle veut sans jamais être inquiétée, jusqu’à ce que Batman s’associe à Harvey Bullock, viré de la police de Gotham et devenu détective. Les deux forment un bon tandem, l’arc fonctionne assez bien avec une enquête maîtrisée où Tom Taylor fait comme toujours plaisir avec des dialogues malins et l’audace d’une mise en scène qui regorge de détails sans s’éterniser. Tom Taylor est un des meilleurs auteurs DC de ces dernières années, ça ne change pas.
Batman – Ghosts of Gotham T3
Comme disent les jeunes, c’est un “banger”. Tom Taylor est déjà au-dessus de la mêlée ces dernières années, mais il confirme un peu plus avec ce troisième tome absolument succulent. On y soit une large enquête de Batman sur un virus inconnu qui semble avoir attaqué un navire à l’abandon aux abords de la ville, où tous les passagers (sauf un) en sont morts. Avec un twist : Batman est contaminé. Une course contre-la-montre s’enclenche avant que les symptômes se présentent à lui, puisque ceux-ci semblent inclure une désinhibition totale qui permet à ses victimes de ne plus ressentir aucune peur. Un concept glaçant puisqu’on en voit vite les effets dans une ville où les gens se laissent aller à leurs fantasmes sans crainte (pour le meilleur, mais surtout pour le pire), tandis que l’auteur interroge l’idée d’un Batman sans peur, une idée qui semble idéale mais qui en réalité montre que la peur lui permet de maintenir un certain équilibre et d’assurer un jugement plutôt sain, du genre, ne pas se jeter dans le vide sans être sûr de pouvoir se rattraper quelque part. Plus généralement, c’est surtout un comics qui joue avec l’idée de la peur qu’inspire Batman chez ses ennemis et sur la peur comme moyen de contrôle des foules. Un excellent comics, qui vaut le coup d’oeil à lui-seul même si vous n’avez pas envie de lire tous les autres Batman du moment. D’autant plus que les dessins de Mikel Janin sont absolument superbes, avec des jeux de lumières et d’ombres qui donnent une nouvelle envergure à la figure horrifique de Batman.
Batman Prime T1
Pour la série principale Batman dans cette collection Prime, on trouve un nouvel auteur: Matt Fraction. Bien connu pour son travail sur d’autres super-héros, à commencer par son immense Hawkeye chez Marvel, l’auteur débarque là avec la firme intention de raconter son Batman, et ça marche, ça marche même très, très bien. On trouve ce qui fait le succès de ses comics, à savoir un rythme élevé, un dynamisme toujours surprenant côté mise en scène (épaulé ici par un Jorge Jimenez en grande forme), et une naïveté qui cache de grandes idées. C’est ainsi qu’il raconte un Batman plus humain, moins stoïque, charmeur quand il est Bruce Wayne, et avide de punchlines. Il raconte en plus des personnages intéressants comme la Docteure Zeller, une scientifique qui tente de mettre au point un nouveau moyen d’aider les patients d’Arkham, et un Tim Drake qui se questionne sur son rôle de héros. C’est facile dans l’ensemble, mais c’est vraiment plaisant à lire, et ça laisse penser que Fraction pourrait faire de très belles choses sur le personnage. L’intrigue est réussie, à hauteur d’homme, mettant en scène une Gotham par sa pègre, ce qui fait du bien dans des publications DC qui ont tendance à beaucoup regarder vers l’espace et le fantastique. J’ai hâte de lire la suite, qui n’arrivera malheureusement qu’en Novembre 2026.
