Série prolifique, créatrice à elle seule d’un genre à part entière (les musou), Dynasty Warriors occupe une place à part dans l’industrie. Que l’on soit fan ou pas, elle se caractérise par une générosité de tous les instants : qu’il s’agisse de son histoire fleuve directement adaptée du roman des Trois Royaumes de Luo Guanzhong, de sa pléthore de personnages jouables ou de ses batailles démentes face à des centaines d’ennemis, on en a toujours pour notre argent. Pour autant, c’est aussi une série qui avait atteint une certaine limite, comme en atteste son neuvième épisode canonique à l’accueil critique glacial en 2018. Omega Force, développeur historique de la licence, ne s’est pas laissé découragé et a, au contraire, profité de cette sortie de route pour complètement revoir son modèle en 2025 avec Dynasty Warriors: Origins, sorte de soft-reboot de la série, revoyant beaucoup de ses systèmes pour les moderniser et lui permettre de se payer une seconde jeunesse. On en parle dans cette critique à l’occasion de la sortie de Visions of Four Heroes, un DLC narratif sorti le 22 janvier 2026 qui, sous l’angle d’un “What if”, explore ce qu’aurait été l’histoire des Trois Royaumes si les ambitions de certains de ses généraux s’étaient réalisées.
Cette critique a été écrite suite à l’envoi d’une clé pour l’extension Visions of Four Heroes par l’éditeur. Le jeu de base avait été acheté par nos soins. Le jeu ainsi que l’extension ont été terminés sur PlayStation 5 : 46h pour le jeu de base, 18h pour l’extension.
La guerre et son ange gardien
Je ne vais pas m’aventurer à résumer les tenants et les aboutissants de l’histoire. Fortement inscrite dans le contexte des Trois Royaumes, le studio fait le choix néanmoins de complètement bouleverser son approche. Si les précédents titres de la saga tentaient de plutôt bien coller à l’histoire et aux principales batailles du roman, ce nouvel épisode l’aborde sous l’angle d’un observateur, d’un personnage tiers, qui lui n’existe pas en tant que tel dans l’histoire originale. Un personnage qui fait partie des “Gardiens”, une faction qui semble apporter son aide à certaines factions afin de promouvoir la paix sur l’ensemble du territoire. Ce personnage, initialement sans nom, est amnésique, une coquille vide qui sert surtout à ne pas empiéter sur l’histoire originale et ne servir que de support, d’observateur aux évènements qui se déroulent devant lui. La différence, là aussi avec les précédents jeux, est qu’on incarne uniquement ce personnage. Si les précédents s’illustraient pour leurs dizaines de personnages jouables à chaque épisode, celui-ci est unique. Un choix radical mais qui s’avère vite payant, car notre héros amnésique est en réalité un excellent moyen d’apporter une structure moins bordélique à l’histoire. Les précédents épisodes supposaient d’avoir au moins quelques connaissances des Trois Royaumes pour survivre à une narration qui ne s’embarrassait pas trop à présenter les dizaines et dizaines de personnages impliqués dans chaque faction, alors qu’en incarnant ce héros, en dehors des enjeux, permet de raconter l’histoire sous l’angle d’une personne qui en découvre avec nous les tenants et aboutissants. On découvre alors une guerre de pouvoirs entre plusieurs généraux, mettant en scène plusieurs batailles importantes, comme la défaite des Turbans jaunes de Zhang Jiao ou, plus tard, la conquête de Lu Bu. La différence, aussi, avec les autres épisodes, c’est que Origins n’adapte que la première moitié du roman, pour mieux prendre le temps de le raconter, sans durer des centaines d’heures. Un choix qui a pu décevoir des fans, mais qui fait vite sens, et qui n’empêche en aucun cas la générosité du jeu.
Découvrir les aspirations et les ambitions des généraux à mesure qu’on les côtoie, jusqu’à devoir faire quelques choix sur la personne que l’on souhaite suivre jusqu’au bout (permettant au jeu d’avoir plusieurs fins) est terriblement grisant. Si l’on n’évite pas quelques bouts d’histoires un peu obscures à cause d’une narration qui n’est pas, toujours, à la hauteur des évènements, j’ai quand même eu le sentiment de bien mieux en comprendre les enjeux que sur les précédents épisodes. Et très clairement, le jeu m’a donné très envie de lire le roman pour mieux en comprendre les subtilités (à condition d’abord de m’en sortir sur les innombrables traductions et versions). Si c’est imparfait, c’est aussi parce que l’oeuvre est titanesque et reste encore aujourd’hui majeure dans la littérature, plus encore dans une littérature chinoise qui en a fortement été inspirée. Mais malgré ces imperfections, c’est un sacré tour de force, qui donne à Dynasty Warriors: Origins quelque chose d’assez unique au sein de la série. Moins complet parce qu’il n’en adapte qu’une partie, il en devient toutefois un épisode majeur pour son aspect narratif tant le soin apporté à cette composante permet de sublimer son histoire. J’en suis venu à me prendre d’émotion pour les personnages, tandis que certaines grandes batailles sont grisantes par leur importance mais aussi leur mise en scène.
