Soul Hackers 2 | On en voulait un peu plus

par Anthony F.

L’univers de Megami Tensei n’a jamais été aussi populaire. Entre le succès des Persona et de Shin Megami Tensei V l’année dernière, son développeur Atlus ne se gêne plus pour submerger le marché de sa série phare. Les spin-off sont nombreux, allant du jeu de rythme au jeu de combat, et parmi eux se trouvent quelques pépites. Notamment Shin Megami Tensei: Devil Summoner – Soul Hackers, sorti en 1997 sur Saturn puis remasterisé sur 3DS en 2012, qui se pare cette année d’une suite que l’on n’attendait plus. Avec un titre raccourci à un simple Soul Hackers 2, on redécouvre cet univers si particulier du monde des J-RPG sous l’angle d’un simili-dungeon crawler plutôt bien senti.

Cette critique a été écrite suite à l’envoi d’un exemplaire par l’éditeur.

Des protagonistes attachants

© ATLUS. © SEGA. ALL RIGHTS RESERVED.

Dans un futur plus ou moins proche, Tokyo se divise en deux factions : Yatagarasu, un groupe qui cherche à s’arroger le pouvoir pour vaguement protéger le Japon et la Société Fantôme, un autre groupe qui cherche à provoquer l’apocalypse.  Au milieu de tout cela Aion, une sorte d’entité technologique omnisciente qui veille sur l’humanité, va créer Ringo et Figue, deux émanations de sa conscience dans des corps qui ressemblent à des humains. Son objectif est de s’infiltrer et enquêter sur les deux factions qui s’opposent, alors que l’apocalypse lui semble presque inévitable. On contrôle alors Ringo au combat, tandis que Figue reste en retrait pour enquêter, et on fait rapidement la rencontre de trois humains qui nous filent un coup de main dans notre quête. Avec son histoire qui parle de fin du monde prochaine, Soul Hackers 2 reprend un thème habituel des Shin Megami Tensei, avec ses habituelles idées selon lesquelles des factions se feraient la guerre dans l’ombre, cherchant à s’arroger le pouvoir de détruire ou de « régénérer » la planète. Pour arriver à leurs fins, les deux factions disposent d’invocateurs, des personnes capables d’exploiter la puissance de Démons (les mêmes, pour l’essentiel, que les jeux de la saga principale) en les convaincant de les rejoindre dans leurs quêtes ou en les fusionnant afin de gagner en puissance. Mais la puissance ultime a un nom, et ne vient pas des Démons : ce sont les « Covenants », sorte de pouvoirs démentiels qui, une fois rassemblés en un seul être, permettrait de décider du sort du monde. Des sortes de boules de cristal de Dragon Ball, en somme.

Pas révolutionnaire pour un sou, l’histoire se complexifie inutilement sur des concepts presque mystiques malgré la surcouche de technologie omnisciente (futur oblige), mais on reste fondamentalement face à un jeu qui rappelle terriblement les Persona. Notamment pour la dynamique de groupe mise en avant, qui prime sur une histoire très classique, avec des moments de complicité autour de repas et de verres à prendre pour mieux connaître ses compagnons de route. Et cela fonctionne d’autant mieux que le jeu est valorisé par une direction artistique réussie, qu’il s’agisse des personnages dont le caractère est identifiable au premier coup d’œil grâce à des styles reconnaissables, ou l’environnement qui constitue le principal attrait visuel du jeu. En mélangeant un Tokyo contemporain avec des lieux connus (comme le quartier de Kabukicho) à une stylisation qui évoque une esthétique proche d’un « cyber-Tokyo », Soul Hackers 2 se fonde une identité solide. Et cela permet à ses personnages, très attachants, de se fondre sans mal de l’univers, en laissant beaucoup de place à des petites discussions sympathiques qui offrent une certaine légèreté à l’aventure, malgré les thématiques très dramatiques (on parle quand même d’un apocalypse imminent).

