Spider-Man : Miles Morales – Dans l’ombre du Vautour | Les combats d’une génération

par Anthony F.

En fin d’année dernière sortait le jeu vidéo Marvel’s Spider-Man : Miles Morales, à la fois sur PS4 et PS5. Porte-étendard des consoles de Sony, leur univers Spider-Man s’était déjà décliné en comics avec une série adaptée des événements du jeu, surfant sur la popularité d’un titre qui rendait un bel hommage au héros créé en 1962. Cette fois-ci c’est sur le terrain du roman que s’aventure l’homme-araignée, avec une préquelle du jeu écrite par l’autrice Américaine Brittney Morris, sortie dans nos contrées il y a quelques jours aux éditions Ynnis.

Critique écrite suite à l’envoi d’un exemplaire du livre par l’éditeur.

Suite à la mort tragique de son père, Miles Morales quitte Brooklyn et déménage dans le quartier de Spanish Harlem avec sa mère. Un lieu bien différent de celui où il a grandi, un lieu qu’il doit s’approprier alors que lui et sa famille sont toujours en deuil. Une vie personnelle qu’il doit toutefois conjuguer avec sa vie de super-héros, puisqu’il est sous l’aile de Peter Parker depuis que lui aussi, il est devenu un “autre” Spider-Man.

Un grand bouleversement

Personnage désormais bien connu du grand public grâce au film Spider-Man : New Generation (Into the Spider-verse), l’histoire du jeune Spider-Man se conjugue au présent. Plus encore que Peter Parker, le Spider-Man que l’on connaît tous, qui incarnait en son temps d’autres questions (voir Spider-Man : L’histoire d’une vie), Miles Morales est le représentant d’une nouvelle génération qui porte avec elle des idées et des obstacles de notre époque. Avec un accent de roman young adultBrittney Morris nous raconte son histoire à la première personne, dans la peau du héros, qui débarque à Spanish Harlem -là où commence le jeu vidéo sorti l’année dernière-, dans un lieu où il doit tout réapprendre. En deuil suite à la mort de son père, Miles s’approprie peu à peu un nouveau quartier, comme un symbole d’un nouveau départ. Mais inévitablement cette épreuve passe aussi par un affrontement avec un nouvel ennemi, une sorte d’humanoïde volant, qu’il surnomme avec malice le “Pigeon” et fasse auquel il doit affirmer son rôle de Spider-Man. Mais le récit à la première personne recherche avant tout l’identification au héros, et cela passe essentiellement par ses pensées et ses craintes, celles d’un ado dépassé par sa vie. Plus que l’affrontement avec un nouvel ennemi, ressort narratif éculé dans les histoires de super-héros qui découvrent leurs pouvoirs, l’autrice brille lorsqu’elle aborde le quotidien de Miles. Sa relation avec sa mère et sa grand-mère, son amitié sans faille avec son meilleur ami, mais également les nombreux obstacles qui se dressent sur sa quête d’identité.

Car Miles est dépeint comme un jeune de son époque, de sa communauté, confronté à un racisme systémique et au rejet. Il y a d’ailleurs une scène très forte où il est pris à tort pour un voleur, mais aussi de très belles idées et paroles lancées autour de la conception de l’identité. Cela est encore plus réussi lorsque Brittney Morris aborde la diversité des cultures de Miles Morales, lui qui se partage entre un héritage Afro-Américain par son père et Latino par sa mère. Alors les questionnements sont nombreux, mais ce qui frappe c’est la remise en cause de son statut. Héros porté aux nues avec son masque de Spider-Man, il est au contraire la cible de tous les soupçons lorsqu’il n’a plus son masque, et qu’il n’est qu’un lycéen noir que certains pointent du doigt. Cela occasionne quelques scènes fortes, mais aussi des dialogues assez intéressants entre Miles Morales et Peter Parker, où les deux s’aperçoivent qu’ils ne partagent pas la même expérience et que Peter, quand bien même il a traversé bon nombre d’épreuves, n’a jamais été exposé aux mêmes difficultés que Miles. Alors peut-être qu’on aurait aimé que le roman passe un peu plus de temps sur ces sujets-là et qu’il ne se perde pas aussi vite dans un affrontement plus classique entre héros et vilain, mais il faut bien noter que Brittney Morris utilise plutôt bien l’histoire et le caractère de Miles Morales pour raconter une histoire très ancrée dans l’actualité.

Les petits combats font les grands héros

D’autant plus que le roman reste accessible : c’est frais, écrit de manière plutôt simple (et malheureusement aussi simpliste), on est face à un récit qui se veut léger malgré la violence de certains thèmes abordés. C’est un livre qui s’adresse à la jeunesse et qui réduit la distance entre le super-héros et son public, faisant de Miles Morales le protagoniste de l’histoire d’une génération : il incarne ses peurs et ses défis. Dommage toutefois que l’autrice prenne pour acquis que tout le monde a déjà joué au jeu Marvel’s Spider-Man (sorti en 2018 sur PS4), puisqu’elle en reprend quelques éléments narratifs sans vraiment les expliquer, risquant de laisser sur la touche quelques lecteur·ice·s qui pourraient être tenté·e·s de découvrir Spider-Man à la sauce young adult. Sans pour autant remettre en cause l’accessibilité du roman, cela peut créer quelques interrogations, d’autant plus que de manière très paradoxale l’histoire s’affranchit parfois de son statut de “préquelle” au jeu Marvel’s Spider-Man : Miles Morales (sorti fin 2021 sur PS4 et PS5) en prenant des libertés sur certains événements, à commencer par l’état de Miles Morales à la fin du roman (là où est censé commencer le jeu).

Plus que dans l’imaginaire des super-héro·ine·s, c’est quand Brittney Morris raconte l’histoire d’un jeune d’aujourd’hui que son roman fonctionne très bien. Miles Morales est un super protagoniste pour imaginer ce type de récit, entre figure de héros et symbole des dérives que l’on observe malheureusement quotidiennement, avec le racisme systémique qui frappe de plein fouet cet ado qui, avec un masque, devient pourtant le héros de tous. Plus généralement, l’autrice propose une œuvre sympathique et une manière atypique de (re)découvrir un personnage que l’on a plus l’habitude de lire dans des comics.

  • Spider-Man : Miles Morales – Dans l’ombre du vautour de Brittney Morris est disponible depuis le 7 avril aux éditions Ynnis. 
2 commentaires
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2 commentaires

CDIApo 20 mai 2021 - 10 h 19 min

Merci pour ce commentaire très complet. Le roman m’intéresse à titre professionnel, pour faire lire mes ados non lecteurs, surtout garçons. Mais autant il est facile de trouver des critiques de romans issus d’éditeurs / auteurs jeunesse reconnus, autant il est difficile de trouver des commentaires éclairants pour toutes les parutions « marginales », là où j’en ai le plus besoin, car on y trouve le meilleur comme le pire.

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Anthony F. 20 mai 2021 - 12 h 41 min

C’est effectivement dommage que ce type de parution ne puisse pas obtenir de plus large couverture médiatique. Néanmoins ça me semble bien indiqué pour des ados qui n’ont pas l’habitude de lire des romans : c’est très accessible, cela aborde plein de thèmes auxquels on peut s’identifier et surtout pour peu que l’univers de Spider-Man leur plaise, l’accroche est immédiate !

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