Superman Dark Prophecy T2
Le tome s’ouvre sur un premier chapitre qui raconte le mariage de Lana Lang à Steel. Par ce biais Joshua Williamson trouve surtout une excuse pour raconter Superman à travers les âges, traqué par un certain Validus qui vient du futur. Un chapitre intéressant qui montre l’évolution du personnage et surtout l’importance qu’a Smallville pour lui, même si l’on reste dans l’esprit d’un épisode spécial d’été, qui ne va pas bien loin au-delà du fan service. Ensuite on repart sur la dernière continuité en date: Lex est toujours gentil, mais les choses se gâtent à Supercorp, l’ancien LexCorp qui aide désormais Superman. Visiblement quelqu’un a d’autres plans et voudrait voir Lex redevenir le méchant qu’il était. Une aventure sympathique, dans l’esprit du premier tome, forte en action, mais pas inoubliable, où Joshua Williamson manque d’idées en suggérant l’arrivée d’un Lex Luthor bis, très très méchant, pour compenser le fait que le vrai Lex Luthor reste gentil, comme si l’auteur ne savait plus quoi faire de l’arc de rédemption de l’antagoniste historique de Superman. Pour les fans de l’Homme d’acier, ça reste une aventure agréable à lire, mais comme trop souvent avec Williamson, il manque un petit quelque chose plus marquant, plus audacieux.
Superman Dark Prophecy T3
Un très bon tome, bien meilleur que le précédent. Si on reste dans l’aventure un peu inconséquente malgré ses grands airs (fin du monde, tout ça), Joshua Williamson joue sur la corde de ce qu’inspire Superman, l’espoir qu’il suscite, chez les autres héros, notamment les plus jeunes. En se confrontant à une version maléfique de la légion de super-héros qu’il accompagnait dans sa jeunesse, c’est un coup d’oeil intéressant sur l’histoire du personnage. Et c’est aussi un gros prélude à DC KO dont je parlerai plus bas. Certes, on est dans quelque chose d’assez facile, Joshua Williamson continue encore et encore de proposer une écriture assez basique, qui n’apporte pas grand chose au personnage et qui a un arrière goût de déjà vu, mais dans le genre du blockbuster c’est efficace. Et c’est pas forcément un scandale : les comics de super-héros ont aussi besoin de ce type de récit où on est en pantoufles, sans grande surprise, mais avec une action et des valeurs qui font du bien.
Krypto – Le dernier chien de Krypton
Coincé entre la popularité de Superman et le dernier film en date, il fallait bien qu’on nous propose un récit centré sur Krypto, le chien de Superman. On y découvre par l’écriture de Ryan North et les très beaux dessins de Mike Norton l’origin story d’un bon chien, prêt à tout pour aider les autres, qui se retrouve seul et isolé sur une planète Terre (après une expérience qui tourne mal sur Krypton), une planète peuplée de gens cruels. C’est à déconseiller aux âmes sensibles : on a vraiment de la peine pour ce pauvre Krypto. Mais ça reste une jolie histoire, sans grande conséquence également, mais qui donne l’occasion d’avoir notre dose de bon petit chien. Et en plus ça fini bien.
Supergirl Prime T1
Ça faisait longtemps que l’on n’avait pas eu une série, en VF, consacrée à Supergirl. Et profitant sans nul doute de l’arrivée de Supergirl au cinéma cette année, cette collection Prime chez Urban Comics nous gratifie d’une série menée par Sophie Campbell, dans un premier tome où elle raconte une Supergirl de retour sur Terre après ses aventures intergalactiques, décidant de renouer avec ses racines en retournant du côté de Midvale, une petite bourgade où elle a grandi et de laquelle elle garde de mauvais souvenirs. Elle y trouve néanmoins quelque chose d’inattendue : une autre femme se fait passer pour Supergirl à sa place. Très fun, le récit a un côté teen franchement agréable, à la limite du Archie Comics, parfaitement mis en scène par Sophie Campbell autant à l’écriture qu’au dessin. C’est un récit léger qui se lit avec le sourire, en plus d’accorder une place importante à Lena Luthor, la fille de Lex, qui semble être du bon côté contrairement à ce que fait habituellement son père. Un bon premier tome, et une série à suivre sans nul doute.
