Il peut nous arriver de penser que la fuite est la solution à la résolution de nos problèmes. Pour diverses raisons qui nous sont propres, mais le plus souvent, on en vient à penser qu’en restant loin du problème, celui-ci peut se résoudre par lui-même. J’ai pu penser ça par le passé et je n’arrive toujours pas à savoir si c’était par lâcheté, par facilité ou par peur. Une chose est sûre, c’est qu’aujourd’hui je me rends compte qu’il est clairement plus simple d’affronter les problèmes directement à la source. En aucun cas je ne souhaite être moralisateur et, bien évidemment, tout cela dépend dudit problème. Seulement, les différentes expériences de vie m’ont appris qu’humainement parlant, et surtout pour soi-même et les milliers de questions que l’on peut se poser, une partie d’entre elles est possible à résoudre par nos propres moyens, et généralement grâce à la communication et à l’écoute de nous-mêmes.
Bryan Lee O’Malley, auteur de Scott Pilgrim, nous a proposé, bien avant sa série culte, un premier roman graphique répondant au nom de Lost at Sea en version originale. C’est donc après plus de vingt ans que ce dernier arrive enfin dans nos contrées, et ce grâce à HiGraphics, sous le nom de À la dérive.
Cette critique a été écrite suite à l’envoi d’un exemplaire par l’éditeur.
Se perdre pour mieux se retrouver
Raleigh, une jeune femme de 18 ans, est convaincue d’avoir perdu son âme et que celle-ci a trouvé refuge dans un chat. Le problème étant qu’elle est seule à le penser et à y croire, car elle ne souhaite pas en parler. Par peur du jugement, par peur de se retrouver de nouveau seule. Comme lorsque sa meilleure amie a dû déménager lorsqu’elle était plus jeune. Depuis lors, tout est allé de travers dans sa vie et elle s’est renfermée sur elle-même. Jusqu’au jour où un voyage en Californie force le destin et la pousse à faire de nouvelles rencontres.
À partir de là, je vous conseille vivement de lire ce roman graphique, car pour pouvoir en parler, je vais devoir divulgâcher une grande partie de l’histoire. Je vous rassure, nous ne sommes pas dans un récit avec un grand scénario, où le fait de tout savoir vous gâcherait complètement l’histoire, mais j’aime autant prévenir si jamais certains d’entre vous ne souhaitent rien connaître du tout.
Tout, absolument tout, est présent au travers de ce récit pour me plaire. Que ce soit le sentiment d’être perdu, l’anxiété omniprésente et cette sempiternelle quête de l’âge adulte, toute l’histoire de Raleigh m’a parlé au plus profond de moi. À commencer par la peur la plus présente chez elle : l’abandon. Suite au déménagement de sa meilleure amie d’enfance, Raleigh s’est complètement renfermée sur elle-même. Quelques années plus tard, grâce à Internet, elle a pu faire la rencontre d’un jeune homme, ce qui devient le cœur du récit, car c’est pour lui qu’elle est allée en Californie. Un jeune homme dont elle est tombée amoureuse et auprès duquel elle s’est sentie de nouveau vivante. Mais toutes les bonnes choses ont une fin, et quand il est venu le temps pour elle de repartir, elle a retrouvé ce sentiment d’abandon. Ce départ, pour rentrer chez elle, se fait par le plus grand des hasards, en covoiturage avec d’anciens camarades du lycée qui s’amusaient à faire un road trip. Elle se retrouve donc en présence de trois personnages complètement extravertis qui vont lui apprendre, petit à petit, à s’ouvrir, à communiquer, mais aussi à respecter ses silences.
Grâce à ce voyage, aussi introspectif qu’initiatique, Bryan Lee O’Malley impose un style aussi doux qu’amer qui est le sien, et que l’on remarque dès sa première œuvre en solo. On ressent, au travers de ce récit, les sentiments et peurs d’une personne qui a été blessée par le passé, proposant sans aucun doute une façon d’expier la noirceur au travers de son art. La fin de l’adolescence telle qu’elle est représentée se trouve être toujours d’actualité, même 20 ans après. Que ce soit par la représentation de sa maladresse, de son anxiété et de ses moments de bonheur, tout est ancré dans une profonde et touchante réalité.
Conclusion
C’est justement dans cette réalité, à la fois maladroite, anxieuse et profondément humaine, que À la dérive trouve toute sa force. Un récit qui, sans jamais forcer son propos, vient toucher quelque chose d’universel et qui résonne longtemps après avoir tourné la dernière page. À la dérive parvient, avec une simplicité désarmante, à mettre des mots et des images sur des sentiments que l’on a parfois du mal à exprimer soi-même, et d’autant plus à exprimer aux autres. Toujours est-il qu’en étant bien entouré, avec des personnes qui nous veulent du bien, la communication et la confiance envers les autres nous permettent d’aller de l’avant et de se soigner petit à petit.
- À la Dérive est disponible en librairies aux éditions Hi Graphics.