Un système sans surprise

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Sorte de dungeon crawler avec ce que cela implique d’exploration de donjons plus ou moins longs, la forme de Soul Hackers 2 peut surprendre pour des personnes qui ont découvert l’univers étendu de Shin Megami Tensei avec un titre de la série principale ou un Persona. Pourtant ce deuxième opus s’éloigne de la formule du premier en évitant les images fixes d’un dungeon crawler d’antan pour y apporter un peu de modernité. À commencer par une exploration de donjons qui emprunte à ses illustres cousins, et des cutscenes qui rappellent énormément la mise en scène des Persona. Les similarités avec ce dernier ne s’arrêtent pas là, puisque c’est l’interface de combat, très dynamique, et héritée notamment de Persona 4 et 5, qui donne un rythme non négligeable à un jeu qui en manque parfois. La faute à des donjons très répétitifs, et une exploration qui se fait essentiellement sur une carte à partir de laquelle on se téléporte dans divers rues de Tokyo (minuscules) et donjons qui ont tendance à tous se ressembler. Les combats, classiques, se jouent au tour par tour avec l’utilisation des Démons qui nous confèrent leurs pouvoirs, des démons qui n’offrent pas beaucoup de surprises puisque, univers Megami Tensei oblige, on retrouve pour l’essentiel les mêmes créatures et pouvoirs que d’habitude. Le jeu joue, comme ses aînés sur les forces et faiblesses des ennemis ainsi que la récupération de nouveaux démons, soit en négociant avec eux lorsqu’on les croise, soit en fusionnant plusieurs démons pour en obtenir de plus forts. On est donc en terrain connu avec une formule éprouvée mais efficace.

Il reste en effet toujours appréciable de retrouver ce système qui a fait la popularité des jeux Atlus, avec une prise en main immédiate pour quiconque a déjà joué à un jeu de la série, même si quelques spécificités viennent s’intégrer ici et là. Je pense notamment au système de « COMP », qui est l’arme attribuée à chaque personnage, et que l’on peut améliorer avec des bonus passifs moyennant de l’argent et des matériaux. Cela permet d’inclure, en plus de la progression des démons, des choix supplémentaires dans la progression des personnages. A cela s’ajoutent les « Arcanyx », des objets à équiper qui décuplent les effets de certains éléments afin de renforcer les pouvoirs utilisés. Pas avare en petites subtilités, il faut tout de même avouer que Soul Hackers 2 reste malgré tout porté sur la fusion de démons, meilleur moyen de gagner en puissance, pour pouvoir se défaire des ennemis les plus coriaces. Parce que les combats peuvent être sacrément redoutables selon le mode de difficulté choisi, y compris en mode facile où, à la différence d’un mode histoire trouvable sur les derniers Shin Megami Tensei et Persona, il faut quand même veiller à bien exploiter les faiblesses ennemies et se soigner régulièrement pour ne pas échouer face aux boss. Sans être insurmontable, au contraire, le mode normal offre un challenge équilibré et le facile un moyen d’arriver à bout du jeu sans trop de frayeurs, Soul Hackers 2 nécessite une certaine vigilance et, parfois, de passer un peu de temps à gagner de l’expérience avant de poursuivre l’aventure.

En une heure, il a tout dit

Malheureusement c’est probablement le plus gros défaut, outre ses donjons peu passionnants, Soul Hackers 2 tourne très vite en rond. La boucle de gameplay est connue dès les deux ou trois premières heures et n’évolue que de manière très limitée, donnant le sentiment d’en avoir fait le tour dès la (longue) introduction de l’histoire. Une fois obtenu les quatre personnages principaux, le jeu n’arrive plus à se renouveler et se contente de laisser dérouler son histoire, plutôt sympathique, et des combats qui n’apportent plus aucune surprise. Pourtant le titre est assez court pour le genre, puisqu’il faut compter une vingtaine d’heures tout au plus pour en faire le tour, mais il manque certainement un petit quelque chose pour maintenir l’intérêt de son système de jeu sur toute sa durée. Heureusement, ses personnages suscitent un tel attachement qu’on a quand même envie d’aller au bout, d’autant que son histoire a quelques bons moments et que la bande originale de MONACA est super. Le jeu se paie même le luxe d’avoir des sous-titres en Français, un vrai plus alors que les J-RPG n’en disposent pas toujours, même si j’ai noté quelques coquilles ici et là.

C’est ainsi un J-RPG simili-dungeon crawler sympathique tout au plus qui se présente à nous, une œuvre qui passe le temps et qui offre quelques bons moments. Attachant grâce à ses personnages et certains moments clés de son histoire, Soul Hackers 2 profite aussi d’une direction artistique assez géniale qui donne toujours envie d’en voir plus. Mais à cause d’un système qui ne se renouvelle pas, le plaisir de jeu s’effrite à mesure que les heures passent tant les combats tournent en rond. L’exploration des donjons, centrale dans un tel jeu, n’arrive pas à passionner à cause d’environnements ternes et d’une progression répétitive. Et ce en complète opposition aux quelques rues de Tokyo que l’on peut fréquenter, où l’on sent qu’un vrai soin a été apporté aux décors. En bref, pas un mauvais moment, mais pas un moment inoubliable non plus.

  • Soul Hackers 2 est disponible sur PC, PlayStation 4, PlayStation 5, Xbox One et Xbox Series X|S depuis le 24 août 2022.

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