Kaiju n°8 – Tome 3 | En manque d’inspiration

par Anthony F.

Kaiju n°8 était la grosse sortie manga de la fin d’année dernière, et j’avais été considérablement convaincu par son premier tome qui savait mélanger l’imaginaire kaiju à un humour bien maîtrisé. Shōnen tout ce qu’il y a de plus classique, le manga de Naoya Matsumoto avait pour lui une vraie volonté de se réapproprier les codes du genre du kaiju, ces histoires typiquement japonaises qui imaginent les désastres provoqués par des gros monstres. Mais l’auteur peut-il faire vivre son histoire au-delà de l’impact des premiers chapitres ?

La routine s’installe

KAIJU N°8 © 2020 by Naoya Matsumoto/SHUEISHA Inc.

L’imaginaire des kaiju dépasse souvent ces histoires de gros monstres : s’ils fascinent autant, c’est parce qu’ils ont toujours incarné un peu plus que la destruction. Sur un archipel qui a souvent été touché par des catastrophes naturelles (typhons, tsunamis, tremblements de terre), ces kaiju ont été des moyens créatifs pour raconter ces traumatismes. Et c’est quelque chose qui, pour le moment, tend à manquer à Kaiju n°8. En faisant le choix de n’aborder cet imaginaire qu’au travers des combats et la confrontation, Naoya Matsumoto fait tomber le manga dans ce que l’on redoutait déjà à la fin du premier tome : le train-train tant redouté est arrivé dans ce tome 3, avec une intrigue qui fait du surplace et des personnages secondaires qui ne parviennent toujours pas à intéresser. Enchaîner les combats et montrer les muscles permet certes de multiplier les scènes impressionnantes, mais tout ça manque quand même de substance. Certes, ce troisième tome met considérablement en avant Kikoru Shinomiya, une héroïne qui se révèle un peu plus dans ce tome, notamment au dernier chapitre où elle gagne en charisme avec une immense hache qui vient renouveler un peu les armes mises à disposition des héro·ïne·s pour vaincre les kaiju. Mais on en revient toujours à ces affrontements interminables, sans que l’histoire ni les personnages ne puissent réellement gagner en profondeur.

L’intrigue tourne certes autour du secret de Kafka Hibino, c’est-à-dire sa capacité à se transformer en kaiju, avec des soupçons qui commencent à l’entourer cependant le manga n’en fait pour le moment pas grand chose. Plus un gimmick qu’autre chose, cette faculté ne le met que rarement en danger face à ses coéquipiers, et si des soupçons s’éveillent, ils restent pour le moment bien trop timides. De son côté, ses facultés extraordinaires permettent à l’auteur du manga d’expédier tous les combats sans trop se poser de questions, avec une toute-puissance de son héros qui évoque un One Punch Man sans la finesse de l’oeuvre de ONE. La faute à des affrontements qui n’ont, dans ce troisième tome, que bien peu de saveurs. Il y a notamment une première opposition entre Kafka et le fameux kaiju humanoïde esquissé au tome précédent, un combat symbole du manga : tout tombe à l’eau rapidement, avec un manque de tension absolument dramatique pour un shōnen qui tente pourtant de jouer là-dessus.

Des forces devenues faiblesses

Plus surprenant encore, pour un manga qui accrochait par son rythme et l’énergie de ses dessins, on reste sur notre faim lors des combats où les dessins perdent de leur impact et sont même franchement plan-plan, parfois même difficilement lisibles à cause d’une mise en scène souvent défaillante. Il faut bien comprendre que Kaiju n°8 est un des nouveaux mangas qui m’ont énormément plu en fin d’année 2021, mais à l’heure où l’intrigue devrait déjà se mettre en place, je suis plutôt attristé de voir que l’on perd en qualité de mise en scène tome après tome. Quant au design des kaiju, ceux-ci peinent à se renouveler, tandis que les décors sont plats, sans imagination, dans une simple succession de rues et d’immeubles vides et sans âme. Et c’est difficile à comprendre, car bien que le contexte soit très urbain, il y a un paquet de mangas capables de donner une âme à des décors du quotidien qui n’ont, à l’origine, pas grand chose de captivant.

On a envie de l’aimer et de lui donner sa chance, on espère toujours que Kaiju n°8 sera la révélation tant attendue depuis sa sortie. Mais force est de constater qu’on a encore du mal à retrouver l’éclat du premier tome, à tel point qu’on a désormais le sentiment que la série tombe dans une routine qui lui fait plus de mal qu’autre chose. En ne parvenant pas à jouer sur ses qualités et, pire, en se découvrant des faiblesses, le manga de Naoya Matsumoto joue déjà gros et devra rapidement montrer de nouvelles qualités, sous peine de perdre l’élan qu’il s’était donné avec son excellent premier tome.

  • Le troisième tome de Kaiju n°8 est disponible depuis le 2 février 2022 en librairie aux éditions Kazé.

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