Chicory : A Colorful Tale | La dépression en couleurs

par Mystic-Falco

Ça nous est tous arrivés de voir un jeu, et de se dire “Celui-ci, c’est certain il va me plaire”. Et ça seulement grâce à l’aspect esthétique du titre. C’est d’ailleurs bien plus souvent le cas avec les jeux indépendants, qui ont pour la plupart, des styles assumés. Mieux encore, se satisfaire d’une seule bande annonce, il y a plusieurs mois de cela et de redécouvrir le jeu, ce pourquoi il nous a touché au premier abord et se prendre une sacrée surprise tant le fond de l’histoire y est touchant et intéressant.

Chicory A Colorful Tale, développé par Greg Lobanov et édité par Finji, fait partie de ce genre de surprise. Et au vu des articles que j’ai pu écrire précédemment, un jeu parlant d’art le tout avec un fond sur la dépression… Il était évident que cela me parle.

Ce qui est intéressant c’est de voir la façon dont la dépression est mise en avant dès le début de l’aventure, alors que le·a joueur·euse s’attend à vivre l’aventure du personnage principal (qui répondra au nom du plat que vous préférez), il s’avère que c’est l’histoire de Chicorée, la maître peintre de l’univers dans lequel se déroule l’aventure, que l’on va retracer. Pour ainsi comprendre pourquoi elle abandonne le grand pinceau, qui lui a permis de colorer ce monde. Ce même outil que l’on récupère, un peu malgré nous, suite à un cataclysme que Chicorée aurait déclenché, enlevant ainsi les couleurs du monde de Pic-nic.

Critique rédigée suite à l’envoi d’une clé du jeu par le distributeur. Le jeu a été testé sur une PlayStation 5.

A tale of Art

© Greg Libanov – © Finji 2021

C’est ainsi que commence notre aventure, dans ce monde d’animaux anthropomorphiques. Le but est très simple, ramener la couleur dans cet univers fait de noir et blanc, proposant ainsi à chacun·e d’entre nous d’exprimer sa créativité. Le jeu se voulant bienveillant et permissif, que vous soyez un·e peintre hors pair ou un·e néophyte, vous ne serez jamais freiné par vos talents. Pour preuve, certains PNJ vous proposeront de reproduire certaines peintures afin de remplir un musée, ou de faire des créations de logo et autres tee-shirts, peu importe ce que vous peignez, le jeu validera vos dessins.

Ce qui est très agréable d’ailleurs, c’est de retrouver ses propres créations tout le long de l’aventure, que ce soit avec un personnage qui porte le vêtement que vous avez créé, ou simplement un tableau exposé dans la nature, représentant un sentiment que vous avez voulu imager.

Par ailleurs, l’aventure et le gameplay sont semblables en beaucoup de points à un Zelda-Like. Entre les phases d’explorations et de découverte de la carte qui se fait petit à petit selon les compétences que l’on débloque à chaque donjon. Les énigmes vraiment intéressantes à résoudre, grâce à la feature principal du jeu, à savoir la peinture. Et de nombreuses quêtes secondaires que nous proposent les PNJs, comme livrer du courrier ou encore montrer des tenues spécifiques via des petites phrases énigmatiques qu’il faudra interpréter comme il faut pour trouver les bons vêtements à porter. Presque tout le gameplay fait penser à The Legend of Zelda.

Le jeu se voulant véritablement bienveillant et agréable à parcourir, le choix a été fait de laisser le·a joueur·euse tranquille, proposant ainsi une aventure sans violence. Cependant un point particulier qu’il faut noter, ce Chicory a Colorful Tale, possède des phases de boss. Phases qui sont d’ailleurs incroyablement bien fichues, aussi bien visuellement qu’auditivement. On ressent toute la férocité et la violence qui se dégage de ces personnifications de la dépression. Car oui, c’est bien contre ça que l’on se bat. Les idées noires de Chicorée, ces idées qui l’ont poussé à déclencher ce cataclysme qui a fait perdre toutes ses couleurs à Pic-Nic.

Des maux à soigner

© Greg Libanov – © Finji 2021

De façon implicite, puis explicite par la suite, le jeu nous montre différents aspects de la dépression. Des visions qui partent de plusieurs points : la peur de ne pas être à la hauteur, de décevoir, sans oublier le syndrome de l’imposteur. Ces points qui sont souvent légions envers les artistes ou plus largement les créateurs·rices. Évidemment les conséquences peuvent être assez terribles, Chicorée en a d’ailleurs fait les frais. Elle finit par se mettre en retrait de tous, abandonner ses obligations et par moments rejeter la faute de tout ce qui lui arrive sur les autres. C’est seulement petit à petit, en avançant dans l’histoire, qu’elle se rend compte de ses erreurs, et vient ainsi un autre point de la dépression, la culpabilité. Elle finit par comprendre qu’elle peut être aidée, et c’est en faisant de nouveau confiance aux autres, et avant tout à elle-même, qu’elle réussit à avancer dans cette “thérapie”.