Justice League Unlimited T2
On sait depuis le premier tome que la Ligue de Justice s’était reformée. Après l’essai d’une ligue remplacée par les Titans lors de l’ère Infinite, on retrouve les membres habituels de la Ligue de Justice mais cette fois-ci aidés par une ligue “illimitée”, c’est-à-dire ouverte à tous·tes les héros et héroïnes de l’univers. Pour les mettre à l’épreuve, on les voit confrontés dans ce second tome à un Gorilla Grodd qui met le bazar en profitant de la naïveté de l’un des nouveaux justiciers, Air Wave, dont la possible trahison avait été suggérée dans le tome précédent. Il parvient alors à frapper de l’intérieur, sachant que le gorille a effet pu s’emparer de pouvoirs qui en font un quasi-Dieu et envoyé les principaux membres de la ligue valser à travers le temps. Pour se renforcer, il a formé la « Légion fatale », équipe de vilains (Joker, Bizarro, Sinestro, Lex Luthor…) qui lui filent un coup de main. Bon, l’intrigue ne vole pas très haut, mais c’est du “Blockbuster” relativement efficace, avec ses bons côtés (l’action, assez réussie) et ses défauts (le surplus de personnages qui servent de décor). Sincèrement, j’aimerais voir un récit Justice League un poil plus élaboré, peut-être plus porté sur ses personnages que sur des enjeux toujours plus improbables, mais ce n’est vraisemblablement pas l’intention d’un Mark Waid qui, malgré ses qualités d’écriture, est là pour faire du Blockbuster qui tache. Les dessins de Dan Mora eux, restent encore et toujours efficaces, mais ne sortent pas du lot.
Justice League Unlimited T3
Ce troisième tome tente de faire quelque chose de différent du précédent, en abordant une question morale autour de ce que la Ligue de Justice doit faire de Gorilla Grodd, s’en débarrasser pour de bon ou non, compte tenu de l’urgence de trouver une solution à l’espace temps qui se fracture (visiblement, quelqu’un suggère qu’il faudrait le disséquer, bonne ambiance). Puis on retombe sur de l’action qui part un peu dans tous les sens, ce n’est pas vraiment intéressant, cette série de Justice League Unlimited continue d’être très irrégulière et manque d’un vrai bon concept. Ça se laisse lire, mais j’en attends quand même beaucoup mieux.
Superman Unlimited T1
Avec l’arrivée de Dan Slott sur Superman, il y avait de bonnes chances de voir évoluer le personnage sous un angle nouveau. Celui qui a, il y a maintenant un paquet d’années, réinventé Spider-Man chez la concurrence, se retrouve à la tête du personnage emblématique de DC. Et ce premier tome est encourageant, avec un Superman condamné à vivre sur une planète Terre désormais sous l’emprise de la Kryptonite, arrivée en quantités conséquente il y a quelques mois après l’impact d’un astéroïde plein de la matière qui affaiblit Superman et les autres Kryptoniens. C’est un récit assez fun, rythmé, avec un côté “méchant de la semaine” qui marche très bien. C’est là un comics à la narration plus recentrée qui fait du bien et qui rappelle que le personnage de Superman n’a pas tout le temps besoin de menace cosmique pour briller. Un bémol peut-être sur les dessins de Rafael Albuquerque, dont je ne suis pas toujours client. Même si son Superman aux traits plus marqués, plus vieillissant, cadre bien avec l’intention de ce récit.
New Gods T2
Je déplorais il y a quelques mois l’aspect trop mystique, lourdingue d’un premier tome de New Gods qui malgré ses promesses tombait dans un des travers habituels chez DC et ses récits centrés sur le cosmos, celui de faire du mystérieux et du mystique à tout prix, même quand ça n’a plus aucun sens. Et c’était d’autant plus regrettable que Ram V maîtrise habituellement les récits au bord du mystique. Ce deuxième et dernier tome est mieux maîtrisé, on y parle toujours des néo-Dieux menacés par une force que je me passerai de spoiler, et précisément de Mister Miracle et Barda qui tentent de protéger un enfant aux pouvoirs mystérieux. C’est, cette fois-ci, beaucoup plus intéressant et l’histoire trouve même un joli dénouement. On n’évite pas l’écriture pompeuse de Ram V que j’aime pourtant beaucoup et qui a fait beaucoup mieux par ailleurs, mais le récit se tient bien en trouvant des enjeux pertinents et ne profitant surtout de superbes dessins de Evan Cagle.
