DC Infinite #6 | La Bat-family à l’honneur

par Anthony F.

Bien installée dans la nouvelle continuité de l’ère Infinite, les publications des comics DC chez Urban Comics continuent leur petit bout de chemin avec les fournées mensuelles qu’on a désormais pris l’habitude de chroniquer sur Pod’Culture. Pour le mois de juin, on retournait du côté de la Bat-family avec trois titres : Batman, Harley Quinn et Robin. Et de manière tout à fait surprenante, c’est pas celui que l’on attendait le plus qui a su nous captiver.

Cette chronique a été rédigée suite à l’envoi d’exemplaires par l’éditeur.

Batman Infinite – Tome 3

© 2021 DC Comics / 2022 Urban Comics

Le tome précédent était assez tiède, moins convaincant que le délire horrifique du premier. Néanmoins, Batman Infinite reste évidemment le fer de lance de cette nouvelle ère, avec des événements à Gotham qui conditionnent plusieurs autres récits. Ce qui rend l’impatience d’en lire la suite que plus prégnante, et heureusement ce troisième tome remet le récit sur de bons rails. Très vite, on s’aperçoit d’un vrai bond en avant dans la mise en scène, avec quelques belles doubles pages, dont l’une met en valeur une belle confrontation entre Mahoney, le Peacekeeper, et Batman, alors que les plans de Simon Saint, le milliardaire assoiffé de pouvoir, commencent à tomber à l’eau. Mais il y a aussi la colère de Poison Ivy qui se déchaîne enfin, avec un personnage qui a longtemps été mis à l’écart mais qui révèle à nouveau son immense pouvoir, tandis que l’arc autour de l’attaque de l’Epouvantail et Simon Saint sur Gotham trouve sa conclusion. C’est un tome complet, qui donne lieu à quelques grands moments de batailles, et au-delà de ça, un dernier dialogue entre l’Epouvantail et Batman dans un ultime chapitre qui est une vrai réussite, très bien écrit et très intéressant visuellement. C’est là que James Tynion IV s’en sort le mieux, quand il fait parler les personnages plutôt que leurs poings, offrant une porte de sortie assez intéressante à une grande bataille qui n’a, certes, jamais eu l’ampleur attendue, mais qui a offert de bonnes choses. L’aspect horrifique des débuts, la remise en cause de Batman et de son statut d’unique sauveur de Gotham, et puis cette conclusion, autant de petits choses qui ont rendu dans l’ensemble la lecture tout à fait agréable.

En parallèle, ce troisième tome développe l’histoire esquissée dans Nightwing Infinite avec quelques chapitres de Tom Taylor et Robbi RodriguezBatgirl et Nightwing se mettent à poursuivre Augure, une personne qui prend le contrôle des systèmes d’Oracle (l’identité de Batgirl quand elle n’est pas sur le terrain). C’est, comme le tome de Nightwing dont on a parlé en mars dernier, très réussi. Inclure ces chapitres au milieu des événements de Batman Infinite est un bon choix éditorial de la part de Urban Comics, car cela permet de temporiser l’action de Batman par une histoire parallèle où Nightwing et Batgirl tentent de compenser la quasi-absence du Chevalier Noir, obnubilé son propre combat. De la même manière, ce troisième tome s’agrémente d’un chapitre venu de Batman Secret Files: The Gardener #1 de James Tynion IV et Christian Ward où se racontent les origines de Poison Ivy, sur son lien à la Terre et son désir de changer le monde. Un chapitre très touchant et bien raconté, offrant un visage plus humain à une anti-héroïne qui a souvent été racontée comme un être plein de haine depuis le début de l’ère Infinite. Dans l’ensemble il faut saluer les choix éditoriaux de Urban Comics qui permettent aux personnes qui ne suivent que Batman, car c’est un sacré budget mensuel de suivre l’ère Infinite, d’avoir accès à un panel assez important d’événements ayant de près ou de loin un rapport avec le héros, sans se limiter aux récits où il en est le principal protagoniste.