Autant le dire, le thème de la dépression est vraiment très bien traité, que ce soit par cette petite voix dans la tête qui nous pousse à perdre confiance en nous, jusqu’au moment où l’on est prêt à tout abandonner, car nous ne trouvons plus de solution. C’est un sujet extrêmement sensible, et pourtant, Greg Lobanov et son équipe ont réussir à traiter cela avec le plus grand soin, et surtout la plus grande bienveillance. Le tout en montrant que non, tout n’est pas tout noir ou tout blanc, tout fonctionne avec des nuances, et qu’il est important de ne pas rejeter les autres dans ce genre de moment. Accepter d’être entouré et surtout s’accepter soit même. Afin de réussir à passer à autre chose, mieux encore, guérir de cette noirceur dans laquelle nous nous sommes enfoncés.

Le jeu est si bienveillant envers toutes les communautés, qu’en plus de proposer une telle profondeur dans l’histoire, l’équipe de développement permet aux joueur·euse·s de choisir comment iels veulent être genré·e·s (notamment dans l’utilisation des pronoms). Il y a également un couple homosexuel présent dans le jeu, couple qui recueille des enfants, et en allant plus loin, les adopte afin de former une grande famille. Tout un tas de messages ultra positifs, qui fait beaucoup de bien à voir dans un jeu comme celui-ci, sans pour autant que tout cela soit forcé.

Une équipe au poil

© Greg Libanov – © Finji 2021

Si le titre à commencé à m’intriguer il y a plusieurs mois de cela, c’est avant tout grâce à sa compositrice, Lena Raine. Son travail sur Celeste était déjà incroyable, et il m’arrive très régulièrement d’écouter cette OST, alors quand j’ai appris qu’elle travaillait sur un nouveau jeu, cela m’a immédiatement intéressé.

Son travail sur Chicory a Colorful Tale est encore une fois assez incroyable. Bien que plus en retenue que sur Celeste, il y a des titres qui sortent clairement du lot, et notamment ceux contre les boss, qui vous le verrez, ont de sacrés sonorités similaires à la bande originale de Celeste.

L’équipe de développement n’est pas en reste, entre les animations, l’écriture et la direction artistique, cela forme un tout cohérent, et fonctionne dans une harmonie la plus totale. Chose surprenante, c’est le nombre de personnes qui ont participé à la création de ce jeu. Seulement cinq, et le tout en deux années de travail. Ce qui d’ailleurs me donne l’occasion de parler d’un bonus de fin du jeu, présent une fois que vous avez accompli le 100%, vous recevez un appel sur une cabine téléphonique, vous invitant à venir dans votre maison, pour rencontrer toute l’équipe de création du jeu. Entre différents retours et anecdotes par toute l’équipe, nous apprenant ainsi comment est venue l’idée de création de ce Chicory, ou encore comment les musiques ont été réfléchies. Un bonus des plus agréables à lire si tant est que l’on s’intéresse à la création de jeu vidéo.

Vous l’aurez compris à la lecture de cette chronique, je ne peux que vous conseiller Chicory A Colorful Tale. Le jeu n’a pas fait grand bruit à sa sortie et pourtant il se classe aisément dans le panthéon des jeux indépendants à faire, tant le gameplay est agréable à prendre en main. La sincérité des propos et surtout la bienveillance de ceux-ci et bien évidemment, pouvoir peindre partout ou l’on veut et comme on veut, afin que le jeu nous ressemble avant tout, nous permettant ainsi de nous approprier un peu plus notre expérience vidéoludique, ce qui est un plus indéniable dans l’implication du joueur·euse.

  • Chicory a Colorful Tale est sorti le 10 juin 2021 sur PlayStation 4, Playstation 5, Steam et Nintendo Switch.
1 commentaire
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So-chan 11 juillet 2021 - 13 h 48 min

Je t’avoue qu’en voyant passer Chicory je m’attendais pas à un petit jeu mignon avec des mécaniques sur les couleurs et la peinture, mais sûrement pas à un tel traitement en profondeur sur des thèmes tels que la dépression. Comme quoi, il ne faut pas se fier à la couverture ! J’espère un jour avoir du temps à lui consacrer car il m’a l’air d’être une parfaite bouffée d’air et une expérience unique en son genre. Merci pour la découverte !

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