La collection DC Infinite continue sa marche et nombreuse sont les séries à se conclure, alors qu’on est à un moment pivot après quelques années de commercialisation et les arcs qui se referment en attendant la suite. Pendant que Absolute Power, l’évènement du moment, nous dévoile son deuxième tome, Dawn of Titans et Batman Nocturne mettent un poil final avec un peu plus de succès pour le second que le premier.
Cette chronique a été écrite suite à l’envoi d’exemplaires par l’éditeur.
Dawn of Titans – Tome 3, une conclusion petit bras
Comme bon nombre de récits en ce début d’année, le Dawn of Titans de Tom Taylor connaît sa conclusion. La plume de celui qui nous a enchanté le mois dernier avec la fin de son run de Nightwing Infinite connaît cette fois-ci un peu moins de succès. Malgré les belles intentions affichées depuis le début des Dawn of Titans, se payant même le luxe d’offrir quelques grands moments d’émotions autour du Changelin devenu menace pour le monde -malgré lui-, le récit peine à retomber sur ses pattes en s’attaquant cette fois-ci à la menace d’une Raven dont la personnalité a été dédoublée. Envahie par des pensées obscures faisant d’elle la Reine aux Ailes Noires, elle manipule en douce ses ami·es Titans mais la menace est vite évacuée. La faute à l’absence de véritables enjeux, alors que le récit doit laisser de la marge au Absolute Power qui concentre tous les débats (et dont on parlera du deuxième tome ci-dessous). On tombe alors sur une conclusion assez faible, qui n’arrive pas à faire grandir ses enjeux malgré une bataille finale qui a ses bons moments, avant de se résoudre de la manière la plus bateau possible. Je pense que les Titans méritaient un peu mieux sur la fin de cet arc, d’autant plus avec l’importance que le groupe a pris dans les deux précédents tomes. Reste à voir de quoi demain sera fait.
Car les promesses des deux premiers tomes tombent un peu à plat. Faire des Titans le groupe de super le plus important de l’univers DC était une super idée, permettant aux premiers numéros d’offrir une nouvelle envergure à ces personnages, en comparaison d’une Justice League vieillissante. Mais cette nouvelle forme de maturité offerte aux Titans n’a pas été au bout de ses intentions, avec un troisième tome qui manque quand même d’envergure, présentant certes une menace planétaire terrible, mais qui est laissée tombée en deux pages. Il y a même un peu de comique de situation quand Nightwing en appelle à tous·tes les héros et héroïnes de la Terre, un appel resté sans réponse. Les ambitions de Tom Taylor se sont peut-être heurtées à des impératifs narratifs dépendant des autres séries, à commencer par Absolute Power, mais aussi la conclusion de son propre Nightwing Infinite. C’est pas un tome déplaisant, mais pas le final espéré.
Batman Nocturne – Tome 5, pendu haut et court
À la différence de Dawn of Titans, le Batman Nocturne de Ram V a très bien réussi sa sortie. Conclusion de ce premier essai de l’auteur indien sur l’univers de Batman, la série a eu de bons moments, en apportant plus de noirceur et de mystique à Gotham avec l’arrivée d’une famille hostile, les Orgham. Ce qui a été vécu comme une longue descente aux enfers Batman a eu en point d’orgue le quatrième tome où le bien aimé super-héros avait été pendu en place publique par les Orgham, devenus héros de la ville, en faisant passer le justicier pour la source du mal qui a longtemps rongé Gotham. Pas irréprochable pour autant, le récit avait connu quelques faiblesses, mais on sentait l’envie de Ram V de mettre un point final à cet arc en poussant son personnage à se réinventer, passant littéralement par une résurrection et une longue traversée du désert, après sa pendaison. On retrouve un Batman plus viscéral, plus lucide aussi sur ce que la ville de Gotham attend réellement de lui, et cela donne un final explosif où la figure du justicier recouvre la ville peu à peu après avoir été « purgée » par les Orgham.
Plus encore que son récit, ce qui restera dans nos mémoires pour Batman Nocturne c’est l’énorme travail effectué sur son ambiance, que ce soit par l’écriture de Ram V qui y a ajouté tous les éléments de mystique qu’il affectionne tant, que les artistes qui l’ont accompagné aux dessins. Notamment Stefano Raffaele qui offre quelques planches sublimes, à la limite de la toile que l’on accrocherait au mur pour la contempler, sublimant quelques uns des passages clés du final. Très clairement, Batman Nocturne laissera un excellent souvenir, notamment pour cet ultime tome qui apporte un très beau point final. On laisse un Batman songeur, qui a trouvé un nouveau but, une nouvelle compréhension du monde qui l’entoure. Un personnage plus humain, lui qui a lutté avec un démon tout au long de cette aventure.
Absolute Power – Tome 2, des troupes à re-motiver
Absolute Power, le grand évènement du moment mené par Mark Waid et Dan Mora s’offre un deuxième tome (sur trois) dans lequel les super-héros et super-héroïnes tentent de trouver la faille face à une Amanda Waller toute puissante. Pour mémoire, cet évènement qui monopolise l’attention des principales séries DC du moment, raconte comment la cheffe de la Suicide Squad est parvenue à s’arroger tous les pouvoirs aux États-Unis pour mener une épuration des « métahumains », toute personne possédant des pouvoirs surnaturels ou mettant un masque de justicier·ère. Sorte de Civil War à la sauce DC, le comics fonctionne plutôt bien et son premier tome parvenait assez facilement à installer le sentiment d’urgence face à des personnages pourchassés, meurtris, la plupart ayant perdus leurs pouvoirs absorbés par des robots contrôlés par Waller grâce à son alliance avec Failsafe, le fameux robot créé par Batman qui a mal tourné (comme vu dans le Batman Dark City de Chip Zdarsky). Si le postulat semble un peu farfelu, il fait assez vite sens compte tenu de la haine éternelle de Waller envers les masqué·es, et les informations qu’elle a glané après une longue carrière, lui permettant d’exploiter chacune de leurs faiblesses. Côte résistance, ce deuxième tome se focalise sur les personnages qui cherchent à maintenir encore un peu d’espoir de renverser leur ennemie un jour, et les troupes se réunissent ici et là pour lui échapper tout en fomentant une future attaque pour reprendre du terrain.
Si le récit de Mark Waid, dans les épisodes principaux Absolute Power, raconte à peu près la même chose que tous les récits de résistance, la narration trouve ses plus belles couleurs dans les numéros consacrés aux différents personnages, comme celui où l’on découvre une Wonder Woman qui s’allie occasionnellement à Robin (Damian Wayne) pour soutirer des infos à Captain Boomerang, ou encore Flash (Barry Allen) qui se retrouve pourchassé et qui tente tout pour trouver une faille. C’est l’ensemble de ces petits bouts narratifs qui donnent beaucoup de coeur à Absolute Power et offrent du contexte, dans une histoire qui ne réinvente pas la roue, mais qui est plutôt bien menée, en espérant que la conclusion dans le futur tome 3 soit à la hauteur de tout ce qui a été mis en place jusque là.
- Les comics de la collection DC Infinite sont disponibles en librairie aux éditions Urban Comics.