Harley Quinn Infinite- Tome 2

© 2021 DC Comics / 2022 Urban Comics

Ces dernières années et au travers de sa réinvention, le personnage de Harley Quinn s’est considérablement rapproché de Poison Ivy. A tel point qu’elles sont tombées amoureuses l’une de l’autre, dans une relation bien plus saine et bienveillante que ce que Harley a connu par le passé. Ce n’est donc pas une surprise si ce deuxième tome publié sous l’ère Infinite s’attarde sur leur relation, en abordant l’époque où Ivy a aidé Harley à s’extirper de l’emprise du Joker, jusqu’au moment où elles se sont éprises d’amour l’une pour l’autre. Elles incarnent alors, subitement, un couple en totale rupture avec leurs images du passé : l’une n’est plus la victime d’un manipulateur, l’autre n’est plus seulement une icône sexy et femme-objet. C’est une relation fusionnelle qui est racontée dans ce comics, où l’une comme l’autre n’espère que le meilleur pour sa partenaire, quitte à ce que cela soit parfois sur des chemins différents. En effet, les deux assument pleinement qui elles sont. Si Ivy reste un personnage attaché à la Terre et la nature, quitte à s’opposer aux héros·ïnes et incarner à son tour une sorte de « Mal », Harley espère quant à elle devenir meilleure, maintenant qu’elle est formellement devenue une alliée de Batman.

Ce tome 2 parle ainsi beaucoup de l’acceptation de sa propre différence, y compris en amour où le sentiment amoureux peut parfaitement se développer sans calquer sa personnalité sur son ou sa partenaire. Mais aussi sur l’acceptation de ses erreurs passées, assumer pour mieux rebondir, notamment avec Harley mais aussi avec Kevin, l’ancien sbire du Joker qu’elle soutient moralement dans sa quête d’un avenir meilleur. Nombreux sont les comics qui parlent de rédemption, mais ce que j’aime tout particulièrement dans Harley Quinn Infinite c’est la faculté de l’autrice, Stephanie Phillips, à traiter la rédemption sous un angle plus joyeux, salutaire, malgré des considérations douce-amères qu’elle raconte souvent avec tendresse. Et cette bienveillance générale est d’autant plus visible que le style visuel très cartoonesque proposé par Riley Rossmo donne au comics une légèreté intéressante face à la maturité du récit. C’est même parfois drôle, avec un humour très visuel, mais aussi quelques dialogues bien ciselés. C’est franchement une oeuvre très agréable, pas forcément indispensable dans la longue liste des comics publiés sur Harley Quinn ces dernières années, mais il est loin d’être anecdotique et ce tome 2 donne très envie d’en lire encore plus.

Robin Infinite – Tome 2

© 2021 DC Comics / 2022 Urban Comics

La plus grande curiosité du mois, c’est la suite de Robin Infinite. Pas entièrement convaincu par un premier tome malgré ses airs d’hommage à Mortal Kombat, le comics de Joshua Williamson s’avère pourtant être celui qui m’a le plus accroché dans cette nouvelle fournée. Hyper dynamique, tant dans le récit avec des dialogues accrocheurs que sur les dessins de Gleb Melnikov, ce deuxième tome met rapidement de côté le tournoi de combat auquel devait participer Damian Wayne pour s’intéresser plutôt aux enjeux sous-jacents, mais aussi les nouvelles relations qu’il se forge à cette occasion. On sait que le personnage est parfois antipathique, et en général très solitaire, mais l’auteur le place dans un contexte qui l’oblige à coopérer avec une bande de fils et filles de, d’autres héros et héroïnes qui ont vécu dans l’ombre d’une autre personnalité. À cette occasion, le personnage laisse entrevoir une certaine humanité qui décale de son habituel comportement, où il laisse sa part humaine cachée derrière un traitement très chirurgical de ses affaires, plus intéressé par le résultat que par les personnes qui l’ont aidé.

Cette humanité passe par une relation naissante avec Flatline, la protégée de Lord Death Man, une femme censée être une « vilaine » mais avec qui Robin forme un duo très dynamique, très intéressant, aux antipodes de ce que l’on peut lire habituellement avec le personnage. Cela donne un peu d’originalité à une histoire qui en manque cruellement à certains égards, notamment sur son fil rouge qui consiste en une quête identitaire et familiale pas bien passionnante pour le moment. Mais là n’est pas encore l’essentiel, pour un deuxième tome assez fun où l’auteur et le dessinateur s’amusent à imaginer Robin/Damian Wayne dans un contexte nouveau pour lui, où il ne peut pas se contenter de lancer sa meilleure mine renfrognée pour éviter les gens qui l’entourent. Il est un peu mis à l’épreuve, et ça permet au comics d’être la bonne surprise du mois, en se dotant même de quelques jolies doubles pages où la mise en scène des quelques combats est d’une fraicheur bienvenue.

  • Batman Infinite T.3, Harley Quinn Infinite T.2 et Robin Infinite T.2 sont disponibles en librairie depuis le mois de juin 2022 aux éditions Urban Comics.

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