Lever de Soleil | Here Comes The Sun

par Donnie Jeep

YBY Éditions (pour “You, Be Yourself”) est une association indépendante à but non lucratif composée de bénévoles qui fonde sa ligne éditoriale sur l’inclusion et la diversité, avec cette volonté affichée de sensibiliser les lecteur·rice·s à ces sujets ; le tout avec bienveillance et pédagogie. De telles valeurs ne pouvaient manquer de résonner chez nous, à Pod’Culture. Et c’est avec un réel plaisir que nous nous sommes vus établir un partenariat avec cette maison d’édition pas comme les autres. Un partenariat qui débute aujourd’hui avec cette chronique de Lever de Soleil, nouvelle dystopique écrite par Noémie Wiorek et illustrée par Anako.

Critique écrite suite à l’envoi d’un exemplaire du livre par l’éditeur (il est à noter que la couverture présentée est une couverture provisoire, l’ouvrage devant paraître cet été)

©️ Lever de soleil de Noémie Wiorek, illustré par Anako

“2071. Sous le soleil égyptien, les archéologues d’Incop Transgene découvrent un mystérieux sarcophage. Izia, rivée à son ordinateur, suit cette exhumation avec attention. Qu’est-ce que cette multinationale tentaculaire, qui contrôle le monde dans l’ombre, manigance encore ? Engagée dans une lutte désespérée contre la dictature d’Incop, Izia se voit confier la mission de sa vie : récupérer le contenu de ce sarcophage. Malheureusement, rien ne se passe comme prévu…”

L’Égypte. Peu importe qu’elle se dévoile à nous des millénaires dans le passé ou comme ici cinquante ans dans le futur, sa puissance évocatrice est toujours aussi forte et présente dans l’imaginaire collectif. Dès le prologue, Noémie Wiorek s’appuie là-dessus et nous embarque sur la Terre des Pharaons et des dieux et déesses aux têtes d’animaux.
Soleil éclatant, chaleur écrasante, mastaba surgi des sables renfermant sarcophages inviolés et mystères prêts à se révéler, son écriture fluide et engageante nous guide aux côtés d’un jeune archéologue passionné qui doit composer avec une armada de scientifiques aseptisés dont les gestes mécaniques et froids tranchent avec le romanesque de la découverte. Une découverte qu’Izia suit à des milliers de kilomètres de là, enfermée dans son appartement, les yeux rivés sur son écran alors même que sa compagne est sur le point de mettre fin à leur relation.

Little darlin’, it’s been a long cold and lonely winter

La façon dont l’autrice aborde le changement de ton et d’ambiance entre l’Égypte lumineuse et Parisia, cette mégalopole sans saveur aux couleurs froides, où les rayons du Soleil arrivent à peine à transpercer les nuages de pollution, annonce déjà les rapports de force qui se joueront pour la suite de la nouvelle.
Elle sait également en quelques mots nous inviter dans ce monde dystopique, nous le faisant découvrir au travers de concepts bien trouvés, que ce soit le Flux, cette technologie qui fait des humains des êtres hyperconnectés 2.0+++ ou encore le Slow, cette drogue aussi nocive qu’attirante qui permet à Izia tout autant de couper court à ses pensées que de se désensibiliser. Ces concepts sont suffisamment évocateurs pour que l’on comprenne de quoi il en retourne. En quelques phrases, quelques mots, on assimile parfaitement ce qu’est cette société sclérosée gouvernée par des pantins à la solde de corporations internationales dont les tentacules innombrables semblent pervertir tout ce qu’elles touchent. Noémie Wiorek nous permet donc de saisir ce monde et non de le subir avec des descriptions à rallonge qui auraient pu nuire au rythme du récit.
Une très grande qualité qui lui permet de pouvoir se concentrer essentiellement sur l’histoire et ses protagonistes. Et c’est sur ces derniers que la plume de l’autrice fait vraiment des merveilles. Avec précision et dextérité, elle fouille le cœur et l’âme des personnages, exhumant toutes ces choses enfouies, que ce soit les peurs, les rêves brisés, les espoirs qui n’osent pas s’assouvir ouvertement, les désirs qui bouillonnent, les colères bâillonnées prêtes à ressusciter… Une autre forme d’archéologie se déroule sous nos yeux, à dimension profondément humaine.

Little darlin’, it feels like years since you’ve been here

Et si, pour laisser le plaisir de la découverte et de la surprise aux lecteur·rice·s, nous garderons un personnage sous silence, il est nécessaire d’évoquer Izia, tant elle échappe aux archétypes qu’on peut parfois trouver dans ce genre de récit.
Jeune femme confinée la plupart du temps chez elle, volets baissés par peur de cet ennemi tentaculaire sans réel visage qu’elle honnit et dont elle veut la chute, ce pourquoi elle s’est engagée avec Veritas, groupe de rebelles aux intentions semble-t-il nobles, Izia vit une demi-vie. Elle est en proie à son propre ennemi intérieur qu’elle tente vainement d’endormir sous des poignées de pilules de Slow qu’elle avale avec la même soif que les tonnes d’infos que diffusent en continu le Flux.
Izia s’est enfuie en elle, enfouie en elle. Son appartement est son tombeau et elle y règne comme elle le peut, momifiée dans ses angoisses et névroses, avec pour seul compagnon un chat cloné qui semble être l’unique élément qui puisse vraiment l’ancrer dans le monde réel. L’arrivée de l’inconnu dans sa vie va tout bouleverser.
La façon dont Noémie Wiorek dévoile ce bouleversement nous bouscule, nous accroche et il est impossible de lâcher la lecture.
Un jeu s’établit entre les personnages, en eux. Jeu d’ombres et de lumières, de clairs obscurs. Tout sera progressivement révélé, et nous sommes constamment au premier rang pour assister à ces découvertes.

Little darlin’, here comes the sun

Lever de Soleil aborde des thèmes qui relèvent à la fois de l’intime et de l’universel, et n’hésite pas à affronter avec brio ceux qui peuvent être durs. On ressent la croyance de Noémie Wiorek en la force de son récit. Cette croyance irradie les personnages et, pour peu que l’on accepte de s’exposer à ses rayons, nous irradie également. Peu importe que l’on croit aux divinités de l’Égypte ancienne ou à celles des technologies modernes, l’essentiel est d’abord de croire en soi, pour soi, pleinement ; d’attiser notre Soleil intérieur. Alors nous pourrons nous ouvrir aux autres, embrasser le monde. Et briller de mille feux.

It’s alright now, you can come on out

1 commentaire
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1 commentaire

Nana Coubo 1 juin 2021 - 13 h 16 min

Merci pour cet article, cette histoire me tente bien ! Je suis assez assidument le compte twitter de YBY et je vois qu’ils sortent de belles perles à en lire certains articles. Y en a une qui m’intéresse pas mal c’est Always Raining Here mais j’ai loupé la prévente. J’espère qu’il y aura un réassort !

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