Seul contre mille
Les batailles constituent, probablement, l’un des meilleurs arguments du jeu. Si la mise en scène des scènes narratives est moins emballante, avec de simples champ contre champ avec des personnages peu expressifs, les batailles elles amènent la licence dans une nouvelle ère. Décrit comme “1 vs 1000”, ce nouveau système mis en place par Omega Force apparaît comme l’apogée de ce que la série tente de proposer depuis toujours. Autrefois, on affrontait des vagues de centaines d’ennemis. Aujourd’hui, avec la puissance des consoles modernes et un moteur de jeu revu à cette occasion, on participe à des batailles face à des milliers d’ennemis qui apparaissent tous à l’écran. Une prouesse technique qui s’avère extrêmement grisante lorsque l’on charge, lance à la main, avec l’impression d’aller se noyer dans une vague gigantesque d’ennemis que l’on ne peut même plus compter. Certes, cela se fait au moyen d’ennemis dupliqués à l’infini et qui se ressemblent tous, mais qu’est-ce que ça peut être satisfaisant de se lancer dans l’arène et taper dans le tas. On fait difficilement un meilleur défouloir, pour un jeu qui atteint la forme finale d’une formule initiée il y a près de 30 ans. Ces batailles d’envergure servent un système similaire à ses prédécesseurs, avec des grandes maps labyrinthiques sur lesquelles il faut capturer des bases, combattre certains officiers et empêcher la progression de l’ennemi selon des objectifs définis avant (et pendant) les missions. Un système qui oblige à toujours avoir un oeil partout et se déplacer d’un bout à l’autre de la map assez régulièrement car les conditions de victoire, ou de défaite, supposent en général de ne pas perdre l’un de nos alliés en cours de combat. Si les alliés sont plutôt malins et arrivent à s’en sortir seuls, il arrive qu’ils se retrouvent encerclés et nécessitent un coup de main.
Le système de combat, simple, repose sur des combos avec coups simples et coups forts, en y jetant quelques capacités spéciales à activer une fois chargées, ces capacités permettant pour la plupart de faire baisser les points d’endurance des officiers jusqu’à les mettre dans une position de “stun” qui permet, enfin, de les attaquer plus férocement alors qu’ils sont sans défense. Pour les soldats quelconques, on tape dans le tas avec les coups les plus basiques, leur barre de vie étant minuscule. Ces soldats sans défense servent surtout à renforcer plus vite la barre de “musou” qui permet de déclencher une attaque ultime d’envergure, ainsi qu’à récupérer des points de compétences à dépenser plus tard. Ces compétences, à débloquer dans plusieurs arbres qui s’ouvrent à mesure que l’on gagne des niveaux, renforcent surtout les statistiques passives du héros, tandis que les compétences actives s’obtiennent soit en mission, soit en les achetant du côté d’un vendeur. Mais si le système fonctionne aussi bien, c’est parce qu’il pousse à varier les approches en utilisant l’une de la dizaine de types d’armes à débloquer, de l’épée à la hache, en passant par lance ou encore la hallebarde. En effet, une fois débloqué, le type d’arme nécessite qu’on l’utilise régulièrement pour faire augmenter son niveau : chaque niveau d’arme débloquer augmente, en même temps, d’un niveau le personnage principal. Un bon système, plutôt malin, qui pousse à varier les situations. Même si on va se l’avouer, on se prend vite d’affection pour certaines armes, tout en délaissant d’autres une fois un niveau satisfaisant déjà atteint. Par exemple, j’ai beaucoup aimé le bâton qui m’a accompagné pendant une grosse partie du jeu.
Un accent mis sur la stratégie
Certes, l’essentiel de l’action consiste à taper dans le tas avec, de temps en temps, des combats contre des officiers qui obligent un peu plus à utiliser l’esquive et la garde. Mais le jeu se distingue aussi par sa manière d’amener des décisions à prendre aussi sur le champ de bataille. Prendre certaines bases ou aider certains officiers peut permettre ensuite de débloquer une “charge” à réaliser avec eux pour se lancer face aux dernières forces avec un vrai soutien à nos côtés, tandis qu’y aller en solo peut être plus rapide, mais oblige à affronter plusieurs officiers en même temps. Certaines missions d’escorte obligent à défendre certains protagonistes qui tentent de s’échapper en affrontant des vagues d’ennemis qui tentent de les encercler. Ainsi, la diversité des missions et des situations oblige toujours à garder un oeil sur la carte et les objectifs (évolutifs en cours de bataille) pour mieux cerner la prochaine attaque ennemie. Un système qui a déjà fait ses preuves dans les précédents épisodes et qui gagne encore un peu plus en dynamisme, grâce au système de combat un peu plus solide qu’à son habitude, mais aussi certaines séquences qui virent complètement au jeu de combat avec un système de contre et de un contre un à exploiter lors de duels à déclencher contre certains officiers.