Green Lantern One Corps United T1
Ce nouveau Green Lantern me fait le même effet qu’à chaque fois, c’est-à-dire rien de trop positif. En débutant le récit avec deux épisodes spéciaux et les numéros 16 à 18 de la série en cours, on a l’impression de prendre les choses en cours de route. Il s’agit pourtant du début d’un nouvel arc, où les Planètes Unies se retrouvent sous le contrôle d’un grand méchant, Thaaros, poussant quelques Green Lanterns à affronter celles et ceux qu’ils considéraient amis. Mais les enjeux tombent comme un cheveu sur la soupe, on ne sait pas trop ce qu’on fait là ni ce que ces enjeux signifient réellement. Avec un univers aussi large que celui des Lantern, on voit apparaitre des dizaines de personnages qui n’ont droit qu’à une ou deux cases d’action ici et là, avec un rôle mineur dans l’histoire. C’est le bordel, autant visuellement que narrativement, et ça donne quand même très peu d’espoir sur la suite. Peut-être que le prochain tome parviendra à recentrer sa narration, mais ce premier tome incarne assez largement le souci que j’ai depuis toujours avec les Green Lantern: je n’y comprends rien, et j’ai toujours le sentiment d’être embarqué dans quelque chose qui référence beaucoup trop son propre historique pour être compris. On pourrait dire que ce souci s’applique à beaucoup de comics de super-héros, mais les autres font en général un bon travail pour faire repartir leurs histoires sur des bases saines et accessibles.
DC KO (Tomes 1 à 3) – Le climax qui fait plouf
C’est le grand événement de ces derniers mois, concocté en duo par Joshua Williamson et Scott Snyder. Un grand événement qui réunit les plus grands super-héros et vilains de DC dans un tournoi où se joue l’avenir de l’univers. Les personnages doivent passer au travers de nombreuses épreuves pour l’emporter, avec chaque perdant une condamnation à mort. On est, dans le premier tome, dans le plus pur esprit des événements de Snyder (à la Batman Metal) avec tout ce que cela a de pire : une ambiance trop sérieuse pour des événements un peu ridicules, des conséquences qui n’en seront pas vraiment, et des gros muscles qui se mettent sur la tête en se promettant la mort, peu importe si les héros en question ne la donnent habituellement pas. Les tomes 2 et 3 gagnent légèrement en intérêt, avec des épisodes centrés sur certains combats qui sont franchement réussis, comme le combat assez fun entre Lobo et Wonder Woman ou celui entre Zatanna et Harley Quinn qui va chercher quelque chose de moins sérieux, en apparence, avant une jolie conclusion. Ou encore un épisode sur des combats alternatifs contre des ennemis venus de différents films, jeux vidéo et comics en dehors de l’univers DC. Mais sur les épisodes de la série DC KO principale, on reste dans le gloubiboulga à la Snyder qui n’a que peu d’intérêt, avec une narration hachée qui peine à intéresser malgré la mise en scène à la manière de jeux vidéo de combat, où les héros et héroïnes doivent choisir leur « forme » de prédilection entre chaque round (tenue, mais aussi version/époque du personnage, comme un best of).
À la limite, les épisodes de DC KO Knightfight signés Williamson qui montrent un Batman torturé dans des mondes alternatifs où il est condamné à « combattre » ses Robin ont quelque chose d’assez intéressant, notamment dans leur épilogue où Batman se laisse enfin aller à une forme de bonheur. Mais ça reste loin de la qualité d’autres séries abordées sur cet article. Le souci, dans l’ensemble, au-delà d’un paquet de numéros qui manquent vraiment d’intérêt avec une narration à la Snyder qui m’irrite, c’est qu’on a un énième événement qui prend une place considérable dans la continuité pour finir sur un statu quo attendu en vue de la future « crise Absolue ». C’est, encore une fois, un événement qui n’existe que pour annoncer la suite, qui elle-même probablement ne bouleversera pas grand chose.
- L’ensemble de la collection DC Prime est disponible en librairie aux éditions Urban Comics.