Côté progression, le jeu repose sur une mappemonde à parcourir où l’on discute avec plusieurs personnages, et où l’on peut accomplir des missions secondaires sous forme de courtes escarmouches (qui réapparaissent à l’infini) afin d’obtenir de l’expérience et de l’argent à dépenser pour obtenir de nouvelles armes. En réalité, rare sont les occasions d’acheter une arme, puisque les officiers en font souvent tomber une fois défaits. Pas toujours très bien équilibré dans sa progression avec un héros assez vite surpuissant (pour peu que l’on maîtrise le contre, capable d’arrêter la plupart des attaques), il n’en reste pas moins agréable de voir notre personnage gagner en puissance à mesure que l’on avance. Pour autant, les boss principaux restent un challenge, et il existe plusieurs modes de difficulté selon nos préférences. Ce qui compte, d’autant plus, c’est que le jeu tranche avec ses prédécesseurs visuellement avec un moteur bien plus joli que d’habitude, et une technique relativement solide, qui affiche les milliers d’ennemis sans mal. On compte quand même quelques ralentissements ici et là, mais ils sont suffisamment rares pour ne pas poser trop de problème.
Le DLC Visions of Four Heroes
Mais alors, où se place Visions of Four Heroes dans tout cela ? Et bien, il prend les bases du jeu et les amène encore un peu plus loin. Côté histoire, le DLC s’écarte complètement des Trois Royaumes en explorant des scénarios alternatifs où, les quatre personnages mis en scène dans ce DLC (avec quatre campagnes distinctes) sortiraient victorieux, ou du moins, iraient au bout de leurs ambitions. On y explore en effet les principaux généraux affrontés et battus pendant la campagne principale : Zhang Jiao, Dong Zhuo, Yuan Shao et Lu Bu. Visions of Four Heroes permet de les accompagner dans leurs quêtes au sein de petites campagnes d’une poignée d’heures chacune, en réalisant quelques batailles de leur point de vue. Pas inintéressante, cette histoire permet d’explorer quelque chose d’inédit et parfois d’assez malin, en humanisant des personnages habituellement antagonistes.
En complément, le jeu revoit légèrement ses systèmes puisque la mappemonde qui ne servait jusque là qu’à aller d’une bataille ou d’une mission à l’autre devient un espace stratégique, où l’on réalise quelques escarmouches (similaires au jeu de base) qui ont, cette fois-ci, un impact direct sur l’étendue des forces ennemies une fois que l’on se lance dans la bataille finale. C’est pas de la grande stratégie et on réalisé, en réalité, l’ensemble des escarmouches avant de faire la dernière bataille quoiqu’il arrive, mais ça reste la base d’un système qu’il serait intéressant d’explorer à nouveau à l’avenir. D’autant plus que ce DLC amène une 11è et 12è arme à utiliser, l’arc qui apporte un nouveau système de combat à distance, et la flèche de corde, qui permet d’attaquer en zone.
Un point noir, toutefois : toutes les campagnes ne sont pas une réussite. La première, celle de Zhang Jiao, bénéficie de superbes cinématiques et d’une histoire plus fouillée, tandis que la dernière, celle de Lu Bu, est bien plus courte et manque de vrais grands moments, à l’exception de sa très belle conclusion.
Conclusion
Renouveau de la série, Dynasty Warriors: Origins est une grande réussite. L’un des meilleurs jeux de 2025 qui s’offre, en ce début d’année, un DLC certes imparfait mais qui prolonge allègrement le plaisir éprouvé sur le jeu de base. Avec une histoire mieux encadrée, mieux racontée, même si ce n’est que la première moitié des Trois Royaumes, le jeu se trouve des qualités narratives qui ne caractérisaient jusque là pas vraiment la série. Côté combats, car on vient essentiellement pour cela, le jeu atteint l’apogée d’un système qui nous a toujours fait fantasmer l’idée de participer à des batailles de milliers de soldats, et qui la réalise enfin. Se jeter dans la masse, déclencher les coups spéciaux et terrasser les ennemis avec un compteur de “K.O.” qui s’affole comme jamais a quelque chose de satisfaisant, de grisant, dans un jeu qui parvient en plus à insister sur tout un sens dramatique au sein de batailles où l’on n’est jamais vraiment sûr d’aider la bonne personne. Parce que c’est une histoire complexe, et que la narration rend très bien compte des ambiguïtés des personnages, sans véritablement définir de gentils ou de méchants, mais en racontant plutôt une bande de généraux qui poursuivent tous des idéaux différents avec des intentions parfois justes. Qu’il s’agisse du jeu de base ou de se lancer dans son DLC, je recommande les deux chaudement pour commencer cette année.
- Dynasty Warriors: Origins + Visions of Four Heroes est disponible depuis le 22 janvier sur PC, PlayStation 5, Xbox Series X|S et Nintendo Switch.






